Au cours d'une allocution télévisée très attendue du président américain Donald Trump le 1er avril depuis la Maison Blanche, ce dernier a affirmé que ses principaux objectifs en Iran étaient « en voie d'être atteints. »

À noter que le détroit d’Ormuz est bien constitué d’eaux territoriales au nord appartenant à l’Iran et au sud à Oman. Donc en principe, il y a bien une souveraineté des États riverains.

Mais ces eaux sont soumises au régime juridique du « droit de transit » prévu par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Cela implique concrètement que tous les navires et aéronefs ont un droit de passage garanti, que ce passage doit être continu et rapide et que les États riverains ne peuvent pas suspendre ce droit. Par contre, ils peuvent réglementer la navigation (routes, sécurité) mais ne pas établir un droit de passage.

Israël, les États-Unis et l’Iran n’ont jamais ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer…

En conséquence, Trump affirme que le libre passage du détroit d’Ormuz n’est pas le problème des États-Unis. Il réitère son exigence que les pays dépendant du commerce maritime passant par ce goulet d’étranglement à « faire preuve de courage » pour y sécuriser la navigation arguant que les États-Unis n’en ont « pas besoin. » Tous les pays sont concernés, mais en tête l’Europe et l’Extrême-Orient.

Malgré ses déclarations selon lesquelles l’Iran avait été militairement écrasé, Trump a continué d’exiger la conclusion d’un accord avec Téhéran sans en préciser les conditions. Il a de nouveau juré que, faute de quoi, Washington bombarderait toutes les centrales électriques iraniennes.

Il a toutefois laissé entendre que les États-Unis pourraient bientôt mettre fin à leurs opérations militaires, mais, dans l’intervalle, il a menacé : « nous allons les frapper très fort au cours des deux à trois prochaines semaines […] Nous les ramènerons à l’âge de pierre, là où est leur place. »

Le seul point notable (le reste était déjà connu), le président Trump n’a même pas évoqué l’OTAN qu’il menaçait de quitter…

Le correspondant en chef de la BBC en Amérique du Nord a écrit à propos de ce discours : « nous n’y voyons toujours pas plus clair quant à ce que signifierait une victoire après le discours de Trump ».

Parallèlement, les médias d’État iraniens ont rapporté qu’après l’affirmation de Trump comme quoi le « président du nouveau régime » iranien (NdA : quel président de quel nouveau régime ? Le président Massoud Pezeshkian appartient à l’« ancien régime ») avait formulé une demande de cessez-le-feu, le ministère iranien des Affaires étrangères avait qualifié cela de « fausse et sans fondements».

Dans une déclaration écrite publiée le 1er avril, le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a affirmé que « l’ennemi américain et sioniste, cruel et impitoyable, ne connaît aucune limite humaine, morale ou vitale ». Mojtaba n’est toujours pas apparu en public et les rumeurs les plus folles courent à son sujet.

Après cette allocution, le cours mondial du pétrole a atteint 105 dollars le baril et les investisseurs ne savent plus où donner de la tête tant l’imprévisibilité est leur pire cauchemar. Avec Trump, ils sont servis.

Cette crise est pire que les deux chocs pétroliers des années 1970 et que la pénurie de gaz russe de 2022 réunis. Plus de douze millions de barils par jour d’approvisionnement en pétrole ont déjà été perdus en raison de la crise du Moyen-Orient.

Les pertes de pétrole en avril devraient être deux fois supérieures à celles de mars. Une quarantaine d’infrastructures énergétiques clés ont été endommagées au Moyen-Orient.

De graves répercussions vont avoir lieu dans tous les domaines sauf aux États-Unis qui sont globalement autosuffisants et dont le lobby militaro-industriel se frotte les mains.

Et la situation militaire ?

Les États-Unis amassent progressivement plusieurs task forces sur zone : trois porte-avions à propulsion nucléaire (USS Gerald R Ford – en réparations suite à un incendie – et bientôt l’USS G Bush en Méditerranée et l’USS Abraham Lincoln en mer d’Oman) devraient être opérationnels dans les semaines à venir.

L’USS Tripoli est arrivé dans la zone de responsabilité du Centcom le 27 mars, transportant la 31e unité expéditionnaire des Marines soit environ 2.200 Marines, ainsi que des chasseurs F-35B et des MV-22 Osprey. L’USS Tripoli serait accompagné par les USS San Diego et USS New Orleans.

L’USS Boxer a quitté San Diego avec la 11e unité expéditionnaire et fait route vers la mer d’Oman avec 2.500 Marines à bord. Son Amphibious Ready Group inclut les USS Portland et le USS Comstock.

Ces deux ensembles pourraient avoir pour objectif un débarquement sur le port de Jask(1).

Une brigade de la 82e division aéroportée est en cours de déploiement. Pour l’instant, ses unités et les avions qui les transporteraient n’ont pas été signalés dans les pays dépendant du Centcom.

Par contre, des équipes SEAL et des unités du JSOC sont bien présentes.

La Garde nationale du Nevada a annoncé, le 31 mars, avoir déployé un contingent d’aviateurs de la 152e escadre de transport aérien depuis la base de Reno, dans le Nevada, dans la zone de responsabilité du Commandement central des États-Unis, en soutien à l’opération Epic Fury. La 52e escadre de transport aérien, surnommée les « High Rollers » est spécialisée dans le transport aérien rapide à l’échelle mondiale et le soutien aux missions expéditionnaires. La Garde nationale du Nevada a déjà un contingent déployé en Europe.

Depuis début mars, des dizaines d’appareil Fairchild Republic A-10 Thunderbolt II « tueurs de chars » sont employés dans le détroit d’Ormuz pour y pourchasser les vedettes raides américaines.

Les légendaires B-52 bombardent désormais l’Iran avec des bombes lisses plus disponibles et surtout moins chères que les missiles de croisières. Cela démontre que la défense aérienne iranienne est effectivement incapable de détecter les aéronefs adverses(2) – le seul danger provenant des missiles portables qui tirent à vue sur des avions évoluant à basse altitude.

Au total, plus de 50.000 militaires américains (terre, air, mer et Garde nationale mais que 16.000 effectifs « combattants ») sont désormais à portée de frappe de l’Iran. Pour mémoire, avant l’invasion de l’Irak en 2003, ils étaient 140.000 (sans compter les 60.000 alliés).

De nombreux appareils civils de compagnies aériennes sous contrat avec le Pentagone (avec le Transcom plus précisément) sont actifs en ce moment, acheminant probablement hommes et matériel vers le Proche et Moyen Orient.

Quel sera l’avenir ? Il semble que ce n’est pas clair, même pour Donald Trump.

(1) Voir : « Et si le véritable objectif des forces américaines était le port iranien de Jask ? » du 31 mars 2026

(2) Voir : « Quelles sont les défenses iraniennes dans le Golfe persique ? » du 30 mars 2026.