Il avait auparavant déclaré que Téhéran, « par respect », autoriserait le passage de 20 navires par le détroit d’Ormuz le 30 mars… Il est vrai qu’ils passent au compte-gouttes.
Cependant, a-t-il déclaré la veille à bord d’Air Force One aux journalistes : « on ne sait jamais avec l’Iran. On négocie avec eux et puis… »
Dans un message publié le même jour sur Truth Social, il a réitéré ses propos concernant les progrès des négociations. Il a bien précisé que si l’Iran ne conclut pas d’accord rapidement, les États-Unis détruiront « toutes ses centrales électriques, ses puits de pétrole et l’île de Kharg (et peut-être même toutes ses usines de dessalement !) ».
Trump a également déclaré le même jour au Financial Times que les États-Unis pourraient « s’emparer du pétrole iranien » et qu’il envisageait d’envoyer des forces américaines pour prendre le contrôle du terminal pétrolier de l’île de Kharg : « nous prendrons peut-être l’île de Kharg, peut-être pas. Nous avons plusieurs options. »
Selon ses dernières déclarations, une réouverture du détroit d’Ormuz n’est plus – pour l’instant – un préalable obligatoire à un cessez-le-feu.
Mais il a bien précisé que l’action militaire américaine, si elle était menée, serait « une riposte pour nos nombreux soldats, et d’autres, que l’Iran a massacrés et tués au cours des 47 années de règne de terreur de l’ancien régime(1) ».
Il parle de la saisie possible de l’île de Kharg qui, selon lui, serait « chose facile ». Mais pour l’atteindre par la mer, il faut franchir le détroit d’Ormuz puis suivre environ 900 kilomètres à portée des missiles sol-mer et des drones iraniens répartis tout le long de sa côte. Enfin, même si l’île est conquise et considérée comme perdue par Téhéran, elle peut être bombardée depuis la côte située à 25 kilomètres(2).
Il est donc possible que Kharg ne soit qu’une diversion et que la cible réelle du déploiement naval américain qui se met en place en mer d’Oman soit tout autre. Il faut savoir que pour ne pas dépendre entièrement de la « station service » qu’est l’île de Kharg, l’Iran, a construit et inauguré en 2021 le pipeline Goreh-Jask long de 1.100 kilomètres.
Cette infrastructure peut théoriquement avoir un débit d’un million de barils/jour (l’Iran exporte habituellement entre 1 et 1,5 million de barils/jour).
Non seulement ce pipeline et ses stations de pompage sont vraiment des cibles faciles pour l’aviation américaine, mais le port de Jask est un objectif atteignable étant situé dans le golfe d’Oman. L’affaire serait loin d’être aisée les Iraniens ayant certainement bunkérisé la zone, mais avec la puissance de feu américaine, elle est parfaitement jouable la flotte US n’ayant pas à s’engager plus avant dans le détroit d’Ormuz ultra protégé.
Parallèlement, la marine américaine peut tout à fait interdire la sortie du golfe Persique aux pétroliers ayant chargé leur pétrole sur l’île de Kharg et, pourquoi pas, « aplatir » ses installations sous des bombardements intensifs.
Les deux actions menées simultanément empêcheraient Téhéran d’exporter son pétrole avec toutes les conséquences économiques catastrophiques que cela représente.
Bien sûr, en riposte Téhéran s’en prendrait à toutes les infrastructures pétrochimiques de la zone (en épargnant peut-être le Qatar qui n’autorise plus d’actions militaires américaines depuis son sol).
Et le nucléaire iranien ?
Le président Trump veut totalement bloquer le développement militaro-nucléaire iranien. Mais une opération (envisagée par la presse) menée par des forces spéciales en plein centre de l’Iran pour récupérer les 440 kilos d’hexafluorure d’uranium hautement enrichi qui auraient été rapatriés dans la forteresse dite de « Pickaxe Mountain » (un bunker enfoui dans le granite à 80-100 m de profondeur) au sud de Natanz semble des plus infaisable.
(1) Trump prétend que le pouvoir a changé à Téhéran. Il dit vrai : les pasdarans ont pris officiellement la direction des opérations sans se dissimuler, comme par le passé, derrière les mollahs. Dans les faits, ils ont toujours dirigé le pays.
(2) Voir : « Quelles sont les défenses iraniennes dans le Golfe persique ? » du 30 mars 2026.
