Le FSB, le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie, a annoncé l’arrestation le 8 septembre d’un ressortissant moldave suspecté d’avoir tenté d’assassiner le général des forces aérospatiales russes pour le compte de l’Ukraine le 3 septembre près de la ville d’Engels, dans la région de Saratov, une ville de l’ouest de la Russie située à 726 km au sud-est de Moscou.
Des médias pro-Kremlin ont rapporté que l’officier visé était le général de division aérienne Nikolaï Varpakhovitch, commandant d’une unité de bombardiers stratégiques à la base aérienne d’Engels-2 qui a déjà été attaquée par des drones ukrainiens.
Cette division met en œuvre des bombardiers stratégiques Tu-95MS, Tu-160 et Tu-22M3.
Dans un communiqué officiel, le Comité d’enquête — la principale instance d’enquête russe — a confirmé l’attaque armée contre l’officier, qui a été hospitalisé après avoir été atteint par six projectiles de 9 mm Makarov. Emmené en urgence par voie aérienne dans un hôpital moscovite, il aurait survécu à l’agression.
Cette action s’est déroulée peu de temps après le lancement par l’Ukraine de poursuites pénales par contumace contre le général Varpakhovitch, qu’elle accuse d’avoir ordonné une frappe de missile meurtrière sur l’hôpital pour enfants Okhmatdyt à Kiev en juillet 2024.
Le FSB a indiqué que le suspect identifié comme étant Nicolae Cociu, âgé de 21 ans, un combattant de kickboxing, avait été interpellé dans la région d’Astrakhan (sud) alors qu’il avait pris la fuite en moto pour tenter de rejoindre la Moldavie.
Cociu a déclaré aux enquêteurs : « Je suis citoyen de la République de Moldavie. J’ai vu une offre d’emploi sur Instagram [NdA : en 2025], j’ai laissé mes coordonnées et j’ai accepté leur offre de coopération […] Je me suis entraîné à un champ de tir à Kiev où on m’a appris à tirer et à manipuler des explosifs, et j’ai été envoyé en Russie pour éliminer un général russe. »
Il a précisé qu’il était entré en Russie via l’Estonie après avoir reçu des coordonnées opérationnelles sur Discord ; il y a récupéré dans une cache un pistolet Makarov et deux chargeurs.
Lors de ses aveux filmés, il a dit qu’une récompense de 70 000 dollars lui avait été promise. Selon un journaliste qui a visionné les vidéos, le jeune homme « parle russe, mais il a du mal à prononcer certains mots ». D’ailleurs, il les prononce « sans conviction » et « on ne peut pas savoir s’il les connaît ou s’il se contente de les lire ».
Cociu a été inculpé de tentative de meurtre et de trafic illégal d’armes ; des chefs d’accusation passibles d’une peine maximale de 20 ans de prison.
Le ministère moldave des Affaires étrangères coordonne activement ses actions avec l’ambassade de Moldavie à Moscou pour établir les faits, a déclaré Tatiana Barac, porte-parole du ministère, au radiodiffuseur public national Teleradio-Moldova.
Cette arrestation s’inscrit dans une tendance observée ces dernières années, au cours desquelles le FSB a arrêté des ressortissants moldaves pour des faits d’espionnage et de sabotage présumés, liés aux services de renseignement moldaves ou ukrainiens.
En juin 2025, deux citoyens moldaves avaient été arrêtés à Moscou après que le contre-espionnage russe les a accusés d’agir en tant qu’agents infiltrés pour le Service de renseignement et de sécurité (SIS) de Moldavie.
Le suspect serait un boxeur. Sur le net, le 13 juin, Cociu a publié des photos de Saint-Pétersbourg ; le 24 juin, des photos de Moscou ; début août, une photo est apparue où il est tagué avec le club Datsiev, le club sportif de Saratov, où il s’entraînait… C’est dans cette région qu’il est passé à l’action.
COMMENTAIRE
Les services spéciaux ukrainiens ont mené par le passé des opérations Homo et Arma d’une grande efficacité dans la profondeur du territoire russe. Mais cette affaire ne reflète pas leur professionnalisme habituel que l’on retrouve aussi ailleurs qu’en Russie…
Il semble que l’opérateur n’était pas assez bien formé, même s’il a bénéficié de l’assistance nécessaire pour mener à bien sa mission : arme déposée dans une cache, désignation de la cible (il ne s’en est pas pris au premier officier général qui passait, etc.).
L’opération a aussi surtout pêché par une exfiltration ratée, ce qui est toujours le moment le plus délicat d’une telle action…
Il est possible qu’il ait été un « agent sacrifié », car le réseau qui l’a aidé est toujours inconnu.
Enfin, l’hypothèse d’un coup tordu des services russes n’est pas à écarter, mais dans quel but ?
