Deux incidents ont eu lieu dans la nuit du 4 au 5 août 2026 impliquant des drones à l'aéroport de Leipzig/Halle, en Allemagne. Le ministre fédéral de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, a évoqué un « scénario d'attaque hybride » et mis en garde contre « une nouvelle dimension de menace » susceptible d'impliquer « des puissances étrangères ».

La police criminelle de l’État de Saxe a publié un communiqué précisant qu’« un employé de l’aéroport a découvert un drone transportant un engin explosif inconnu dans la zone de sécurité des opérations de fret aérien, près de la piste de décollage et d’atterrissage sud […] L’objet a été examiné avec le concours de la police fédérale et d’un robot de déminage. L’unité de neutralisation des engins explosifs improvisés de la police fédérale a retiré le détonateur de l’engin explosif ».

Cet engin a été trouvé au sol à proximité d’un avion-cargo An-124-100 Ruslan (code OTAN « Condor ») de la compagnie aérienne Antonov Airlines.

Cette dernière, qui est ukrainienne, a établi son quartier général à Leipzig après la destruction de ses installations à l’aéroport de Hostomel, à l’ouest de Kiev en Ukraine, lors des premiers jours de l’invasion russe. Depuis le début de la guerre, les An-124 d’Antonov Airlines sont utilisés pour acheminer du matériel militaire en Ukraine. L’appareil concerné aurait été chargé de munitions venues de France…

Pour la presse britannique, c’est la première fois qu’un drone transportant une charge explosive est découvert en Europe.

Outre le drone au sol, « un second objet volant non identifié est entré en collision avec un avion-cargo de la DHL après que celui-ci a interrompu son atterrissage et effectué une remise de gaz en raison de la fermeture de la piste », a ajouté la police criminelle de Saxe. Elle a assuré qu’« après son atterrissage à Hanovre-Langenhagen, des dommages mineurs ont été constatés ». La thèse d’un impact avec un oiseau, chose courante dans l’aviation civile, n’a pas été retenue par les enquêteurs.

Il est à noter qu’en 2024, le Wall Street Journal a rapporté que des responsables occidentaux de la sécurité avaient déclaré croire que deux engins incendiaires, expédiés par DHL, faisaient partie d’une opération secrète russe visant à déclencher des incendies à bord d’avions de fret ou de passagers à destination des États-Unis et du Canada. Moscou aurait ainsi intensifié sa campagne de sabotage contre Washington et ses alliés.

Cela dit, si l’on s’en tient aux photos publiées, la taille du drone et la charge explosive emportée (sans doute 800 g de Semtex) permettent de penser qu’il s’agit d’un bricolage de type « engin explosif improvisé volant » et qu’il devait être mis en œuvre à courte distance (les caméras de vidéoprotection l’ont filmé en mouvement dans la soirée ; les films sont actuellement épluchés par les enquêteurs).

Bien logiquement, les autorités ont maximalisé la menace, le ministre de l’Intérieur de Saxe, Armin Schuster, expliquant aux journalistes que cela représente « une nouvelle dimension du danger ».

Les autorités allemandes n’ont pas précisé qui pilotait les drones pour la simple raison qu’elles ne sont pas en état de le savoir pour l’instant.

Les responsables ukrainiens ont fort logiquement attribué la responsabilité de ces deux actions (rien ne vient prouver qu’elles aient un lien) à la Russie. L’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne, Oleksii Makeiev, a accusé Moscou, déclarant : « Qui d’autre que la Russie ? »

L’année dernière, l’Ukraine avait mené une opération appelée Toile d’araignée en Russie, dirigée contre l’aviation stratégique russe (1), qui avait mis en œuvre de nombreux drones légers explosifs. Les services spéciaux ukrainiens les avaient entrés clandestinement dans le pays depuis des camions et stationnés près d’aérodromes russes. L’opération avait été un succès qui restera dans les annales comme un modèle du genre.

Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, l’Europe a connu de nombreuses vagues d’incursions présumées de drones au-dessus d’installations militaires et d’aéroports civils. L’aéroport de Leipzig-Halle, qui est l’un des principaux hubs de fret en Europe et fait partie des infrastructures critiques d’Allemagne, a été survolé à plusieurs reprises par des drones non identifiés ces derniers mois.

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a suggéré en 2025 que Moscou pourrait être impliquée, qualifiant la Russie de principal « pays représentant une menace pour la sécurité européenne ». Le Kremlin avait alors nié toute implication.

Moins médiatisées, de nombreuses incursions ont également eu lieu contre des installations militaires à travers les États-Unis. Par exemple, en décembre 2023, pendant 17 jours consécutifs, des drones ont survolé la base aérienne de Langley en Virginie, qui abrite des chasseurs furtifs F-22 Raptor, sans qu’un seul drone soit intercepté ou abattu.

Du 9 au 15 mars 2026, la base aérienne de Barksdale en Louisiane, qui abrite des bombardiers stratégiques B-52 et des armes nucléaires, a subi une série d’incursions d’essaims de drones non élucidée à ce jour.

Enfin, depuis des années, des organisations criminelles comme les cartels de la drogue utilisent des drones pour commettre des assassinats ou transporter de la drogue.

Tout un chacun peut en acquérir sur le marché civil et le bricoler.

Ces facteurs, parmi tant d’autres, rendent d’autant plus impérieuse la nécessité de disposer de meilleurs moyens pour les détecter et les neutraliser.

Même entre les mains d’acteurs non étatiques de moindre envergure ou d’individus malveillants, les drones commerciaux peuvent provoquer des dégâts considérables.

Pour le moment, la parade n’a pas été trouvée.

Selon divers incidents de la guerre hybride menée actuellement par la Russie, mais aussi par l’Iran (2), en Europe, il a été constaté par les autorités sécuritaires que des voyous de bas étage avaient été recrutés par des services hostiles pour faire le sale boulot sans engager la responsabilité des commanditaires. Le problème avec ce type de mode d’action est que les opérateurs sont des amateurs qui n’ont pas l’efficacité des véritables professionnels, comme lors de l’opération Toile d’araignée.

INFLUENCE RUSSE SUR LES FUTURES ÉLECTIONS ALLEMANDES ?

Selon la presse d’outre-Rhin, le Kremlin cherche à influencer les élections de septembre en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg–Poméranie-Occidentale, des Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est communiste où le sentiment pro-russe est toujours présent et où le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) pourrait accéder au pouvoir pour la première fois au niveau régional.

Martin Giese, le porte-parole des Affaires étrangères a déclaré : « Nous constatons bien sûr que la Russie tente chaque jour, d’une manière ou d’une autre — par des moyens hybrides et diverses mesures — d’exercer une influence ici en Allemagne de façon à saper notre démocratie et à éroder la confiance dans la politique et les hommes politiques. »

Les campagnes de désinformation russes présentent le chancelier Friedrich Merz comme un belliciste visant à le fragiliser et à renforcer les forces pro-russes, telles que l’AfD et l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), un parti d’extrême gauche, toutes deux influentes dans l’est de l’Allemagne.

Selon Stefan Meister, expert de la Russie au Conseil allemand des relations étrangères, « les élections régionales en Saxe-Anhalt et dans l’est de l’Allemagne sont, bien sûr, une cible majeure de l’influence russe, car ce sont des élections cruciales au cœur de l’Europe ». Il a aussi précisé qu’il était trop tôt pour imputer le vol du drone piégé à la Russie, les enquêtes étant toujours en cours. Mais pour lui, Moscou mène manifestement une vaste campagne hybride ciblant la région en vue des élections du mois prochain, soulignant que « ce serait peut-être la première fois que des populistes de droite accèdent au pouvoir. Et dans ce cas, le chancelier pourrait même tomber, ou, à tout le moins, la coalition serait fortement affaiblie — et un parti pro-russe prendrait le pouvoir dans l’un des Länder ».

Cette semaine, des responsables allemands ont déclaré que des vidéos truquées accusant faussement des candidats de corruption, d’inconduite sexuelle et d’autres crimes, et attribuant ces actes à des médias de confiance tels que la chaîne de télévision publique régionale allemande ARD et la BBC britannique, circulaient sur les réseaux sociaux.

Il est aisé de déduire qu’en cas de victoire électorale des partis désignés (AfD et BSW), ces déclarations serviront de base à une vaste campagne visant à contester les résultats considérés comme illégitimes en raison de l’ingérence russe déjà désignée.

Le même processus a déjà eu lieu en Roumanie (3) en 2024 et devrait se reproduire ailleurs en Europe.

3. Selon le Monde diplomatique de janvier 2025 : « Il y a ingérence et ingérence : d'un côté les manipulations odieuses orchestrées par Moscou et Pékin ; de l'autre, les interventions vertueuses des Américains et des Européens pour défendre les valeurs démocratiques. Depuis la chute du mur de Berlin, l'Occident a pu financer ses protégés ou des expertises encourageant la résistance non violente pour contester la légitimité de scrutins. » Un exemple est survenu pour l'élection présidentielle en Roumanie en 2024, où le choix des électeurs a été rendu caduc à cause d'ingérence étrangère. D'après Benoît Bréville, le directeur du Monde diplomatique depuis 2023, le président Iohannis révèle des documents des services secrets évoquant une ingérence étrangère le 4 décembre. Selon ces documents, les neuf juges de la Cour constitutionnelle, tous nommés par le PSD et le PNL (selon le même auteur), sont « aussi atlantistes et proeuropéens l'un que l'autre ». Ces mêmes chancelleries et médias occidentaux applaudiront l'annulation de l'élection.