Les forces du Conseil de direction présidentiel du Yémen, la structure gouvernementale yéménite internationalement reconnue, ont lancé une vaste contre-attaque contre les rebelles houthis suite à leur tentative de s'approcher du détroit de Bab el-Mandeb en août (1).

Le président du Conseil, Rashad al-Alimi, a revendiqué le 7 septembre d’importants gains attribuant aux forces gouvernementales des avancées à al-Jawf, al-Bayda, Taëz et Hodeïda : « Nos forces armées continueront d’accomplir leur devoir constitutionnel jusqu’à ce que les institutions de l’État soient rétablies et que leur autorité s’étende à l’ensemble du territoire yéménite. »

Mais l’objectif serait désormais beaucoup plus vaste. Ainsi, le vice-ministre yéménite de la Défense, le major-général Samir Al-Sabri, a annoncé sur la télévision d’État que le gouvernement avait décidé de « reprendre Sanaa », la capitale abandonnée en… 2014.

Le colonel Majid al-Nuzaili, porte-parole des forces loyales au Conseil yéménite, a précisé que l’objectif de la campagne était de « libérer le Yémen de l’emprise des Houthis et de rétablir Sanaa comme capitale pour tous les Yéménites ». Il a également averti les civils d’éviter plusieurs axes routiers majeurs menant à Sanaa.

Cela dit, non seulement les Houthis résistent-ils à ces opérations militaires, mais ils ont frappé le 8 septembre le sud de l’Arabie saoudite à l’aide de dizaines de drones et de missiles, comme ils l’avaient déjà fait en juillet en représailles à un raid aérien sur l’aéroport de Sanaa le 13 juillet, attribué à l’aviation saoudienne.

Le major-général Turki al-Malki, porte-parole de la coalition emmenée par l’Arabie saoudite au Yémen, a déclaré que les villes d’Abha, Khamis Mushait, Najran et Jizan, ainsi que la base aérienne King Khalid, auraient été frappées. Information confirmée par le porte-parole militaire des rebelles houthis, le brigadier-général Yahya Saree.

Ce dernier a ajouté que ces actions ont été menées en riposte à « 121 frappes » menées par Riyad au Yémen ces trois derniers jours.

Aramco, qui exploite l’une des plus importantes raffineries du royaume à Jizan, l’a mis à l’arrêt après une première attaque en juillet !

Enfin, Riyad a « réaffirmé son droit (…) à défendre sa souveraineté » et a promis de répliquer…

HISTORIQUE

Les Houthis se sont emparés de Sanaa en septembre 2014 et ont ensuite pris le contrôle d’une grande partie du nord et de l’ouest du Yémen, ce qui a conduit une coalition de pays arabes emmenée par Riyad à intervenir en soutien au gouvernement yéménite en mars 2015.

Des appareils de la coalition emmenée par l’Arabie saoudite ont effectué des dizaines de milliers de sorties aériennes entre mars 2015 et 2022, bombardant les positions militaires houthies et assurant une couverture aérienne lors d’importantes offensives terrestres du gouvernement légaliste. La guerre a fait d’importantes victimes civiles au sein de la population, qui était déjà frappée par la misère la plus extrême.

Une trêve négociée par les Nations unies en avril 2022 a permis de réduire significativement les opérations. Bien que cette trêve ait officiellement expiré six mois plus tard, les hostilités entre les Houthis et les forces gouvernementales sont restées relativement limitées et l’Arabie saoudite a poursuivi les négociations. Mais aucun accord de paix global n’en est sorti, laissant les lignes de front globalement gelées.

En 2024, les États-Unis et le Royaume-Uni ont lancé une série de frappes aériennes contre des positions houthies au Yémen en réponse à des attaques visant des navires « liés à Israël » en mer Rouge.

Un calme relatif s’en est suivi, entrecoupé d’accrochages avec des activistes d’Al-Qaïda et de Daech (2), ces deux mouvements salafistes-jihadistes étant toujours présents dans le pays.

Les troubles ont repris en juillet, après qu’un bombardement attribué à l’Arabie saoudite a atteint l’aéroport de Sanaa contrôlé par les Houthis, empêchant l’atterrissage d’un avion en provenance d’Iran ramenant une délégation s’étant rendue assister aux funérailles de l’Ayatollah Ali Khamenei.

Dans la foulée, les Houthis ont répliqué en bombardant des installations pétrolières au sud de l’Arabie saoudite et décrété un blocus contre les navires saoudiens empruntant le détroit de Bab el-Mandeb, le couloir vital pour le transport entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Ce détroit a pris une importance nouvelle pour les exportations pétrolières saoudiennes depuis que l’Iran a commencé à restreindre le passage par le détroit d’Ormuz.

Mais, pour mieux contrôler le passage, les Houthis ont lancé une offensive afin de s’approcher du détroit, dont la rive yéménite est tenue par la milice progouvernementale Les Forces de résistance nationale, commandées par le neveu de feu président Saheh.

Ils ont cherché à capturer des collines surplombant Bab el-Mandeb et le port d’al-Makha avant de pousser vers la côte.

Des combats particulièrement violents ont eu lieu autour d’al-Barah et de Maqbanah, où une route est utilisée pour ravitailler les forces progouvernementales stationnées à Taïz et al-Makha.

Il est très difficile de dénombrer les victimes de ces affrontements, mais elles se compteraient à plusieurs centaines.

LES DERNIERS DÉVELOPPEMENTS

Les forces progouvernementales ont déclenché de vastes contre-offensives pour faire baisser la pression pesant sur Bab el-Mandeb, obligeant les Houthis à disperser leurs forces pour y répondre.

Les combats se sont intensifiés le 7 septembre dans les provinces de Taïz, d’Al-Bayda et d’Al-Jawf, cette dernière étant considérée comme la principale porte d’entrée vers la capitale depuis le repaire houthi situé dans celle de Sa’dah, à l’ouest.

Les forces loyalistes ont affirmé avoir mené des frappes de roquettes et de drones contre des positions houthies et ont fait état de « combats intenses » impliquant des troupes au sol.

Les Houthis ont déclaré pour leur part avoir repoussé l’offensive d’Al-Jawf.

Le centre de presse des forces loyalistes a signalé avoir mené plusieurs frappes aériennes contre des positions houthies à l’ouest de Taïz. Plus tôt, ces forces avaient annoncé une offensive terrestre en direction des montagnes d’Al-Labanat, dans la province d’Al-Jawf, et revendiqué des tirs de roquettes sur Yatma, dans la même province. Elles étaient également engagées dans des combats intenses dans cette région.

Le centre de presse a précisé que les forces gouvernementales avaient progressé jusqu’aux abords du district de Dhi Na’im, dans la province d’Al-Bayda.

De leur côté, les Houthis ont affirmé avoir repoussé cette offensive de grande envergure vers les montagnes d’Al-Labanat.

Dans une publication sur X, Mohammed al-Farah, membre du bureau politique houthi, a déclaré que des dizaines de combattants progouvernementaux avaient été tués ou blessés et que les forces houthies avaient également pris pour cible des renforts à Al-Jawf à l’aide de plusieurs missiles balistiques. Il a précisé que ces frappes avaient détruit ou endommagé des dizaines de véhicules et de blindés, affirmant que des commandants figuraient parmi les victimes. Le groupe a également diffusé des images montrant, selon lui, une frappe de missile balistique contre des camions transportant du matériel militaire depuis le territoire saoudien, au niveau du camp d’Al-Wadiah, dans la province du Hadramaout (centre du Yémen).

L’Organisation mondiale de la Santé a indiqué le 7 septembre qu’au moins 728 personnes avaient été tuées ou blessées depuis le 23 août, la majorité d’entre elles à Taïz et le long de la côte ouest. Elle a précisé qu’environ 18 500 personnes avaient été déplacées depuis l’ouest du pays depuis le 3 septembre. Mais ce bilan pourrait être plus lourd, car les pertes du début de cette semaine n’ont pas encore été comptabilisées.

Ces offensives importantes appuyées par l’aviation saoudienne laissent à penser que les combats vont se poursuivre, mais il est douteux qu’elles permettent aux forces gouvernementales de reprendre à court terme la capitale qui est verrouillée par les Houthis. Il est peu probable que l’Arabie saoudite intervienne au sol, mais elle devrait multiplier les frappes aériennes.

Enfin, il faut lier cette reprise de la guerre à la détérioration de la situation dans le détroit d’Ormuz, où les Américains répliquent aux tirs sur leurs navires de guerre en multipliant les actions contre les pétroliers iraniens.

Cette situation chaotique dans la région de la mer Rouge et du golfe Persique, vitale économiquement pour le monde entier, va continuer de l’entraîner dans une crise économique majeure.