Ces derniers mois, la Russie et l’Ukraine ont intensifié la guerre des frappes stratégiques dans la profondeur à coups de drones et de missiles. Les belligérants sont entrés dans une nouvelle phase opérationnelle qui ne se limite plus à quelques dizaines de kilomètres de part et d’autre de la ligne de front.

En mars, les forces russes ont lancé plus de 3 000 frappes aériennes et de drones en Ukraine, par rapport à 2 712 en février. Les frappes ukrainiennes sur le territoire russe ont quant à elles dépassé les 1 400, réparties dans une vingtaine de régions, certaines situées à des milliers de kilomètres. Moscou a lancé plus de 6 500 drones de longue portée et 141 missiles durant le mois d’avril, soit une augmentation de 2 % par rapport au mois de mars, avec notamment un grand nombre de frappes en journée. Selon Kiev, 88 % des drones et missiles ont été interceptés. Dans les deux camps, cette hausse soutenue de l’intensité des frappes est continue et non ponctuelle (1).

La stratégie aérienne russe comporte plusieurs volets : des attaques nocturnes en masse de drones pour saturer les défenses aériennes et trouver des failles, associées dans le même temps à des attaques de missiles ayant pour objectif des infrastructures logistiques et énergétiques. En 54 mois de guerre, la Russie a tiré (hors drones) environ 5 800 missiles guidés sur l’Ukraine. Ces missiles, modernisés depuis 2022, intègrent des contre-mesures électroniques, des leurres thermiques et des profils de vol reprogrammés, ce qui a fait baisser les taux d’interception de la défense ukrainienne.

Pour sa part, l’Ukraine a choisi de mettre de côté les attaques contre des cibles militaires situées dans les régions frontalières au profit de frappes visant directement les sources de revenus d’exportation de la Russie. Ainsi, fin mars, après une campagne de destruction systématique des systèmes de défense aérienne russes, les drones et missiles ukrainiens ont touché des infrastructures pétrolières. Ce fut le cas des principaux terminaux pétroliers de Primorsk et d’Oust-Louga, ainsi que d’une raffinerie à Kirishi (située à environ 800 km de la frontière ukrainienne) dans la région de Leningrad.

Ces coups ont temporairement perturbé environ 40 % de la capacité d’exportation de pétrole brut de la Russie. Kiev cherche à réduire drastiquement les recettes de la Russie destinées au financement de la guerre. Cela est d’autant plus nécessaire que la guerre contre l’Iran et les dérogations temporaires accordées par les États-Unis sur les exportations de pétrole russe ont augmenté les revenus de Moscou.

Au moins 12 infrastructures pétrolières ont été touchées en avril et, sur environ 2 500 réservoirs pétroliers dans la partie européenne de la Russie, près de 300 ont déjà été détruits ou endommagés. Ainsi, en mai, la production des raffineries russes est au plus bas depuis dix-sept ans à cause des attaques ukrainiennes. Le but majeur et actuel de Kiev est de perturber les chaînes d’approvisionnement de ce secteur-clé de l’économie russe, vrai nerf du budget de guerre du Kremlin. D’autant que la guerre de frappes à longue portée devient un axe opérationnel décisif à part entière.

(1) Pour maintenir son niveau actuel d'interception des attaques russes, l'Ukraine a besoin d'environ 4 800 missiles sol-air par an, selon les experts. Ce chiffre dépasse largement les capacités actuelles des transferts occidentaux. De plus, les États-Unis ont utilisé une quantité considérable de leurs munitions de précision lors de l'opération Epic Fury contre l'Iran en seulement quelques semaines. Actuellement, selon des experts norvégiens, la Russie dispose d'un arsenal de missiles plus fourni, plus diversifié et plus difficile à intercepter qu'au premier jour de l'invasion en 2022.

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