La comparaison est souvent faite entre la guerre que les États-Unis ont déclenchée en 2003 contre l'Irak de Saddam Hussein, soupçonné d'avoir fait développer un programme d'armes de destruction massive — ce qui s'est révéré faux par la suite — et celle lancée contre l'Iran en 2025, puis 2026. Dans les deux cas, le but de Washington à l'origine était de faire tomber les régimes en place à Bagdad et à Téhéran.

Photos CENTCOM, US Navy, USMC et IRNA

Si cela a bien fonctionné en Irak, ce n’est pas le cas en Iran, où les objectifs ont été revus à la baisse.

Il faut dire que les deux pays sont bien différents. L’Iran a une superficie de 1 648 195 km2 peuplés de 93 millions d’habitants. L’Irak est plus de trois fois plus réduit en superficie, avec 435 052 km2 et moitié moins de population, à savoir 48 millions d’habitants.

Plus important encore, le parti Baas au pouvoir à Bagdad était entièrement sous la coupe d’un seul homme, Saddam Hussein, qui le dirigeait de manière verticale. Une fois neutralisé, personne ne pouvait le remplacer.

LES RESPONSABLES ÉTAIENT TOUS REMPLAÇABLES

Le régime des mollahs est horizontal ; le guide suprême n’étant plus, depuis des années, qu’un symbole unificateur. Les véritables détenteurs du pouvoir politique, économique et militaire sont les gardiens de la révolution islamique, qu’ils soient en activité, en disponibilité ou à la retraite, mais toujours prêts à agir en cas de besoin.

Les Américains et les Israéliens se sont aperçus que les responsables étaient tous remplaçables, soit par des anciens qui ont assuré l’intérim après leur élimination lors des frappes de 2025, soit par la génération montante.

De nombreux organismes régulent la vie politique intérieure : le Parlement (Majlis al Choura e-Islami), le Conseil des gardiens de la Constitution (Choura Negahbab) et le Conseil de discernement du bien de l’État. Cela donne une fausse impression de vie démocratique, car les membres de ces instances sont tous inféodés au régime. Il n’y a pas de réelle opposition et la fracture entre modernistes et conservateurs est une invention de l’Occident. Cela n’empêche pas des rivalités de personnes…

La vie sociale est gérée pour les plus déshérités par les fondations religieuses caritatives (Bonyads).

De plus, le système de fonctionnement civil et militaire est fortement décentralisé, ce qui n’était pas le cas en Irak. Les commandements intérieurs bénéficient d’une très grande autonomie par rapport à la capitale, ce qui explique quelques tirs de missiles inopportuns. Dans sa globalité, la sécurité est chapeautée par le Conseil suprême de la sécurité nationale (CSSN).

Pour s’en prendre à l’Irak en 2003 lors de l’opération Liberté irakienne, les États-Unis ont engagé une coalition de 330 000 militaires originaires de 38 pays, dont 250 000 Américains et environ 40 000 Britanniques. L’invasion initiale fut un succès, mais la suite fut une catastrophe — comme en Libye en 2011. Ils ont su conduite la guerre, mais n’ont pas été capables de gérer l’occupation dans la durée.

Aujourd’hui, en raclant les fonds de tiroirs, les Américains avouent avoir 50 000 militaires prêts au combat face à l’Iran. De son côté, Téhéran aligne quelque 600 000 militaires et pasdarans, sans compter les milices bassidjies et les réservistes qui se comptent en millions.

Certes, une grande partie de la population, majoritairement urbaine, exècre le pouvoir en place, mais les bombardements israélo-américains, puis uniquement américains, sans compter l’abandon des manifestants par Washington au début 2026, ont poussé une partie de ce peuple au rejet de toute intervention étrangère. À l’étranger, l’« Axe de la résistance » appuyé par la force Al-Qods des pasdarans est actif, mais il ne donne pas encore sa pleine mesure. Ainsi, en Irak, les milices chiites pro-iraniennes mènent des attaques de drones régulières contre les bases américaines, puis en direction de l’Arabie saoudite. Le gouvernement légal mène des enquêtes qui n’aboutissent à rien.

Au Yémen, les Houthis soutiennent Téhéran en multipliant les actions contre l’Arabie saoudite. À la fin juillet, ils menaçaient de s’en prendre à des navires autres que ceux de Riyad en fermant hermétiquement le détroit de Bab el-Mandeb. C’est d’ailleurs un peu déjà le cas, les assureurs ne voulant plus couvrir la sécurité du transit maritime par cette voie.

LA GUERRE AÉRIENNE INSUFFISANTE POUR GAGNER UNE GUERRE

Le président américain Trump a tenté de mettre le régime iranien à genoux, mais le « système » tient toujours et il n’y a pas de fin prévisible de la guerre, d’autant plus que Téhéran exige de devenir le maître du détroit d’Ormuz.

La récente menace de Donald Trump de bombarder les infrastructures iraniennes met en évidence les limites de la guerre aérienne. Il a oublié qu’un seul conflit a fini par être gagné par les bombardements : celui contre le Japon, avec le largage de deux bombes atomiques. Ailleurs, il a fallu aller chercher les dirigeants à la baïonnette dans leur trou.

L’administration Trump s’est montrée de plus en plus frustrée par le refus de l’Iran de capituler — ce qui semblait évident aux caciques de la Maison-Blanche —, alors que les deux parties ont intensifié leurs opérations dans le golfe Persique.

Après s’être engagé à frapper « un pont ou une centrale électrique » pour chaque navire attaqué sur zone, Trump a décrété une trêve. Il semble que ses conseillers se soient inquiétés du manque de munitions — affirmation niée par Trump —, particulièrement antiaériennes, ce qui ne permet plus à Washington de protéger ses alliés arabes. Et le recomplètement des stocks devrait prendre beaucoup de temps, car nombre de munitions restent à fabriquer.

Six mois après le début de la campagne aérienne américaine contre l’Iran, aucun accord de paix durable n’est en vue : Téhéran n’a pas renoncé à ses revendications sur le détroit, et le Pentagone n’a pas été en mesure d’éliminer la capacité du régime à lancer des frappes de drones et de missiles jusqu’en Jordanie.

À moins que l’administration ne soit prête à augmenter fortement la mise — peut-être en élargissant considérablement la liste des cibles acceptables ou même en déployant des forces terrestres —, le cycle actuel d’attaque et de contre-attaque entrecoupées de pauses se poursuivra probablement dans l’avenir.

Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’accumulation de forces terrestres qui suggérerait qu’une invasion était à l’horizon. La posture de la force américaine reste ce qu’elle était en février lorsque les États-Unis et Israël ont lancé leurs premières frappes aériennes, maintenant le nombre de forces sur zone à environ 50 000.

Historiquement, si la puissance aérienne a réussi à éliminer des cibles spécifiques, elle s’est avérée moins efficace lorsqu’il s’agit de changer de régime ou d’obtenir une victoire stratégique sur un ennemi.

Le chef d’état-major américain, le général Dan Caine, lui-même aviateur, a reconnu lors d’une audience devant le Sénat que « la puissance aérienne a ses limites, et nous devons toujours en être conscients ». En face, Téhéran a montré sa puissance de résilience.

L'ESPOIR QUE LE RÉGIME S'EFFONDRE DE L'INTÉRIEUR

Rachel VanLandingham, une juge de l’US Air Force à la retraite qui a conseillé les commandants militaires sur les lois de la guerre, a affirmé : « Même si ces frappes qui s’étendent à un plus grand nombre de cibles d’infrastructures civiles sont [selon les textes] légales, elles sont inefficaces pour convaincre Téhéran d’abandonner. »

Jusqu’à présent, la guerre a coûté 37,5 milliards de dollars, a déclaré le 25 juillet le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, tout en plaidant pour un nouveau financement de 87 milliards de dollars du Congrès pour le Pentagone, dont 67 milliards seraient destinés aux opérations au Moyen-Orient.

En 2027, la demande de budget de la Défense atteindra un montant historique de 1 500 milliards de dollars.

Il semble que l’administration Trump est revenue à son espoir initial, à savoir que le régime s’effondre de l’intérieur. Comme ce ne sont pas les manifestations de rue ni un putsch qui y parviendront, l’objectif serait de couler l’économie du pays en maintenant un blocus étroit et en pourchassant les pays qui continuent à coopérer avec Téhéran. Il est vraisemblable que ce vœu pieux est aussi voué à l’échec.