Le 28 septembre, une bataille rangée entre membres de gangs incarcérés a fait 118 morts et 86 blessés dans la prison de la plus grande ville d'Équateur, Guayaquil. Certaines victimes ont été décapitées et démembrées.

Ce massacre a opposé le groupe « Los Choneros » (12.000 membres) qui entretient des relations avec le cartel de Sinaloa (Mexique) et celui de « Los Lobos » (8.000 membres) affilé au Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (- CJNG – Mexique). Pour se battre, les prisonniers ont utilisé des armes à feu, des machettes et des couteaux. Des cadavres ont été retrouvés jusque dans les égouts de la prison.

Le Président Guillermo Lasso en place depuis le 21 mars 2021 a décrété l’état d’urgence dans tout le système carcéral du pays ce qui permet aux forces de police et militaires d’intervenir directement pour tenter de ramener un semblant d’ordre dans les 65 établissements pénitentiaires du pays qui comptent quelque 39.000 détenus pour environ 30.000 places et 1.500 gardiens (un gardien pour 26 détenus)(1). Il convient de souligner que les forces de sécurité équatoriennes sont composées de 34.000 militaires et de 57.000 policiers.

Les autorités estiment que ces violences survenues dans ce pénitencier proviennent d’un conflit d’autorité entre les différents gangs pour prendre le contrôle total de la prison.
Elles reconnaissent qu’elles ne parviennent plus à diriger totalement les établissements carcéraux, ce qui laisse le champ libre aux différentes factions criminelles pour asseoir leur autorité qui généralement conquièrent puis défendent leurs « territoires », souvent une partie entière des infrastructures. Leur crainte est que les actes de violence généralisée ne gagnent les autres établissements comme cela a été le cas récemment.

Ainsi, des émeutes du même genre avaient eu lieu en février dans quatre établissements de trois villes différentes. Elles avaient causé la mort de 79 prévenus. Déjà, « Los Lobos » avaient affronté « Los Choneros ». Elles avaient repris le 22 juillet faisant plus de 100 victimes. En septembre, une prison avait même été attaquée par des drones venus de l’extérieur mais aucune victime n’avait été à déplorer.

Le phénomène de la mainmise par les gangs sur les établissements pénitentiaires en Amérique latine n’est pas nouveau. Les plus puissants en ont fait leur territoire (ils même sont parfois nés à l’intérieur) et assurent leur propre protection avec des gardes armés. À la limite, un membre d’une organisation criminelle y est installé confortablement (2) et plus en sécurité qu’à l’extérieur où il peut se faire tuer à tous les coins de rues. L’administration ne peut pas faire grand-chose puisque ses personnels pénitentiaires sont, soit menacés dans leur vie (eux-mêmes et leurs familles) soit corrompus. Selon la célèbre expression, pour eux le choix se fait entre « plata o plomo » (de l’argent ou du plomb).

Enfin, cela démontre que le crime organisé d’origine latino-américaine ne connaît pas de frontières. Les gangs en Équateur sont rattachés à des cartels mexicains mais aussi colombiens et péruviens.

1. À titre de comparaison, en France, on dénombrait au 1er juin 2021 66.591 détenus pour 60.794 places.
2. Les contacts avec l’extérieur sont permanents. Il n’y a donc pas de difficulté à se fournir en biens de consommation habituels pour les criminels (drogue et femmes)…

 

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Texte

Alain Rodier

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