Dans le cas évoqué, il semble que les avions qui évoluaient à basse altitude ont été ciblés par des Manpads qui peuvent être considérés comme des défenses anti-aériennes de proximité. Les hélicoptères Black Hawk participant aux recherches des pilotes abattus – qui ont été récupérés lors d’une opération de sauvetage de type CSAR (Combat Search and Rescue) – ont essuyé des tirs d’armes légères blessant les membres d’équipage. Deux MC-130J qui s’étaient posés sur une ancienne piste d’atterrissage destinée à des petits appareils d’épandage aérien n’ont pu redécoller s’étant embourbés car trop lourds. Ils transportaient quatre hélicoptères légers H-6 Little Bird qui avaient pour mission de récupérer et protéger l’officier système d’armes rescapé du F-15. Une fois localisé par la CIA, l’officier américain a d’abord été rejoint par des membres du SEAL Team 6 qui avaient parachuté à proximité puis ramené vers les MC-130J qui avaient été rejoint par un appareil plus léger – vraisemblablement un CASA C-295W – qui a embarqué tout le personnels mais qui n’avait pas la capacité de rembarquer même un hélicoptère. Ils ont été détruits sur place par les Américains. Mais la capacité de pénétration de ce raid jusqu’au sud d’Ispahan prouve que les États-Unis peuvent infiltrer des forces loin à l’intérieur du territoire iranien même si ce n’est que temporairement.
Tout cela rappelle la guerre du Vietnam (1955-1975) avec 2.979 avions et hélicoptères perdus.
Il y a également eu l’opération « Eagle Claw » (« Serre d’aigle ») menée les 24 et 25 avril 1980 pour tenter de secourir les 53 otages de l’ambassade américaine à Téhéran.
Ce fut un échec au cours duquel huit militaires américains furent tués et quatre autres blessés, un EC-130 détruit et cinq hélicoptères RH-53D endommagés (dont deux seront remis en service par les Iraniens).
Mais l’opération de sauvetage a confirmé que l’Iran n’a plus de défense anti-aérienne globale et que le danger est uniquement ponctuel et à basse altitude.
Les autorités iraniennes ont senti que l’action psychologique n’allait plus dans le sens qu’elles souhaitaient. Elles ont alors lancé un contre-feu de désinformation sur les réseaux sociaux et dans la presse voulant transformer cet échec en victoire… Les complotisme est donc réapparu avec vigueur. Cela dit, les Américains se sont livrés à une grande opération déception pour récupérer leurs personnels navigants.
Évaluation des services de renseignement américains du potentiel militaire iranien
Selon les services de renseignement américains, Téhéran possèderait encore environ la moitié de ses lance-missiles sol-sol et des milliers de drones.
Le total de leur évaluation inclue des lanceurs et des missiles inaccessibles aux frappes qui durent depuis six semaines car abrités sous terre.
Si la capacité de renouvellement des missiles sol-sol est très faible car une grande partie des unités de production a été détruite, ce ne serait le cas pour les drones dont la fabrication est relativement simple sans compter que l’Iran peut en recevoir de l’extérieur. Pour mémoire, une usine de montage de drones Ababil 2 a été inaugurée au Tadjikistan(1) en mai 2022 et les Geran 2 sont fabriqués en grand nombre en Russie(2). Ces deux pays nient officiellement livrer ces armes à l’Iran…
La majorité des missiles de croisière de défense côtière iraniens serait intacte car ils ont été très peu utilisés jusqu’à présent.
Ce sont ces armements qui permettent à l’Iran de bloquer le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et de menacer l’ensemble du golfe Persique (3). Cela est vital pour le régime car c’est le seul outil d’influence international qui lui reste.
Selon le Pentagone, jusqu’au début avril, les États-Unis ont frappé plus de 12.300 cibles à l’intérieur de l’Iran – sans compter les nombreuses actions offensives israélienne -.
Washington a d’ailleurs souligné une réduction du nombre total de missiles lancés par l’Iran. Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a déclaré lors d’un point de presse le 19 mars que les attaques de missiles balistiques et de drones iraniens sur les forces américaines avaient baissé de 90% depuis le début du conflit. Des observateurs indépendants ont confirmé ces chiffres mais ont noté une augmentation de la précision des tirs iraniens qui peut s’expliquer par la mise en œuvre de missiles plus modernes qui avaient été gardés en réserve lors du début du conflit.
Les services de renseignement américains ont également noté que l’Iran remet en état rapidement ses abris pour missiles après qu’ils aient été bombardés.
Le NYT a dévoilé de son côté que des opérateurs iraniens dégagent des abris et des silos souterrains pour missiles touchés par des frappes américaines et israéliennes, les remettant en service en quelques heures.
En conséquence, les États-Unis et Israël ciblent de plus en plus les entrées de tunnels de ces installations souterraines et l’équipement lourd utilisé (comme les bulldozers) pour les travaux de déblaiement.
Le CENTCOM a publié un communiqué disant que plus de 155 navires iraniens ont été endommagés ou détruits. Il est probable que tous les navires d’un tonnage important ont effectivement été détruits mais la composante maritime du Corps des Gardiens de la Révolution aurait conservé environ la moitié de ses capacités comptant toujours des centaines, sinon des milliers, de petits bateaux et de drones navals.
La présence de nombreux leurres rend difficile une évaluation complète et exacte de l’élimination des capacités militaires iraniennes.
La Maison Blanche est plus optimiste
Mme Anna Kelly, la porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que « des sources anonymes veulent désespérément attaquer le président Trump et rabaisser le travail incroyable de notre armée américaine dans la réalisation des objectifs de l’opération ‘Epic Fury’. Voici les faits : les attaques de missiles balistiques et de drones iraniens sont en baisse de 90%, leur marine est anéantie, les deux tiers de leurs installations de production sont endommagées ou détruites, et les États-Unis et Israël ont une domination aérienne écrasante sur l’Iran […] Le régime terroriste est décimé militairement et leur situation lamentable devient plus sombre de jour en jour – leur seul espoir est de conclure un accord avec l’administration du président Trump et de laisser derrière eux leurs ambitions nucléaires pour de bon. Sinon, ils seront frappés plus fort qu’ils n’ont jamais été frappés auparavant. » Cette déclaration entre dans le cadre de l’ultimatum lancé par le président Trump qui expire dans la nuit du 7 au 8 avril (s’il n’est pas reporté une nouvelle fois.)
Mais les Américains et les Israéliens ont également des problèmes de réapprovisionnement en munitions offensives et défensives. À titre d’exemple, l’Agence Bloomberg rapporte que les États-Unis ont utilisé presque la totalité de leur stock de missiles de croisière JASSM-ER contre l’Iran même en puisant même dans les réserves allouées à d’autres menaces telles qu’un conflit potentiel avec la Chine. Sur les 2.300 détenus avant la guerre, seuls quelques 425 seraient encore disponibles.
La différence réside dans la capacité de production du complexe militaro-industriel américain qui peut accélérer les productions, même si pour cela, il faut « un certain temps. » Une fois la machine lancée, elle devient extrêmement productive.
Cela dit, mardi Trump a une fois de plus menacé de « détruire complètement » les centrales électriques et les ponts iraniens en quelques heures d’ici mercredi 8 (2h00, heure de Paris) si Téhéran ne répond pas à sa proposition de cessez-le-feu en quinze points transmise par des intermédiaires pakistanais. Une réponse en dix points lui est parvenue. Rien ne correspond…
À suivre.
(1) Voir : « Des drones iraniens pour la Russie ? » du 12 juillet 2022.
(2) Voir : « Unité de production de drones en Russie » du 12 mars 2024.
(3) Voir : « Quelles sont les défenses iraniennes dans le Golfe persique ? » du 30 mars 2026.
