Encore un « classique de chez classique » de l’espionnage à l’ancienne.

Le 30 mars soir, le capitaine de frégate italien Walter Biot a été arrêté sur un parking de Rome en compagnie d’un officier de la mission militaire auprès de l’Ambassade de Russie par les carabiniers du ROS (Groupe d’opérations spéciales) alors qu’il lui remettait une clef USB contenant des documents confidentiels contre rémunération lors d’un contact dit clandestin.

Biot âgé de 56 ans faisait partie de l’état-major de la Défense où il avait accès aux documents classifiés y compris à certains venant de l’Otan Le flagrant délit est établi, les carabiniers étant intervenus au moment où la source (l’officier de marine italien) échangeait la clef USB contenant des documents classifiés concernant des systèmes de télécommunications militaires. En retour, il aurait touché la somme de 5.000 euros en liquide de la part de son Officier Traitant (OT) officier en poste auprès de la mission militaire russe de la représentation diplomatique moscovite à Rome.

Sergey Razov, l’ambassadeur de Russie était convoqué dès le lendemain matin par le Ministre des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, pour s’expliquer sur cette affaire embarrassante. Dans ce type de cas, il est rare que l’ambassadeur soit informé de ce que font les personnels des services de renseignement qu’il héberge au sein de son ambassade mais il en assume la responsabilité en tant que « chef de la mission diplomatique ».

L’enquête a été conduite par l’Agence d’information et de sécurité intérieure (AISI) chargée du contre-espionnage en liaison avec le ROS et sous la supervision du ministère de la défense.

Si l’officier italien a été appréhendé, son contact du bureau de l’Attaché de défense russe(1) qui est couvert par l’immunité diplomatique n’a été retenu que pour interrogatoire (auquel il n’a d’ailleurs certainement rien répondu). Il a été déclaré « persona non grata » ainsi qu’un autre membre de l’ambassade, tous deux priés de quitter l’Italie dans les plus brefs délais. En retour, leurs homologues de l’ambassade d’Italie à Moscou qui n’y sont absolument pour rien, doivent préparer leurs bagages à moins que le Kremlin ne joue l’apaisement par exemple en n’expulsant qu’un seul diplomate.

Bien sûr, l’ambassade russe y est allé du couplet habituel mainte fois répété : «Pour le moment il n’est pas opportun de commenter ce qui s’est produit. Dans tous les cas nous espérons que ce qui s’est produit n’aura pas de conséquence sur les relations bilatérales entre la Russie et l’Italie».

Il est tout de même étrange qu’un officier du GRU en poste officiel à Rome ait cru bon de traiter une source sensible locale. En Italie, l’AISI est chargée de surveiller les diplomates étrangers les plus à risque dont font partie ceux des missions militaires diplomatiques et bien sûr leurs contacts. La découverte des rencontres clandestines n’est que l’aboutissement de cette surveillance de routine. Il y a donc eu faute professionnelle grave du côté des services russes.

Quant aux motivations du capitaine de frégate italien peut-être en voulait-il au « système » qui n’avait pas « reconnu sa valeur » (être à ce grade à 56 ans n’est pas très fameux), la somme versée de 5.000 euros semble dérisoire pour risquer ainsi des années d’emprisonnement. Il y avait sans doute dans ses motivations ce que l’on trouvait souvent durant la Guerre froide : de l’idéologie, mais cette fois pas le communisme mais une certaine sympathie pour le régime russe que l’on retrouve assez souvent dans le monde militaire.

Cette affaire – qui serait la plus grave découverte en Italie depuis la fin de la Guerre froide(2) – survient alors que les relations entre la Russie et l’Europe sont pour le moins « compliquées » particulièrement en raison de plusieurs autres cas d’espionnage sans même parler de l’affaire Navalny.

Par exemple, des personnalités politiques allemandes ont fait l’objet d’une attaque informatique récente dont la piste semble remonter à Moscou. De même, la Bulgarie a annoncé à la mi-mars l’expulsion de deux diplomates russes après la mise à jour d’un réseau d’espionnage de six personnes. En outre, un lieutenant-colonel français affecté à l’Allied Joint Force Command de Naples en Italie a été écroué en août à Paris car soupçonné d’avoir fourni des documents sensibles à un officier du GRU.

1. Tous les membres des missions militaires russes en poste diplomatique à l’étranger, conjoints y compris, dépendent, d’une manière ou d’une autre des services de renseignement militaires, le GRU, la direction générale des renseignements de l’État-major des Forces Armées de la Fédération de Russie.
2. Il est possible que ce ne soit que l’« arbre qui cache la forêt », les services russes, SVR, FSB et GRU se servant de l’Europe comme « cour de récréation » (selon un ancien colonel du KGB à la retraite) avant de s’attaquer à du plus « dur »…

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Alain Rodier

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