Le ministre estonien de la Défense, Hanno Pevkur, a été contraint de quitter son poste après qu'un rapport de la Cour des comptes a mis en évidence des irrégularités dans la gestion de son ministère, en particulier dans un contrat de 70 millions d'euros pour la livraison d'obus à l'Ukraine.
Notifié par le Centre estonien des investissements de défense (RKIK) à Datasel SRL, une entreprise italienne contrôlée par le groupe indien Neco Defence Munitions, le contrat en question n’a pas été honoré. Non seulement les obus commandés ont été livrés avec du retard, mais, en plus, il s’est avéré qu’ils étaient défectueux et donc inutilisables. Même s’il n’est pas directement responsable de ce fiasco, Hanno Pevkur a décidé d’en assumer seul les responsabilités. Dans un message publié sur Facebook, il a déclaré : « Je dois assumer la responsabilité politique de l’ensemble du domaine de la défense et passer le relais du ministère de la Défense au Premier ministre. » Cela étant, Elmar Vaher, nouvellement arrivé à la tête du RKIK, a mis en cause son prédécesseur, Magnus-Valdemar Saar, lui reprochant d’avoir signé ce contrat avec une entreprise inconnue, qui n’a jamais produit de munitions. De son côté, l’ex-directeur du RKIK a affirmé qu’un contrat d’une telle envergure ne pouvait se faire sans l’approbation du ministère de la Défense. Les accords conclus par le RKIK, qui a versé des paiements anticipés totalisant environ 70 millions d’euros, ont été financés principalement par l’European Peace Facility (EPF), mécanisme de l’Union européenne. L’argent déboursé par Tallin provenant majoritairement de fonds européens et non du budget national, la Cour des comptes a averti que, si les sommes ne peuvent être récupérées par l’arbitrage que l’Estonie sollicite auprès du Centre européen d’arbitrage et de médiation de Strasbourg, une partie des pertes devrait être couverte par le budget de l’État estonien. Pour mémoire, cette affaire d’obus défaillants en Estonie rappelle celle, similaire, de la Slovaquie où, en 2024, la Cour des comptes avait pointé des incohérences dans la comptabilisation des dons à l’Ukraine, reprochant au ministère de la Défense d’avoir acheté des munitions anciennes et inutilisables pour ses propres forces, présentées ensuite comme « excédentaires » et données à Kiev…
