Il y a quelques semaines, l'armée de l'air ukrainienne avait annoncé qu'elle restreindrait la publication de données détaillées sur les interceptions de missiles russes. Une décision prise, semble-t-il, après l'échec total du 5 août dernier : 28 missiles balistiques lancés par Moscou, 0 intercepté.

Présentée comme une mesure de sécurité, cette décision a été annoncée par le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Iouriï Ignat, qui a précisé sur Facebook que ces restrictions portent sur « le nombre des cibles lancées, abattues, neutralisées ou n’ayant pas atteint leurs objectifs ». « Les alertes en temps réel resteront inchangées et l’armée de l’air continuera de fournir des chiffres généraux sur les tirs de missiles russes », a-t-il ajouté. Concrètement, les rapports matinaux quotidiens ne détailleront plus l’efficacité réelle des interceptions. Pour bon nombre d’analystes militaires, cette décision masque aussi une défaillance critique des systèmes de défense aérienne ukrainienne à un moment où la Russie intensifie ses attaques avec des missiles balistiques, Iskander-M notamment, et/ou hypersoniques, tel le Kinzahal. Si la frappe massive nocturne du 5 août dernier et l’incapacité de la défense aérienne ukrainienne à la contrer sont à l’origine de cette décision, cette défaillance totale révèle aussi une pénurie critique de systèmes intercepteurs Patriot réputés parmi les plus performants au monde. Ils arrivent au compte-goutte, Washington ayant fortement réduit ses approvisionnements à Kiev depuis la guerre contre l’Iran. Le président Volodymyr Zelensky a affirmé que les livraisons de missiles de défense antiaérienne par les partenaires de l’Ukraine avaient été divisées par trois depuis le début de l’année par rapport à la même période de 2025. Du coup, l’Ukraine se retrouve dans une situation paradoxale : elle dispose de lanceurs, mais sans munitions suffisantes pour les alimenter. Ouriï Ignat a révélé que la Russie avait tiré plus de 450 missiles de différents types en juillet 2026, dont plus de 200 balistiques et/ou hypersoniques. De ces derniers, seuls 29 ont été interceptés, soit un taux de réussite de 15 %, 40 autres n’ont pas atteint leur cible, probablement par défaillance technique, et les 126 restants ayant, eux, atteint leurs objectifs. Moscou concentre désormais ses frappes sur les vecteurs les plus difficiles à intercepter, en lieu et place des missiles de croisière et des drones, plus lents et plus vulnérables aux systèmes de défense aérienne. Elle mise sur la pénurie de missiles intercepteurs Patriot côté ukrainien. Cette évolution des moyens de frappe russes répond directement aux faiblesses identifiées dans le dispositif de défense aérienne ukrainien, Moscou estimant pouvoir exploiter la pénurie ukrainienne de missiles intercepteurs.