Après un mois d'accalmie, l'Iran et les États-Unis ont repris les échanges de tirs après que les forces américaines ont ciblé deux lance-roquettes sur l'île de Larak, dans le détroit d'Ormuz.

Selon le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’Iran, deux personnes ont été tuées et deux autres ont été blessées par des drones.

Le commandement central américain (CENTCOM) a déclaré, via son porte-parole, avoir pris « des mesures limitées et précises » après avoir observé l’Iran se préparer à « lancer des roquettes et déployer des mines marines dans le détroit d’Ormuz ».

En réponse, Téhéran a déclaré avoir frappé les bases américaines du roi Hussein et d’al-Azraq en Jordanie. L’armée jordanienne a affirmé avoir intercepté huit des missiles lancés.

La télévision d’État iranienne a également indiqué qu’une base aérienne avait été ciblée aux Émirats arabes unis (EAU) par des drones. Les EAU ont affirmé en retour en avoir abattu un.

Depuis le début du conflit en février, le détroit est effectivement fermé, provoquant d’importantes fluctuations du prix du pétrole sur les marchés mondiaux. Toutefois, la situation s’était légèrement améliorée ces derniers temps, des navires acceptant de prendre le risque de passer.

Tactiquement, il semble que les forces iraniennes n’ont plus la capacité de bloquer complètement la voie maritime par manque de moyens et ne s’en prennent plus qu’à quelques navires isolés quand le besoin s’en fait sentir. Le problème est que cette menace latente a toujours un effet sur les assureurs…

D’ailleurs, l’agence de presse privée iranienne Tasnim a publié une photo montrant un pétrolier en feu, mais n’a pas identifié le navire ni donné la date de l’incident. Le CENTCOM a déclaré à propos de cette photo que « c’est une nouvelle tentative du CGRI d’intimider le transport maritime régional par la désinformation ».

Cependant, les États-Unis ne sont pas en reste. Quelques heures après la frappe américaine, Trump a publié sur Truth Social des vidéos générées par l’IA, dont l’une portait la légende « L’île de Kharg réduite en miettes !! » en référence à un important terminal pétrolier au large des côtes iraniennes.

Il est évident que la désinformation joue un très grand rôle aujourd’hui afin d’impressionner les millions d’internautes et façonner les opinions publiques…

Le problème est que la confiance dans l’information « tous publics » est tombée au plus bas, plus personne ne croyant personne, ce qui favorise les théories complotistes, elles-mêmes alimentées par différents pouvoirs.

À PROPOS DES MINES MARINES

Trump a déclaré à la fin août que toutes les mines mouillées par l’Iran dans le détroit d’Ormuz avaient été détruites ou retirées. Il a ajouté que tout navire ou bateau déployant de nouvelles mines serait détruit. Mais il semble que tout ne soit pas réglé.

Les frappes américaines visaient des lance-roquettes iraniens positionnés sur l’île de Larak. Le porte-parole du CENTCOM a déclaré que l’armée américaine — qui impose actuellement un blocus aux ports iraniens situés dans la zone d’Ormuz et ses environs — avait repéré une unité de pasdarans en train de préparer le lancement de roquettes armées de mines marines.

Harlan Ullman, un officier supérieur de la marine américaine à la retraite, a déclaré à la presse qatarie que l’affirmation américaine selon laquelle des roquettes étaient utilisées pour larguer des mines marines était « invraisemblable […] Il me semble qu’une roquette, au moment de l’impact avec l’eau… subirait un choc tel qu’elle causerait d’importants dégâts aux mines […] Ils (les Iraniens) disposent de nombreuses options pour poser ces mines. J’aimerais donc que le CENTCOM explique pourquoi il pense que l’Iran utilisait des roquettes, une méthode qui, à mes yeux, est très, très inédite ».

Mais il est parfaitement exact que l’Iran s’est vanté de sa capacité à utiliser des missiles pour mouiller des mines marines. Ainsi, en janvier 2025, la télévision d’État iranienne a diffusé des images montrant des pasdarans mettre en œuvre un système de lance-roquettes multiple (MLRS) Fajr-5 pour tester cette technique.

À l’époque, les analystes avaient qualifié cette méthode d’« innovante », mais aussi d’« inquiétante », car elle signifiait que le CGRI pouvait désormais projeter des milliers de mines sur de vastes étendues maritimes en un seul tir.

Développé dans les années 1990, le Fajr-5 est un système de roquettes à moyenne portée de 333 mm, utilisé à la base pour mettre en œuvre des munitions d’artillerie. Le système peut tirer jusqu’à quatre roquettes d’artillerie depuis un camion porteur.

Chaque roquette est armée d’une ogive de 175 kg. La portée moyenne est estimée à environ 75 km. Dans le cas de mines marines, c’est cette portée qui inquiète, car le Fajr-5 déployé sur les côtes (et sur l’île de Larak) peut couvrir l’intégralité du détroit d’Ormuz.

De plus, une variante plus récente, le Fajr-5C, est équipée d’un système de guidage GPS et une version à deux étages pourrait atteindre une cible à 130 km.

Mais il convient de rester très prudent, les Iraniens étant passés maîtres dans la présentation de nouveaux matériels révolutionnaires qui se sont révélés être des ballons de baudruche. Cela relève de la désinformation, qui est une arme de guerre.

Selon la théorie, l’ogive de 175 kilos peut contenir une mine marine. Or, les photos présentées montrent l’ogive elle-même flottant en surface, ce qui signifie que la charge — si charge il y a — est vraisemblablement peu importante.

L’ogive d’artillerie classique emporte 90 kilos d’explosifs, la plus moderne étant thermobarique. Or, les mines marines (en dehors des « limpets » qui sont généralement fixées sur les coques de navires par des nageurs de combat) font au minimum 300 kilos. En dessous, ce n’est pas assez puissant pour obtenir une efficacité létale significative.

Habituellement, les mines marines sont mises en place à l’aide de navires de surface, de sous-marins ou d’aéronefs et ça, les Iraniens savent faire. On pense que l’Iran a eu recours, entre autres, à sa flotte de vedettes rapides ainsi qu’à des bateaux de pêche pour mouiller un nombre indéterminé de mines dans les eaux du détroit d’Ormuz. D’ailleurs, bon nombre de ces embarcations ont été détruites par l’armée américaine. On ne sait pas si les sous-marins de poche de classe Ghadir ont été engagés. Peut-être ont-ils été gardés en réserve pour s’occuper des câbles sous-marins si l’ordre en était donné…

Les mines marines peuvent être déposées sur le fond marin ou légèrement ancrées au-dessus de celui-ci, attendant de détecter la signature magnétique ou les vibrations de navires de passage avant de détoner.

Elles peuvent également être positionnées pour flotter juste sous la surface de l’eau et exploser au contact des navires.

Dans cette affaire, il semble que le CENTCOM ait effectivement localisé des LRM Fajr-5 en position de tir sur l’île de Larak. Comme il est assez rare de détecter ce type de batterie le long du détroit d’Ormuz, ordre a été donné de faire un carton sur cet armement, qui, à la base, est fait pour taper des cibles fixes, mais pas des bâtiments en mouvement — même à faible vitesse. De toute façon, même avec des munitions classiques, ces batteries prêtes à l’emploi représentaient un danger pour les navires qui ont le courage d’emprunter le détroit en ce moment. Cela sert d’exemple.

DERNIERS ÉVÉNEMENTS

Les pasdarans ont affirmé dans la nuit du 1er au 2 septembre avoir déclenché une attaque « massive » de missiles balistiques contre la base aérienne Prince Hassan et une base des Marines américains, toutes deux en Jordanie, en réponse à des frappes américaines antérieures qui auraient tué des civils.

Le Koweït a déclaré que sa défense aérienne avait répondu à des attaques de drones alors que le Bahreïn a affirmé que ses systèmes de défense avaient aussi détruit des drones iraniens.

Le CENTCOM avait précédemment déclaré que ses forces avaient lancé une série de frappes contre des cibles iraniennes le 1er septembre après ce qu’il a qualifié de tentatives d’attaques de l’Iran contre des navires commerciaux et des militaires américains.

Les médias d’État iraniens ont fait état de multiples explosions dans plusieurs localités du sud du pays, notamment à Asaluyeh, à Jiroft, à Bandar Abbas, sur l’île de Qeshm, à Konarak, à Chabahar, à Jask, à Sirik et à Lavan.

Il semble que, pour la première fois, des pétroliers iraniens ont également été ciblés, le président Trump estimant que la solution sortirait après la destruction de l’économie iranienne.