Globalement, la situation sur le terrain évolue peu depuis février 2023 même si le grignotage russe se poursuit lentement au prix de lourdes pertes.
Aucun des deux belligérants – tous deux épuisés par plus de quatre ans de guerre – ne pouvant emporter une victoire décisive, cette guerre vise à l’affaiblissement économique de l’adversaire tentant de le mettre à genoux.
Par contre, l’espoir d’ébranler le moral du camp adverse afin que les populations poussent leurs dirigeants à négocier est passé à la trappe depuis longtemps. Les peuples slaves ont fait la preuve de ce que l’Histoire avait démontré à leur sujet dans le passé : leur résilience exceptionnelle.
De plus, malgré les efforts de différents services secrets, les dirigeants des deux camps semblent pour l’instant inamovibles car aucune révolution de palais ne paraît être d’actualité.
Des bombardements éprouvants
La Russie a procédé ces derniers jours à l’une des plus importantes attaques mixant des missiles et des drones – majoritairement de type Geran-2 – jamais menées.
L’attaque s’est déroulée en deux vagues.
La première a eu lieu dans la nuit du 23 au 24 mars impliquant 392 drones simultanément avec le tir de 34 missiles. La seconde a été déclenchée dans la journée du 24 impliquant au moins 550 drones.
Des objectifs ont été atteints dans la plupart des régions d’Ukraine, notamment les oblasts de Poltava, Kiev, Mykolaïv, Vinnytsia, Lviv, Khmelnytskyi, Zaporijjia, Dnipropetrovsk, Donetsk, Soumy, Ternopil, Tchernihiv, Jytomyr, Ivano-Frankivsk, Kharkiv, d’Odessa et Tcherkassy.
L’armée de l’air ukrainienne a affirmé avoir abattu 906 des 948 drones et 25 des 34 missiles lancés, chiffre invérifiable.
Selon les autorités locales, ces frappes auraient fait sept morts et des dizaines de blessés.
Plusieurs frappes ont touché le centre historique de Lviv, classé au patrimoine mondial par l’Unesco. Selon le chef de l’administration militaire régionale de Lviv, un complexe du XVIIe siècle situé en plein centre-ville a été endommagé.
Le ministre des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, a écrit sur X « Tout au long de la journée, la Russie terrorise de nombreuses villes à travers l’Ukraine avec des essaims de drones ‘Shahed'[…] La Russie fait exactement ce que le régime iranien est en train de faire au Moyen-Orient mais au cœur de l’Europe ».
Les autorités ukrainiennes du district d’Izmail ont rapporté que les forces russes avaient attaqué dans la nuit du 25 au 26 mars, des installations énergétiques dans la région d’Odessa.
Les efforts de négociations sous médiation américaine entre Kiev et Moscou ont été suspendus depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Une nouvelle rencontre entre les négociateurs de Kiev et les émissaires américains a bien eu lieu le week-end dernier aux États-Unis mais le président Zelinsky a regretté après la fin de cette réunion que «la situation autour de l’Iran» soit «le principal point d’attention de la partie américaine ».
Durant la nuit du 23 au 24 mars, l’Ukraine n’est pas resté inactive. Elle a tiré près de 400 drones sur des cibles russes selon le ministère russe de la Défense, notamment le port pétrolier d’Oust-Louga, sur la mer Baltique. Le terminal pétrolier voisin de Primorsk, touché tôt le 23 mars matin brûlait encore trois jours après.
Les Ukrainiens affirment également avoir endommagé un patrouilleur de classe arctique (projet 23550) en construction au chantier naval de Vyborg dans l’oblast de Léningrad.
Dans les faits, Kiev tente de perturber les relations économiques entre Téhéran et Moscou afin d’empêcher la livraison d’armes à la Russie. Les Ukrainiens ont été aidés en cela par les Israéliens – qui eux souhaitent empêcher l’Iran de recevoir des approvisionnements de Russie -. L’armée de l’air israélienne a ainsi bombardé le port iranien de Bandar Anzali sur la mer Caspienne(1) où des navires russes pouvaient décharger leurs marchandises.
Résultats économiques
Selon Reuters, au moins 40% des capacités d’exportation d’hydrocarbures de Russie sont à l’arrêt suite à des bombardements ukrainiens, à l’attaque contestée un important gazoduc et à la saisie de pétroliers. Cette problématique est la plus grave pour les exportations de pétrole de l’histoire moderne de la Russie (qui est le deuxième exportateur mondial.)
Elle frappe la Russie au moment même où les prix du pétrole dépassent les 100 dollars le baril suite à la guerre contre l’Iran. C’est un manque à gagner très important pour Moscou.
Par contre, la Russie connaît une croissance de ses exportations d’engrais vers les pays africains et asiatiques, ces derniers ayant besoin d’urée avant la mousson. Moscou renforce globalement sa position sur les marchés alimentaires mondiaux.
(1) Voir : « Frappes israéliennes sur la Caspienne » du 20 mars 2026.
