Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, à son habitude, vient de sortir une nouvelle fake news qui démontre à l’évidence qu’il prend ses alliés pour des demeurés mentaux. En effet, dans le cadre de la politique américaine qui consiste à diaboliser l’Iran, sa dernière saillie porte sur la menace que ferait porter l’aviation iranienne sur l’Europe, l’Asie (et en sous-entendu, sur Israël) si l’embargo sur les armes était levé. À sa décharge, il faut reconnaître que les Iraniens en rajoutent dans la désinformation en faisant étalage des « capacités » de leur industrie aéronautique militaire. Ils ont ainsi exhibé en juin trois chasseurs « Kowsar » qui ont été livrés à l’armée de l’air par le ministre de la défense, le brigadier général de l’Artesh (l’armée régulière) Amir Hatami. Mais les spécialistes savent bien que ce chasseur « ultra-moderne » n’est qu’une vague copie du F-5 américain que Northrop à commencé à fabriquer dans les années 1950 (c/f photo) ! Téhéran se livre à de la pure propagande – souvent très mal faite – à destination intérieure pour galvaniser les foules derrière ses chefs. Mais il n’en a pas fallu plus à Mike Pompeo pour affirmer que l’aviation iranienne pourrait devenir redoutable (ce qui veut dire que ce n’est pas le cas actuellement) si elle recevait des SU-30 russes ou des Chengdu J-10 chinois. Il est vrai que le J-10 qui peut parcourir 1.300 kilomètres (1.648 kilomètres selon Pompeo, on ne sait pas d’où il tire ses chiffres) peut représenter une menace pour Israël, mais dans la mesure où le pilote effectue qu’un vol aller. Il n’a pas assez de carburant pour rentrer. Le SU-30 pourrait de la même manière atteindre l’est de l’Europe avec son rayon d’action de 1.500 kilomètres de 3.000 kilomètres toujours selon Pompeo, (en fait 1.500 kilomètres selon le Janes’s) mais également sans revenir. Le seul cas où un pilote pourrait accepter une telle mission serait s’il a l’intention de faire défection, la solution de l’avion suicide semblant bien trop chère au regard du prix des appareils. Certes, l’Iran aligne actuellement un Boeing 707 et deux 747 ravitailleurs mais, sans autorisation internationale, ils ne peuvent être mis en œuvre en sécurité qu’au dessus de l’espace aérien iranien.
Selon le Jane’s, le reste de la flotte aérienne iranienne est composé de 64 F-4 Phantom II, 60 F-5 Tiger II, 22 Su-22, 43 F-14 Tomcats, 39 Mig-29 et de 23 Mirages F1. En dehors de ces chasseurs bombardiers, Téhéran possède des appareils d’appui au sol et de transport. Tous ces appareils sont des avions anciens (les accidents sont relativement nombreux), démodés et qui ne font pas le poids par rapport aux armées de l’air occidentales. Le seul rôle qu’ils son à même de remplir est de tenter de défendre l’espace aérien iranien dans la mesure ou ils ne sont pas cloués au sol par une première frappe. En effet, le système de détection radar n’est aujourd’hui même pas centralisé.

La vraie menace iranienne est représentée par ses drones comme les séries des Ababil et des Mohajer, par les Shahed 120, Fatros, Nazir, Raad, Ayoub … et par les missiles sol-sol de toutes natures comme ceux qui ont frappé l’Arabie saoudite à plusieurs reprises en 2019 et en 2020. Ces armements sont conçus et fabriqués par des ingénieurs emmenés par le brigadier général (des pasdarans) Amir Hajizadeh. Ils sont ensuite mis en œuvre par la composante aérienne des pasdarans et, pour certains, par le Hezbollah libanais et les rebelles Houthis yéménites. Ils constituent une menace directe pour les installations américaines au Proche-Orient (la base US Al-Asad près d’Erbil en Irak du Nord a été frappée le 8 janvier 2020). L’Arabie Saoudite est prise entre deux feux, l’Iran au nord-est (et le Sud-Est de l’Irak) et le Yémen au sud-ouest. Israël est essentiellement menacé depuis le Sud-Liban et au niveau du plateau du Golan.

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Jean-Pierre HUSSON

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