Donald Trump a annoncé le lundi 18 mai avoir annulé au dernier moment une attaque qui aurait dû survenir le lendemain contre l’Iran, assurant qu’il existait de « très bonnes chances » de parvenir à un accord avec Téhéran.
Il a expliqué sur sa plateforme Truth Social avoir renoncé à cette nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, qui, selon lui, jugent qu’un accord est possible.
Il a toutefois assuré que les États-Unis se tenaient prêts à lancer une « attaque totale et à grande échelle contre l’Iran à tout moment, si un accord acceptable n’était pas trouvé » avec Téhéran.
Précédemment, il avait averti : « Pour l’Iran, le temps presse, et (les Iraniens) feraient mieux d’agir rapidement, sinon il ne restera plus rien d’eux. »
Le chef du quartier général central de Khatam al-Anbiya, le major-général Ali Abdollahi, avait alors répondu en mettant en garde les États-Unis et leurs alliés contre toute nouvelle « erreur stratégique et de calcul ».
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours via les pays du Golfe persique et le Pakistan pour tenter de trouver un accord, mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.
DES AVIS DIVERGENTS AUX ÉTATS-UNIS
Pour Robert Kagan, une figure des néoconservateurs américains et ancien Républicain qui a toujours été l’un des plus ardents partisans des interventions militaires américaines, son pays se retrouve mis en « échec et mat » dans le grand jeu mortifère qui l’oppose à Téhéran.
Cet aveu est perçu au sein des élites américaines comme le signe d’une véritable crise de confiance dans la capacité des États-Unis à imposer leur ordre mondial par la force.
Pour Kagan, l’Iran n’a pas remporté une « victoire militaire » au sens propre du terme, mais les États-Unis n’ont pas su transformer leur supériorité militaire écrasante en un résultat stratégique décisif.
Il précise que Washington n’est pas confronté à un simple « revers » ou à une « usure » dans son conflit avec l’Iran, mais bien à la perspective d’une « défaite stratégique » susceptible de modifier durablement la position des États-Unis sur la scène internationale.
Pour lui, la guerre n’a pas atteint son objectif principal, qui était de renverser le régime iranien en éliminant — avec l’aide d’Israël (1) — ses principaux responsables politiques, religieux et sécuritaires.
Cela a été fait, mais la relève a été assurée principalement par des vétérans de la guerre Iran-Irak, à dominante pasdarans, qui sont encore plus intransigeants que les autorités précédentes.
LA RELÈVE IRANIENNE
Après l’élimination de l’Ayatollah Khamenei le 28 février 2026, un conseil de direction intérimaire de trois notables a été chargé d’assurer la transition politique. Il se constituait des dignitaires religieux Gholam Hossein Mohseni-Eje’i et Alireza Arabi, ainsi que du chef d’État de la République islamique d’Iran (RII), Massoud Pezechkian.
Le religieux Gholam Hossein Mohseni-Eje’i est le chef du pouvoir judiciaire depuis 2021, ayant fait carrière comme juge. Il a également été ministre du renseignement extérieur appelé à l’époque Vevak (devenu depuis Vaja), qui organisait l’assassinat d’opposants et des attentats anti-israéliens à l’étranger.
La haute autorité religieuse, Alireza Arafi, était considérée comme un des grands favoris pour succéder à Ali Khamenei.
Enfin, Massoud Pezechkian est un ancien médecin et président de la RII depuis 2024.
Ce conseil a organisé une élection par l’assemblée des experts (qui compte 88 membres.) Elle a désigné Mojtaba Khamenei, le fils de l’ancien Guide suprême de la Révolution islamique d’Iran, décédé le 28 février 2026, pour occuper la fonction le 8 mars 2026.
Le problème réside dans le fait que, bien que de nombreux messages soient diffusés en son nom, il n’est pas apparu en public depuis le décès de son père. Selon certaines sources, il aurait été gravement blessé lors de la même frappe, puis soigné à l’hôpital de Téhéran.
LES PERSONNALITÉS QUI COMPTENT AUJOURD'HUI SONT PEU NOMBREUSES
Le major-général Ali Abdollahi Aliabadi, commandant le quartier général central de Khatam al-Anbiya depuis 2025, est chargé de planifier et coordonner les opérations conjointes de la défense iranienne qui incluent les forces armées, les pasdarans, les bassidjis et la police. Globalement, c’est le responsable de la sécurité nationale.
Mohammad Bagher Ghalibaf est l’actuel président du Parlement iranien et un ancien dirigeant de la branche aérienne des Gardiens de la Révolution, responsable des missiles et des armes spéciales. Il a été maire de Téhéran et quatre fois candidat à l’investiture pour le poste de Premier ministre. Il représente le volet politique iranien.
Le major général Ahmad Vahidi est commandant en chef des Gardiens de la Révolution depuis le 1er mars 2026. Officier de la vieille garde des pasdarans, fondateur du Hezbollah libanais, il a pris part aux assauts contre les troupes américaines et françaises à Beyrouth en 1983. Il a ensuite créé la Force Al-Qods chargée des opérations extérieures des pasdarans. Il est aussi recherché pour les attentats anti-israéliens de 1994 en Argentine. C’est un « dur parmi les durs ».
Le major-général Sabzevar Rezaee Mirgha’ed, mieux connu sous le nom de Mohsen Rezaï, est le conseiller militaire des Guides suprêmes de la Révolution successifs. Cet ancien chef des Gardiens de la Révolution lors de la guerre Irak-Iran est un « influenceur » de premier plan.
Le major-général Yahya Rahim Safavi, ancien commandant des pasdarans, est membre le la branche la plus dure du régime. Il occupe aujourd’hui les fonctions de conseiller militaire principal du Guide suprême.
Le brigadier-général des pasdarans, Eskandar Momeni, a été nommé ministre de l’Intérieur en 2024. En tant que responsable du maintien de l’ordre, il a la charge de la lourde répression de la fin 2025 et du début 2026, qui aurait fait quelque 30 000/40 000 morts et dix fois plus de blessés (selon l’opposition en exil). Si ces chiffres se révèlent exacts (les autorités ne reconnaissant que 2 000 à 3 000 morts), il s’agira du massacre intérieur le plus important en un temps très court depuis la création de la RII. Il a sous ses ordres l’ancien pasdaran Ahmad Reza Radan, commandant en chef de la Police nationale iranienne depuis 2023.
Le brigadier-général Esmail Qaani, commandant de la Force Al-Qods des Gardiens de la Révolution, était auparavant l’adjoint du major-général Qasem Soleimani, tué par les Américains en janvier 2020. C’est un des rares responsables à voir échappé aux frappes de 2025 et 2026, au point qu’il a été un temps soupçonné d’être un agent du Mossad… C’est lui qui a la responsabilité des opérations extérieures iraniennes et en particulier des proxys, comme les milices chiites irakiennes, qui sont très actives (2).
Ali Asghar Hejazi est un religieux créateur du Vevak. Il était chef d’état-major adjoint du Guide suprême, et a aussi miraculeusement échappé aux frappes qui le ciblaient. Il aurait conservé son poste.
Mohammad Bagher Zolghadr, qui a pris la relève d’Ali Larijani au poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, était auparavant un commandant en chef des pasdarans.
Pour Robert Kagan, le régime iranien est donc toujours debout et capable d’imposer un coût stratégique aux États-Unis et à ses alliés.
Il considère que la différence entre cette guerre et celles du Vietnam et d’Afghanistan réside dans le fait que le conflit actuel se déroule au cœur de l’ordre mondial, et non en périphérie : son centre est le détroit d’Ormuz, l’une des voies de passage les plus vitales au monde pour l’énergie, le commerce et les câbles sous-marins.
Ses conséquences ont un impact direct sur la réputation de la puissance américaine et sur l’ordre mondial lui-même. Washington se retrouve dans une impasse n’ayant pu contraindre Téhéran à une capitulation totale et incapable d’engager une invasion terrestre qui serait beaucoup trop coûteuse et longue.
Une simple déclaration de « victoire » suivie d’un retrait ne suffira pas à rétablir la situation antérieure, car les choses sont bouleversées : les États-Unis ne sont plus dissuasifs et leurs alliés ont perdu en grande partie confiance. Cela risque d’inciter des adversaires comme la Chine et la Russie à tester les limites de la puissance américaine dans d’autres régions du monde.
QUE RESTE-T-IL DE L'ARMEMENT IRANIEN (3) ?
Selon un rapport des services de renseignement américains cité par le New York Times, l’Iran « a repris accès à la plupart de ses sites de missiles, de ses lanceurs et de ses installations souterraines […] Ce qui inquiète le plus certains hauts responsables, c’est la preuve que l’Iran a rétabli l’accès opérationnel à 30 des 33 sites de missiles qu’il maintient le long du détroit d’Ormuz, ce qui pourrait menacer les navires de guerre et les pétroliers américains empruntant ce passage maritime étroit […] L’Iran déploie toujours environ 70 % de ses lanceurs mobiles sur son territoire et a conservé près de 70 % de son stock de missiles d’avant-guerre. Ce stock comprend à la fois des missiles balistiques, qui peuvent cibler d’autres pays de la région, et un nombre plus restreint de missiles de croisière, qui peuvent frapper des cibles à courte portée, terrestres ou maritimes.
Le 14 mai, lors d’une audition devant le Congrès, l’amiral Brad Cooper, en charge des opérations militaires américaines au Moyen-Orient a réagi à ces estimations : « Les chiffres que j’ai vus dans les sources ouvertes sont inexacts. »
Il a précisé que l’Iran ne peut plus menacer ses partenaires régionaux ni les États-Unis, comme il le faisait auparavant, et ce, dans tous les domaines.
Il a précisé : « Je pense également qu’il ne faut pas négliger un aspect aussi important que les simples chiffres. C’est le commandement et le contrôle qui sont anéantis. Il s’agit d’une dégradation et d’une perte de capacités considérables, et notamment de l’incapacité à produire des missiles. »
Ensuite, interrogé sur la capacité de l’Iran à menacer la navigation dans le détroit d’Ormuz, il a répondu : « Leurs capacités ont été considérablement réduites. Si je me base sur ma propre expérience professionnelle et sur une centaine de passages dans le détroit d’Ormuz, on observe généralement entre 20 et 40 vedettes rapides, alors que récemment, nous n’en avons vu que deux ou trois. La dégradation est donc significative, mais il subsiste néanmoins une capacité résiduelle qui représente toujours une menace. »
Il a fourni des statistiques supplémentaires sur l’opération « Epic Fury » à la commission : « Nous avons détruit ou neutralisé une grande partie des missiles balistiques, des lanceurs et des drones d’attaque à longue portée iraniens, grâce à plus de 450 frappes contre des sites et des systèmes de stockage de missiles balistiques et à environ 800 frappes contre des unités de lancement et des sites de stockage de drones iraniens […] Nous avons détruit ou rendu inopérants les aérodromes, hangars, dépôts de carburant et stocks de munitions iraniens, et nous avons neutralisé 82 % de ses systèmes de missiles de défense aérienne, ainsi que l’infrastructure radar et de commandement qui les reliait […] En mer, nous avons détruit 161 navires appartenant à 16 classes de bâtiments de guerre, paralysant ainsi la capacité opérationnelle du régime […] Nous avons éliminé plus de 90 % de l’arsenal autrefois colossal de plus de 8 000 mines navales iraniennes, grâce à plus de 700 frappes aériennes ciblant ces mines. En résumé, la marine iranienne ne peut plus prétendre au statut de puissance maritime et ne peut plus projeter sa force dans le golfe d’Oman ni dans l’océan Indien […] L’Iran conserve une capacité de nuisance — harcèlement, attaques de drones et de roquettes de faible puissance, et soutien résiduel par procuration — mais il ne dispose plus des moyens de menacer les opérations régionales majeures ni de dissuader les États-Unis d’exercer leur liberté d’action dans les airs ou en mer… »
Les deux points de vue sont intéressants. Autant Robert Kagan semble très pessimiste — mais il représente une partie de l’opposition au président Trump —, autant l’amiral Brad Cooper est optimiste — mais c’est un officier général en fonction qui est tenu de défendre le discours officiel devant les politiques.
Comme d’habitude, la vérité est entre les deux…
Ce qui semble certain, c’est que Donald Trump ne sait pas comment se débarrasser du problème qu’il a lui-même initié, se croyant trop puissant. Il n’est pas le seul dans ce cas, mais Poutine, lui, n’est pas soumis à des élections réellement démocratiques… Le président chinois, Xi Jinping, étudie avec grand soin ces situations pour ne pas répéter les mêmes erreurs tout en jouant un rôle démarqué entre les deux grandes puissances. La suite du XXIe siècle sera vraisemblablement favorable à l’Empire du Milieu, ses concurrents s’étant affaiblis eux-mêmes.
