Les 18 et 19 avril, le Mali a fait l’objet de nombreuses attaques simultanées contre plusieurs localités du pays.

Dès le 18 avril, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ou « Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin » (JNIM) affilié à la nébuleuse Al-Qaïda a revendiqué cette opération menée en coordination avec les forces du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre des positions de la junte malienne à Bamako et dans plusieurs villes importantes du pays sahélien.

Le GSIM a justifié son alliance avec le FLA en soulignant que ce dernier avait renoncé à la laïcité. Pour sa part, le FLA a expliqué son alliance avec le GSIM, le considérant comme « un groupe engagé dans la défense du peuple contre le régime de Bamako ».

Il semble que ce plan, préparé depuis des mois, consistait à fixer un maximum de forces maliennes dans le sud du pays pour les empêcher de porter secours aux unités attaquées dans le nord. Seuls des hélicoptères ont pu intervenir pour délivrer des tirs air-sol. L’un a été abattu.

Mohamed Ould Ramdane, le porte-parole du FLA, a déclaré que Kidal est tombé le 18 avril et que les opérations se poursuivent. En 2023, les Forces armées maliennes, aidées par le groupe Wagner, ont repris la ville de Kidal, mettant ainsi fin à plus d’une décennie de domination des groupes séparatistes touaregs.

Il a aussi indiqué que plusieurs localités de la région de Gao étaient désormais sous le contrôle des FLA.

Sur le terrain, après un accord conclu via l’Algérie, les forces de l’Africa Corps (accompagnées de membres de l’armée malienne et de fonctionnaires) ont évacué leurs positions de Kidal… Leur destination définitive n’est pour le moment pas connue.

Le FLA a aussi adressé un message aux autorités du Burkina Faso et du Niger, alliés de Bamako au sein de l’alliance sahélienne, les exhortant à « prendre leurs distances avec les événements qui se déroulent au Mali ».

Dans une déclaration ultérieure, Mohamed Ould Ramdane a affirmé que l’objectif stratégique du FLA était « la libération complète de l’Azawad et le rétablissement de son contrôle », ajoutant que le mouvement était « prêt à coopérer avec toute partie » pour atteindre cet objectif, y compris pour renverser le régime en place à Bamako, qu’il a qualifié de « criminel ».

Il a également souligné la coordination avec le GSIM qui aurait pris le contrôle de « zones stratégiques de la capitale Bamako », notamment l’aéroport et la base militaire de Kati, ainsi que la ville de Sévaré, au centre du pays.

Un communiqué du GSIM diffusé a proclamé le 18 avril une « victoire », estimant qu’elle est « le fruit d’un travail acharné, d’une coordination avec ses partenaires et grâce à la participation active de nos frères du Front de libération de l’Azawad ».

Il déclare assumer la responsabilité pour les attaques visant, le même jour, la résidence du président malien Assimi Goïta, celle du ministre malien de la Défense Sadio Camara (qui a perdu la vie avec l’une de ses épouses lors de l’attaque), l’aéroport international de Bamako et les sites militaires dans la ville voisine de Kati.

Fait nouveau, le GSIM a annoncé vouloir « neutraliser la partie russe du conflit, en échange de la non prise de cible de cette dernière et d’une coordination visant à construire une relation future équilibrée et efficace ». (1)

Les observateurs établissent un parallèle — toutes proportions gardées — avec ce qui s’est passé en Syrie avec la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024 et l’avènement au pouvoir d’anciens djihadistes du Hayat Tahrir al-Cham (HTC), dépendant à l’origine d’Al-Qaïda.

Mais le ministère russe des Affaires étrangères a condamné dans la nuit du 18 au 19 avril « des actions des terroristes [qui] représentent une menace directe contre la stabilité de l’État malien, ami de la Russie, et pourraient avoir des conséquences très négatives pour toute la région ».

L’état-major général des armées (EMGA) a émis un communiqué le 19 avril déclarant que « la traque des groupes armés terroristes [GAT] se poursuit à Kidal, Kati et dans d’autres localités du pays […] Les niveaux d’alerte ont été relevés dans tout le pays, des couvre-feux instaurés, des patrouilles de grande envergure intensifiées et des points de contrôle renforcés pour assurer une surveillance accrue face à la menace […] Les FAMa restent engagées et déterminées à défendre l’intégrité du territoire et à garantir la sécurité nationale ». La population est appelée à « à demeurer vigilante en signalant toute activité suspecte aux autorités compétentes ».

Pour le moment, le chef de la junte, le général Assimi Goïta, n’a pas été vu depuis l’attaque de Kati, où se trouvent sa résidence et le quartier général de l’armée malienne. Selon les autorités, « il a été exfiltré de Kati dans la journée de samedi et se trouve en lieu sûr dans un camp des forces spéciales près de Bamako »…

Historique

Le Mali est confronté depuis 2012 à une crise sécuritaire nourrie, notamment par les violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda (JNIM) et à l’organisation État islamique (EI — Daech) ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes touarègues.

Déjà, en septembre 2024, le JNIM avait revendiqué une double attaque contre l’aéroport militaire de Bamako et contre l’école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés.

Ce pays est aujourd’hui placé sous le règne d’une junte militaire dirigée par le général Assimi Goïta, qui a pris le pouvoir à la suite d’un coup d’État en 2020, promettant de rétablir la sécurité et de chasser les groupes armés.

Un accord signé entre Moscou et Bamako permet aux Russes d’exploiter des gisements d’or, d’uranium et de lithium dans le nord du pays. Une usine de traitement de l’or devrait être construite, permettant la fourniture de 200 tonnes d’or par an. Il semble que ces projets sont compromis et la perte de l’exploitation de ces ressources pourrait avoir des conséquences sur l’appui apporté par les Russes à la junte militaire malienne.

L’Africa Corps, fondé en novembre 2023 (2) par le ministère de la Défense de la Fédération de Russie, a pris la relève de la société militaire privée « groupe Wagner », dont le chef Evgueni Prigojine et son état-major ont péri dans un « accident » d’avion en Russie (3). Il relève directement du vice-ministre de la Défense, le général Yunus-bek Yevkurov.

L’Union africaine (UA) a déclaré « condamner fermement » les attaques, estimant qu’elles « risquent d’exposer les populations civiles à des dangers importants ».

La suite risque donc d’être imprévisible…

(1) Voir « L'implication militaire russe en Afrique s'ensable », du 9 octobre 2025.
(2) Voir « Qui a succédé à Wagner en Afrique ? », du 23 février 2024.
(3) Voir « Mort de Prigojine dans un accident d'avion », du 24 août 2023.