La reprise du conflit au Liban qui a débuté il y a une dizaine de jours a été marquée par une intensification progressive des attaques israéliennes et du Hezbollah entre le 8 et le 11 mars, les deux camps affichant leur total désintérêt pour une désescalade ou un cessez-le-feu.

Le Hezbollah a réaffirmé sa détermination à poursuivre les combats, notamment en prêtant allégeance au nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei(1), tandis qu’Israël a intensifié ses opérations aériennes et terrestres dans le cadre d’une guerre qu’il anticipe longue.

Plusieurs responsables libanais ont également accusé le Hezbollah d’avoir mené l’attaque du 2 mars avec un drone Shahed contre la base aérienne britannique d’Akrotiri à Chypre.

Le gouvernement libanais ne parvient pas à traduire ses déclarations concernant le désarmement du Hezbollah demandé le 2 mars par des mesures fermes.

Pire encore, les Forces armées libanaises (FAL) refusent d’obéir aux ordres de Beyrouth sur instruction de leur chef, le général Rodolphe Haykal.

Lors d’une rencontre en février avec le sénateur américain Lindsey Graham, ce dernier avait refusé de qualifier le Hezbollah d’« organisation terroriste. »

L’interdiction des activités militaires du Hezbollah décrétée par Beyrouth ne l’a guère influencé qui a invoqué « l’agression israélienne contre le Liban et sa population. » Il a précisé : « le commandement [des FAL] prend [ses] décisions en fonction de la complexité de la situation actuelle, en privilégiant la préservation du Liban et de son unité, ainsi que celle de l’institution militaire […] qui met tout en œuvre pour maintenir la stabilité et l’unité nationales. L’armée se tient à égale distance de tous les Libanais et traite avec eux en tant que point de convergence du consensus national ».

De son côté, le 9 mars, le président libanais, Joseph Aoun, a publié deux communiqués critiquant le Hezbollah pour avoir violé son engagement de neutralité et « cherché à provoquer l’effondrement du Liban par la guerre et le chaos », tout en appelant les Forces armées libanaises à saisir leurs armes.

Il a également plaidé pour des négociations israélo-libanaises directes, sous l’égide de la communauté internationale, avec pour seul objectif l’obtention d’un cessez-le-feu durable et d’accords de sécurité.

Soulignant la paralysie croissante du Liban, le Parlement a reporté de deux ans les élections législatives prévues en mai.

Les opérations militaires

Selon le Long War Journal, le 11 mars, le Hezbollah a revendiqué treize attaques visant les positions de Tsahal dans le nord d’Israël et le sud du Liban en 24 heures.

Les médias israéliens ont rapporté que le Hezbollah aurait tiré plus de 850 roquettes sur Israël depuis le 2 mars.

Une source proche du Hezbollah a affirmé le 10 mars que les unités de Tsahal continuaient à avancer dans le quartier de Kanouq à Aitaroun, district de Bint Jbeil sous la couverture de l’artillerie.

Tsahal a déclaré avoir frappé un quartier général du Hezbollah et des sites de stockage d’armes à Dahiyeh, dans le sud de Beyrouth, le 11 mars.

Les FDI ont également publié des ordres d’évacuation aux habitants des quartiers de Haret Hreik et Burj al Barajneh de Dahiyeh dans le sud de Beyrouth, le 11 mars, 30 minutes avant son attaque citée plus avant.

L’armée israélienne a détruit environ trente immeubles de Dahiyeh depuis le 2 mars.

Les Nations Unies ont estimé le 9 mars que les combats au Liban avaient déplacé plus de 700.000 personnes à l’intérieur du pays (sur environ sept millions d’habitants).

Les derniers bilans font état de 634 citoyens libanais tués et 1.586 blessés depuis la reprise des combats entre Israël et le Hezbollah.

Dans ses dernières déclarations, Tsahal estime avoir neutralisé entre 190 et 200 militants du Hezbollah et d’autres groupes au Liban.

Position du Hezbollah

Le Hezbollah qui s’est préparé pendant des mois à ce conflit, reste inflexible. Le 9 mars, Mohammad Raad, le leader du bloc parlementaire « Loyauté à la Résistance » a défendu la décision du Hezbollah de poursuivre le combat et a critiqué la décision du gouvernement libanais d’appeler au désarmement du groupe.

Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, tout en félicitant Mojtaba Khamenei pour son élection comme guide suprême de la Révolution islamique d’Iran a réaffirmé son engagement auprès de Téhéran.

Israël s'attend à un conflit prolongé au Liban

Israël a confirmé que des armes tirées par le Hezbollah ont atteint le centre du pays.

Le 9 mars, deux missiles du Hezbollah tirés sur Gush Dan ont légèrement blessé seize personnes. Pour le moment, aucun Israélien n’a été tué par les attaques du Hezbollah.

Un haut responsable de la défense israélien anonyme, a déclaré que le Hezbollah et l’Iran avaient mené leur « première attaque coordonnée » depuis le début du conflit, le soir du 11 mars.

Ces développements ne font que conforter l’analyse israélienne selon laquelle le conflit avec le Hezbollah durera probablement plus longtemps que la guerre contre l’Iran.

S’adressant au gouvernement libanais, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré le 11 mars : « Nous sommes encore loin de la fin. » Israël a également intensifié sa campagne au Liban tout en étendant son emprise géographique.

Le quartier général du Hezbollah, situé dans la banlieue sud de Beyrouth, reste dans le collimateur israélien. Le 8 mars, des avions israéliens ont ciblé une chambre de l’hôtel Ramada Plaza à Rawsheh, dans l’ouest de Beyrouth, quartier majoritairement sunnite. L’armée israélienne a affirmé que ses cibles étaient des « commandants clés du Corps libanais de la Force Qods des Gardiens de la révolution iraniens à Beyrouth » opérant au Liban.

Le 11 mars, Israël a mené une autre frappe ciblée à Beyrouth-Ouest, cette fois dans le quartier sunnite majoritairement ouvrier d’Aysha Bakkar.

Selon des informations contradictoires, la cible était Ahmad Abdallah, membre du Hamas ou un bureau du Groupe islamique, branche libanaise des Frères musulmans.

Le Hamas et les Frères musulmans sont connus pour coopérer et même avoir des agents en commun, ce qui pourrait expliquer les informations contradictoires.

Le désintérêt américain pour les déclarations libanaises persiste

Les États-Unis resteraient insensibles aux demandes des autorités libanaises d’intervenir auprès d’Israël en faveur du Liban.

Selon certaines sources, l’ambassadeur américain Tom Barrack, qui gérait auparavant le dossier libanais, a catégoriquement rejeté les appels du gouvernement libanais à une médiation avec Israël.

Encore plus que l’Iran, le Hezbollah et les mouvements palestiniens comme le Hamas, sont considérés comme les ennemis les plus dangereux pour l’État hébreu car il sont géographiquement proches – voire déjà à l’intérieur d’Israël -. L’anéantissement de leur capacité militaro-politique est donc la priorité numéro un des l’État hébreu.

Il est aisé d’en déduire que les affrontements se poursuivront dans l’avenir entrecoupés de quelques périodes de calme (apparent).

(1) Qui n’est toujours pas apparu en public depuis sa nomination le 8 mars 2026. Des rumeurs sur son état de santé circulent…