Lors de la splendeur de l’URSS, le Pacte de Varsovie bénéficiait de facilités navales en Somalie (et dans bien d’autres pays de Cuba au Vietnam). Moscou renoue avec cette tradition ayant obtenu l’autorisation d’établir un centre logistique et de réparation navale à Port-Soudan. L’accord a été signé le 6 novembre par le président du gouvernement de la Fédération de Russie (depuis le 16 janvier 2020), Mikhaïl Vladimirovitch Michoustine, mais il n’a été rendu public que la semaine dernière. Les discutions allaient bon train depuis la signature d’un premier accord de coopération militaire de sept ans avait été conclu entre les deux capitales en 2019.
Un accord bilatéral de coopération militaire entre les deux pays est entré en vigueur en 2019 pour une durée de sept ans.
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Selon le dernier, la base logistique pourra accueillir en permanence jusqu’à 300 personnels permanents civils et militaires. Quatre navires de premier rang dont des vaisseaux à propulsion nucléaire pourront y faire escale simultanément. La Russie sera autorisée à faire transférer par voie maritime et aérienne « toutes sortes de matériels militaires ou de munitions » nécessaires au bon fonctionnement de ce centre. Il sera placé sous juridiction russe et l’accord s’étendra sur les 25 ans à venir avec une possibilité de le renouveler pour une période de 10 ans. Les Soudanais fourniront les infrastructures portuaires nécessaires et une zone franche exempte de charges.

Moscou avait tenté il a quelques années d’établir une base permanente à Djibouti qui accueille déjà les Français, les Américains et les Chinois (et une petite représentation italienne et japonaise), mais les négociations n’avaient pas abouti. Une approche avait alors été tentée vers la Somalie, mais la situation sécuritaire instable avait fait reculer Moscou.

Cet accord illustre la volonté du président Vladimir Poutine de prolonger sa politique d’influence navale russe qui s’étend toujours plus vers le Sud. Il bénéficie déjà en Méditerranée de la base navale de Tartous en Syrie (qui a été considérablement été modernisée) et prospecte en Égypte, en Libye (le port de Tobrouk en eaux profondes serait très intéressant par la Marine russe) et au Maroc (pour obtenir une ouverture sur l’Atlantique Nord et Sud). Des négociations auraient lieu avec le Venezuela… Le Soudan va permettre à la Marine russe de mener des missions de longue durée dans l’Océan Indien, les relèves d’équipages pouvant se faire par voie aérienne.

Il convient aussi d’intégrer aussi ce dernier développement à la volonté de Moscou d’accroître ses liens avec le continent africain dont les richesses lui seraient très utiles. Indubitablement, Moscou est de retour sur la scène internationale (1) alors que Washington est en attente de la politique de la nouvelle administration Biden qui sera de toute façon très longue à mettre en marche.

 

1 – Le Kremlin utilise le vide de pouvoir actuellement en place à Washington pour avancer ses pions. Dans les zones de conflit, il utilise ses « soldats de la paix » (Haut-Karabakh; Syrie) et ses mercenaires (Libye) pour prendre racine.

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Alain Rodier

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