Le 11 septembre, vers 19 h 30, un train express régional Normandie, qui relie Rouen à Caen, a déraillé à hauteur de la commune de Cléon (Seine-Maritime). L'accident a fait 44 blessés parmi les 186 passagers. Le train a glissé sur près de 400 mètres de voies, entraînant le coucher d'un wagon et la sortie des rails de quatre autres.

Des investigations ont été lancées par la police judiciaire de Rouen et le Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT).

Le lendemain, le ministère public a précisé : « À ce stade, l’hypothèse principale est celle de la présence [sur un des rails de la voie] d’un morceau de rail, qui pourrait être à l’origine de ce déraillement. » Les causes de cette présence sont inconnues, et devront être identifiées par l’enquête. »

Bien que la découverte d’un rail de plus de 300 kilos sur la voie ferrée suggère fortement un acte de sabotage, le procureur de la République de Rouen, Sébastien Gallois, a clairement indiqué qu’aucun indice ne permet d’évoquer un attentat ou de désigner un groupe spécifique. Le parquet a d’ailleurs ouvert l’enquête sous la qualification de « blessures involontaires graves » et non pour terrorisme.

Deux détails importants : il n’y avait pas de travaux sur cette partie de voie ferrée et le conducteur d’un train passant une heure plus tôt n’avait rien remarqué d’anormal (il était 18 h 30, donc encore en plein jour).

Enfin, le rail ne peut être manipulé par un seul homme ou alors il faut un engin de chantier qui devrait avoir laissé des traces.

Il convient de laisser le temps aux enquêteurs d’entendre les témoins, de faire une enquête de voisinage, de ramasser les indices sur le terrain et de livrer leurs conclusions. Néanmoins, cet accident rappelle de mauvais souvenirs.

LES PRÉCÉDENTS

D’abord, il y a les nombreux incidents dus à la voyoucratie sur le réseau ferré : installations incendiées, jet de projectiles divers sur les voies, etc. C’est le reflet d’une époque où certains individus ne respectent plus leurs concitoyens et commettent ces actes répréhensibles pour se distraire… Il y a aussi les voleurs de câbles qui s’attaquent régulièrement au réseau ferré, qui ne peut pas être surveillé dans son ensemble, il y a trop de kilomètres de voies.

Enfin, il y a eu des actions attribuées au terrorisme en Europe, mais, dans la plupart des cas, elles n’ont pas désigné les vrais responsables.

Ainsi, en novembre 2008, des actes de sabotage coordonnés sur des lignes de train à grande vitesse (TGV) avaient conduit à l’arrestation de membres du groupe dit « de Tarnac », assimilé à une ultragauche autonome.

Cette affaire avait débuté le 11 novembre 2008 par l’arrestation de Julien Coupat et de neuf autres personnes soupçonnées d’avoir saboté des lignes de TGV en installant des crochets en ferraille sur les caténaires dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 dans l’Oise, l’Yonne et la Seine-et-Marne.

Ce sabotage a affecté les lignes à grande vitesse (LGV) Nord, Est et Sud-Est, après que ces crochets eurent été percutés.

Le procès qui s’est ensuivi s’est révélé être un fiasco judiciaire, tout le monde ayant été blanchi.

ALLEMAGNE

Le 20 mars 2020, le conducteur d’un train Intercity-Express de la Deutsche Bahn a signalé une anomalie lorsque son train à grande vitesse a traversé le pont à poutres de 484 mètres de long qui enjambe la vallée de Theißtal, près de Niedernhausen, entre Cologne et Francfort.

La DB a constaté que les boulons permettant de réunir les rails avaient été desserrés sur 80 mètres, ce qui pouvait provoquer le déraillement d’un train, puis sa chute du pont.

Les enquêteurs de la police criminelle de Hesse ont indiqué que « ce n’était pas une farce stupide ». En outre, la longueur de la ligne touchée par ce sabotage suggère que plusieurs individus ont participé au desserrage des boulons.

Le rail allemand avait déjà été la cible de tentatives d’attaque en octobre 2018 : des câbles en acier tendus sur une voie ferrée avaient failli faire dérailler un train entre Nuremberg et Munich. Même chose, quelques semaines plus tard, à Berlin.

Les coupables n’ont jamais été identifiés.

MENACES D'AL-QAÏDA

En 2017, dans sa revue en ligne Inspire, al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) appelait à s’en prendre au transport ferroviaire en Europe et aux États-Unis. L’organisation détaillait trois modes opératoires possibles : l’attaque à l’intérieur d’un train (comme celle, avortée, dans le Thalys en 2015), l’assaut d’une gare (comme à Madrid en 2004) et le sabotage des rails.

Le groupe terroriste avait donné des instructions pour construire un dispositif similaire au sabot utilisé par le personnel technique chargé de l’entretien des voies de chemin de fer.

La publication comprenait un manuel d’instructions détaillées intitulé « Les opérations de déraillement » exhortant les activistes à exploiter les vulnérabilités du système ferroviaire, en particulier les longues voies non gardées qui sillonnent la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Toutefois, il est probable que, si cette organisation salafiste-jihadiste est derrière ce dernier acte de sabotage en France, il y aurait eu une revendication, ce qui est généralement habituel. Le terrorisme n’a un impact que s’il terrorise et, pour ce faire, il faut lui donner un maximum de publicité.

Cela dit, il a été constaté que les derniers suspects, arrêtés en Europe et en France dans les milieux activistes du jihad, voulaient agir à leur propre initiative sans aucun lien avec des activistes étrangers. Par contre, ils avaient accès à la littérature jihadiste via les réseaux sociaux, ce qui pouvait les « inspirer ». Enfin, que ce déraillement soit survenu 25 ans après les attentats du World Trade Center et du Pentagone est un curieux hasard. Et dans le monde du renseignement, on ne croit pas trop au « hasard ».

L’hypothèse d’un acte de terrorisme d’État n’est pas à exclure. Certains observateurs vont y deviner la main de Moscou ou de Téhéran.

En juillet 2026, le think tank australien indépendant Institute for Economics and Peace (IEP) a classé la France sur le plan de la sécurité intérieure à la dernière place des 33 pays européens et à la 99e place sur 123 pays à l’échelle mondiale. Ce dernier incident ne va pas augmenter la performance. Mais, selon de nombreux responsables politiques et médiatiques français, ce n’est qu’une question d’« ambiance »…

Les évaluations du think tank prennent en compte le taux d’incarcération, le nombre de policiers, le nombre d’homicides, la disponibilité d’armes légères et le nombre de crimes violents.