Daech est toujours très présent sur les réseaux sociaux influençant un certain nombre d’adeptes qui, complètement immergés dans cette idéologie salafiste-jihadiste mortifère, décident de passer à l’acte au moment qui leur semble approprié comme cela a été le cas pour le Tchétchène Abdoullakh Anzorov qui a assassiné le professeur d’histoire-géographie Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre. Ses publications sont nombreuses comme les vidéos diffusées en octobre par la wilayat Khorasan d’Afghanistan sur les tactiques à adopter sur le champ de bataille (c/f photo en en-tête de ce billet). Mais des messages plus généraux sont aussi diffusés comme celui du 18 octobre.

Ce jour là, Abou Hamza al-Qourachi (« celui qui réunit », tribu où naquît Mahomet), le porte parole de Daech qui a remplacé Abou al-Hasan al-Muhajir tué lors d’une opération américano-kurde menée le 27 octobre 2019 en Syrie, a lancé un appel via l’ »agence de presse » Al Furqan.

Il s’en est pris aux « cheikhs religieux » et aux « sultans » des monarchies du Golfe, de Jordanie, d’Égypte, etc. Il a dénoncé la normalisation de la situation entre Israël, les Émirats arabes unis (EAU), le Bahreïn et l’ouverture de l’espace aérien d’Arabie saoudite aux avions de l’État hébreu.

Il a appelé à la révolte et au jihad contre ces régimes mais aussi à conduire des attaques contre les ressortissants et les compagnies occidentales présents dans les pays du Golfe. Dans la même ligne, il demande que l’économie d’Arabie saoudite soit frappée à travers les pipelines et ses complexes pétroliers. Il est intéressant de noter que l’un des objectifs des salafistes-jihadistes, qu’ils dépendent de Daech ou d’Al-Qaida, est de mettre à mal l’économie de leurs ennemis afin de les vaincre plus facilement. C’est pour cette raison que la catastrophe économique qui accompagne la Covid-19 démontre – selon eux – que la pandémie est « un signe de Dieu ».
Hamza al-Qourachi appelle également les musulmans du Mali, du Nigeria, du Burkina Faso, du Kenya, du Congo et du Tchad. à la révolte.

Il félicite la wilayat Khorasan (citée plus avant) pour l’attaque de la prison de Jalalabad (2-3 août 2020, environ 700 prisonniers sont toujours en fuite) qu’il met en parallèle avec les opérations du même type ayant eu lieu le 21 juillet 2013 en Irak entraînant la libération de quelques 500 jihadistes des prisons d’Abou Ghraib et de Taji. À noter qu’il s’approprie ces actions qui entraient dans le cadre de l’ »opération brisons les murs » lancée à l’époque par la branche d’Al-Qaida en Irak. Certes, la majorité des activistes de cette branche a par la suite rejoint Daech qui a repris à son compte l’objectif de libérer les militants islamistes incarcérés de par le monde. Le message est que les jihadistes n’abandonnent jamais leurs frères et leurs sœurs quand ils sont en difficulté.
Il mentionne les wilayats du Sinaï et celle du Yémen en leur demandant de la patience. Il est vrai que ces dernières rencontrent actuellement des phases opérationnelles délicates.

Il félicite celle d’Irak pour sa solide résistance et celle de Syrie pour les assassinats de chefs de clans sunnites et d’un général russe tué par un enfin explosif improvisé le 22 août 2020 (le major-général Vyachelav Gladkih). Bien que Daech ne contrôle plus son noyau territorial syro-irakien depuis mars 2019, ses jihadistes se sont réorganisés dans ces deux pays en mode guérilla harcelant les forces de sécurité et surtout en maintenant une grande emprise sur les populations civiles.

Aux activistes des provinces d’Afrique de l’Ouest et centrale, il affirme « vous avez fait enrager la France croisée et ses alliés ». Il souligne aussi les succès remportés au Mozambique et appelle à poursuivre la campagne d’assassinats en Somalie.

Plus globalement, il appelle tous les moudjahidines à libérer les prisonniers en prenant exemple sur l’Afghanistan (la fameuse « opération brisons les murs »).

Ce qui n’avait pas eu lieu depuis longtemps, il accepte des allégeances au nom du nouveau calife, Abou Ibrahim al-Hashemi al-Qourachi mais ne donne pas de précisions permettant de les identifier, vraisemblablement pour des raisons de sécurité. D’ailleurs, il demande à ces nouvelles unités de rester discrètes dans leurs actions. Les salafistes-jihadistes ne sont pas dans l’urgence car pour eux, le jihad doit durer des générations…

Il encourage les prisonniers et les prisonnières en le demandant de rester patients en affirmant « on mettra les moyens […] on est prêt à mourir sur les remparts des prisons ».
Il promet le retrait et la défaite aux Occidentaux en Afghanistan, en Irak et en Syrie.

Peut-être un hasard, mais le 20 octobre 2020, plus de 1300 détenus se sont échappés de la prison centrale de Kangbayi, à Béni dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) lors d’une attaque coordonnée revendiquée par Daech. Cet établissement pénitentiaire accueillait quelques 1500 prisonniers.
Selon le directeur de la prison, cité par Jeune Afrique (source : Kivu Security Tracer), les détenus étaient principalement des combattants des Forces démocratiques alliées (ADF), des membres de milices Maï-Maï et des soldats des Forces armées congolaises (FARDC).

Quelques heures après l’attaque, Daech revendiquait l’attaque. Cette organisation salafiste-jihadiste avait déjà revendiqué plusieurs opérations depuis avril 2019 pourtant attribuées aux ADF (ou ADF-Nalu), des rebelles musulmans ougandais actifs dans l’Est de la RDC depuis 1995. Ils sont notamment accusés d’avoir tué plus d’un millier de civils dans la région de Beni depuis octobre 2014. Officiellement, leur leader, Musa Seka Baluku, a prêté allégeance à Daech en octobre 2017. Le mouvement aurait alors pris l’appellation d’ADF-Madinat Tawhid wa-Muwahidin (ADF-MTM).

Le 11 juin 2017, cette même prison avait déjà été attaquée par des hommes armés identifiés comme membres des ADF par les autorités. Ce jour-là, 930 détenus s’étaient évadés, et l’attaque avait fait onze morts.
Il semble que maintenant, les ADF sont totalement intégrés à la wilayat de l’Afrique centrale de Daech même si certains (surtout du côté gouvernemental de RDC) tentent de maintenir la confusion pour ne pas faire état de leur propre incurie.

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Texte

Alain Rodier

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