Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu le 20 décembre à l’état-major du SVR, le Service des renseignements extérieur de la Fédération de Russie situé dans la banlieue sud-ouest de Moscou. Il a déposé une gerbe au pied d’un mémorial inauguré à l’entrée des bâtiments. Son directeur depuis 2016 est un de ses proches, Sergueï Narychkine. Le SVR a succédé à la prestigieuse Première Direction du KGB dont l’ancêtre est la Tcheka née en 1917 suivie en 1922 par la Guépéou, elle-même absorbée en 1934 par le NKVD (qui a été divisé en plusieurs entités parfois indépendantes).

Le MGB, le Ministère à la sécurité gouvernementale, l’a remplacé en 1946 et n’a porté le nom de KGB, Comité pour la sécurité de l’État, qu’à partir de 1954 jusqu’à sa dissolution en 1991.

En dehors de la commémoration de la naissance le 20 décembre 1920 du département des Affaires étrangères de la Tcheka, cette date est aussi le jour qui célèbre tous les organes civils de la sécurité d’État. C’est pour cette raison que le GRU, le service de renseignement militaire, n’a pas été mentionné.

Si le SVR est le premier cité, il y a aussi le Service fédéral de sécurité (FSB) héritier de la Deuxième Direction du KGB, chargé du contre-espionnage et du contre-terrorisme, le Service fédéral de la protection (FSO) qui a pour mission d’assurer la sécurité des hautes personnalités et de certaines installations sensibles, et enfin, la Direction principale des programmes spéciaux de la présidence (héritière de la Quinzième Direction du KGB) qui s’occupe des « infrastructures spéciales » dont nucléaires mais aussi des communications.

Le président russe a précisé les missions des services secrets du pays en félicitant particulièrement le SVR qui attire peu l’attention des medias. D’une manière convenue, il a affirmé compter sur ce service pour continuer à « contrer les menaces potentielles » mais plus étonnement, il a ajouté qu’il devrait « améliorer la qualité de ses analyses ».
Tous les experts dans le domaine du renseignement savent que le problème n’est pas vraiment le recueil d’informations (pour certains, il est d’usage de dire qu’il suffit de se baisser pour le ramasser – même si l’expression est volontairement exagérée -) mais son traitement.

Le maillon faible reste l’analyste en bout de ligne qui croule sous des masses d’informations mais qui est bien seul pour tenter de les trier, de les recouper et surtout pour en tirer la substantifique moelle. Du temps de la splendeur de l’URSS, il était admis que le KGB « savait tout » sur l’Occident (Georges Blake, ce Britannique qui est décédé à Moscou le 26 décembre 2020 est un exemple des multiples taupes qu’avait recruté le KGB et pas seulement qu’en Grande-Bretagne…). Mais les analystes du KGB avaient trop de renseignements pour les digérer correctement avant d’en envoyer de savantes synthèses aux dirigeants politiques concernés.

Il convient aussi de rajouter que ces derniers avaient aussi tendance à écarter toute information qui ne correspondait pas à leur corpus idéologique. Ce défaut est toujours très présent aujourd’hui, et pas uniquement en Russie… Certes, l’arrivée de l’informatique a été un grand progrès permettant un tri technique automatique et un archivage plus efficace puisqu’il ne se faisait plus manuellement (la puissance des services se mesure à leur capacité d’avoir des archives importantes). Mais en même temps, le nombre de renseignements acquis par moyens techniques avec le développement des transmissions modernes a explosé exponentiellement si bien que l’analyste s’est encore retrouvé en face de plus d’informations à traiter…

Plus globalement, le président Poutine a déclaré que « les services secrets russes doivent lutter contre le terrorisme, l’extrémisme et la corruption, de même que garantir une protection plus efficace des frontières étatiques […] Parmi ces défis, il y a le terrorisme international. Nous, notre peuple, avons nos propres comptes à régler avec ce fléau. Nous nous souvenons de tous ceux qui sont morts en défendant la Russie contre cet ennemi cruel, auquel notre pays a été confronté dans la période la plus difficile de son histoire ». La référence est historiquement celle de la Seconde guerre mondiale mais le président n’est pas très clair dans son discours évoquant sans doute aussi la Tchétchénie (durant la Guerre froide, le terrorisme d’État était surtout pratiqué par Moscou via des proxies d’extrême-gauche ou palestiniens).

Pour lui, le FSB et les autres services relevant du Comité national antiterroriste doivent continuer à agir avec la même détermination et la même cohérence.
Bien logiquement, « le Service fédéral de protection (FSO) doit continuer à veiller à la sécurité des sites publics et des manifestations importantes ».

La Direction principale des programmes spéciaux « doit œuvrer pour un fonctionnement stable des principaux organes d’État et systèmes de communications, même dans des conditions très difficiles ».

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Alain Rodier

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