Même si les différents conflits de par le monde passent au deuxième plan médiatique en raison de la guerre qui se déroule actuellement(1) entre les Israélo-américains et les Iraniens, elles se poursuivent à l'abri des regards.

Depuis la prise du pouvoir à Kaboul par les talibans en août 2021, les relations entre les deux pays se sont considérablement dégradées en particulier depuis les combats qui ont fait plus de 70 morts de part et d’autre en octobre 2025(2).

Islamabad reproche à Kaboul d’accueillir sur son territoire ceux qu’il qualifiait de « mauvais talibans », c’est-à-dire ceux qui s’en prenaient au régime pakistanais via différents mouvements dont le plus connu est le Tehrik-e-Taliban -TTP- (Mouvement des Talibans du Pakistan). Avant la chute de Kaboul, les « bons talibans » étaient ceux qui combattaient en Afghanistan le « pouvoir corrompu » – soutenu par l’OTAN…

Depuis, plusieurs cycles de négociations ont bien eu lieu, mais ils n’ont pas permis de désamorcer le conflit. Une trêve a bien été signée le 19 octobre 2025 suite à une médiation du Qatar et de la Turquie mais elle a été annulée neuf jours plus tard par Islamabad.

Les points de passage frontaliers entre les deux pays sont pour la plupart fermés ne laissant entrer en Afghanistan que des Afghans qui vivaient au Pakistan.

Le 21 février 2026, en riposte à de nouveaux attentats-suicides commis au Pakistan parfois à l’aide drones suicide improvisés, l’armée pakistanaise a bombardé des camps terroristes dans les provinces de Nangarhar et de Paktika en Afghanistan et a annoncé avoir neutralisé 80 activistes.

En réponse, l’armée afghane a lancé le 26 février des « attaques massives » à la frontière.

Selon le porte-parole des autorités talibanes, Zabihullah Mujahid, outre les dizaines de soldats pakistanais qu’elles affirment avoir tué lors de ces opérations, elles indiquent avoir détruit dix-neuf postes de l’armée pakistanaise ainsi que deux bases. Le ministère de la défense précise que les combats ont pris fin vers minuit, environ quatre heures après leur déclenchement. La même source afghane a fait état de huit tués dans ses rangs lors de cette opération menée depuis les provinces frontalières de Nangarhar et de Kunar.

Un porte-parole du premier ministre pakistanais qui a de son côté fait état de « lourdes pertes » infligées aux Afghans, a accusé l’Afghanistan d’avoir « ouvert le feu unilatéralement sur plusieurs positions » le long de la frontière avec la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa.

Le lendemain (27 février), les Pakistanais ont lancé un raid aérien sur Kaboul. Selon la mission des Nations unies en Afghanistan, ces bombardements d’une ampleur inégalée depuis octobre 2025, ont causé la mort d’au moins treize civils. Kaboul a fait état de dix-huit tués.

Des avions ont été aperçus à Kandahar, ville du Sud où réside le chef des talibans, Hibatullah Akhundzada.

Par ailleurs, les forces pakistanaises ont lancé l’opération terrestre « Ghazab Lil Haq » (« Colère pour la justice ».)

Le ministère pakistanais de l’Information a précisé que ces opérations ciblaient les forces afghanes dans plusieurs districts de la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa : Chitral, Khyber, Mohmand, Kurram et Bajaur.

Le 1er mars, l’Afghanistan aurait ciblé avec des drones la base aérienne pakistanaise de Nur Khan. Le jour même puis encore le lendemain, l’ancienne base afghane de Bagram aurait été bombardée par l’aviation pakistanaise.

Bien que tous les chiffres doivent être pris avec précautions, l’armée pakistanaise a affirmé dans un rapport avoir tué 415 soldats afghans et en avoir blessé plus de 300 lors d’attaques menées dans 46 localités. Elle précise que 83 postes talibans ont été détruits et 18 autres capturés. Le rapport indique aussi que 12 militaires pakistanais ont été tués et 27 autres blessés tandis qu’un était porté disparu au combat.

Selon le ministère afghan de la Défense, ce sont 80 soldats pakistanais qui ont été tués lors de ces actions. La même source donne huit soldats afghans tués et onze blessés. Les Afgans auraient fait des dizaines de prisonniers…

Le ministre de l’intérieur pakistanais, Mohsin Naqvi, a parlé d’une « réponse appropriée » aux actions afghanes : « Notre patience a atteint ses limites. » Khawaja Asif, son homologue de la défense a écrit sur X : « c’est désormais la guerre ouverte entre nous et vous. »

Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a également déclaré : « le peuple pakistanais et ses forces armées sont pleinement préparés à préserver la sécurité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la nation […] Nous ne ferons preuve d’aucune indulgence dans la défense de notre patrie bien-aimée et toute agression recevra une réponse appropriée […] Nos troupes ont toute la capacité nécessaire pour écraser toute ambition agressive. »

Réactions face aux bombardements israélo-américains de l'Iran

Ce conflit avec l’Afghanistan n’a pas fait oublier la solidarité musulmane du peuple pakistanais à l’égard du monde musulman, même si l’Iran est composé majoritairement de chiites et le Pakistan de sunnites.

Après les premiers bombardements israélo-américains de l’Iran, de violentes manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du Pakistan, notamment à Karachi où certains protestataires ont tenté de prendre d’assaut le consulat américain ce qui a provoqué l’intervention des forces de police. Selon les autorités médicales, au moins dix morts ont été relevés et plus de 70 personnes auraient été blessées.

Dans la région nord du pays, le Gilgit-Baltistan, au moins treize personnes auraient été tuées lors de manifestations.

Dans la capitale Islamabad, beaucoup de manifestants arboraient des photos de l’ayatollah Ali Khamenei.

Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, qui entretient des relations étroites avec Washington et Téhéran a déclaré le 1er mars que la mort de Khamenei constituait une « violation » du droit international. Il a particulièrement écrit sur X : « il s’agit d’une tradition ancestrale selon laquelle les chefs d’État ou de gouvernement ne doivent pas être pris pour cible […] Le peuple du Pakistan se joint au peuple iranien dans cette heure de tristesse et de chagrin et lui adresse ses condoléances les plus sincères pour le martyre [de Khamenei]. »

Quant à Kaboul, la censure étroite maintenue par les talibans empêche de savoir ce qui s’y passe réellement. Les liens entre les deux pays étant étroits – en partie du fait que la nébuleuse Al-Qaida y est partagée -, il est peu probable qu’il ne s’y passe rien. Enfin, si Kaboul l’autorise, l’ouest afghan pourrait servir de profondeur stratégique à Téhéran.

(1) Voir : « Frappes en Iran : ‘fureur épique’ pour les Américains, ‘lion rugissant’ pour les Israéliens » du 2 mars 2026.

(2) Voir : « Affrontements entre le Pakistan et l’Afghanistan » du 14 octobre 2025.