Le 18 avril, l’organe de propagande de Daech Amaq a rendu compte d’une première opération que l’EI aurait menée dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo : « Des membres de l’armée congolaise ont été tués et blessés lors d’une attaque du village de Kamango à la frontière entre le Congo et l’Ouganda. » Cette action, qui se serait déroulée le 16 avril (deux militaires tués), aurait été menée sous les auspices du mouvement des Forces démocratiques alliées (ADF), actif dans la région depuis deux décennies. Toutefois, en février 2018, les ADF ont pris un nouveau nom : le « Madinat al Tawhid wal Muwahedeen » (la Cité du monothéisme et des monothéistes) ; le mouvement est donc aujourd’hui désigné ADF/MTM. Il s’alignerait sur la doctrine salafiste-djihadiste qui réclame l’établissement du califat régi par la charia sur la RDC et l’Ouganda, deux pays majoritairement catholiques.

Dans une autre vidéo de Daech, un prêcheur, vraisemblablement tanzanien, appelle tous les volontaires à rejoindre l’État islamique en Afrique centrale.

De son côté, le département du Trésor américain a désigné Waleed Ahmed Zein (arrêté en juillet 2018) et Halima Adnan Ali, deux Africains de l’Est, comme des « financiers » de Daech capables de faire circuler des liquidités entre la Syrie, la Libye et l’Afrique centrale. Les déclarations transmises par Amaq ne parlent pas explicitement de liens organiques pouvant exister entre ADF/MTM et Daech, mais elles nomment la « wilaya Wasat Ifriqiyah » (province d’Afrique centrale), ce qui est une première. Depuis que Daech a perdu son dernier territoire permanent en Syrie, il a accru ses opérations extérieures hors de son noyau syro-irakien, soit dans les wilayas qu’il a déjà désignées (Libye, Sahel, Sinaï, etc.), soit dans des régions où il ne s’était pas encore signalé, comme au Sri Lanka et en Afrique centrale. Il semble qu’il s’agisse pour l’instant de petits groupes insurrectionnels qui existent depuis des années et qui ont répondu à l’appel à passer à l’action lancé début avril par la direction de Daech dans l’opération baptisée Revanche pour le Cham. Cela permet, à ces derniers, de se faire connaître sur la scène internationale et, à Daech, de continuer à exister.

Publié le

Texte

Alain Rodier

Photos

DR

Lire aussi