Jamais, depuis quarante ans, les tensions entre les États-Unis et la Chine n’ont été aussi dangereuses. Et, selon les experts, la guerre froide du coronavirus ne fait que commencer. Pékin profite du désengagement en Europe de Washington pour s’engouffrer dans ce vide politico-stratégique et avancer ses pions. Car, pour la première fois durant une crise d’ampleur mondiale, les Américains semblent n’exercer aucun leadership. À l’issue de la Première Guerre mondiale, les États-Unis avaient éclipsé l’hégémonie de l’Europe sur le monde et ils avaient pris réellement le leadership du monde libre après la Seconde Guerre mondiale. Au coeur de cet ébranlement planétaire, la pandémie de Covid-19 n’accélérait-elle pas l’émergence de la Chine comme leader de la planète au détriment des États-Unis ? Déjà en 2008, l’Amérique avait perdu de son prestige durant la crise financière, et la Chine en avait profité pour oser la défier. Bien que le basculement du monde en faveur de l’empire du Milieu soit loin d’être notifié, la Chine monte en force tandis que les États-Unis se replient sur eux-mêmes. D’autant que cette bataille mondiale contre le Covid-19 a un front idéologique, la Chine ayant investi toutes les grandes organisations spécialisées de l’ONU, telles que l’OMS à qui Pékin a imposé durant des semaines de ne pas prononcer le terme de pandémie et qui a présenté la Chine comme « nation indispensable ». Sacré paradoxe de cette crise mondiale où la responsabilité de la Chine est écrasante et qui, par un tour de passe-passe, se pose maintenant en bonsamaritain, alors que sa générosité est très intéressée. Selon Richard McGregor de l’institut de réflexion australien Lowy Institute : « [Les Chinois] sont retombés sur leurs pieds à une vitesse spectaculaire, et désormais, ils passent à l’offensive. Afin de faire oublier les erreurs commises au début de la crise sanitaire, la Chine s’affiche désormais au chevet des pays malades. » Axes « d’attaques » de Pékin en Europe : la Pologne, car c’est un pays qui entretient des liens étroits avec les États-Unis, mais aussi la Serbie, et surtout l’Italie, en mettant en avant la « route de la soie de la santé », en référence au vaste programme chinois d’investissement à l’étranger dont plusieurs membres du gouvernement italien sont les plus ardents promoteurs européens. Si quelques voix discordantes européennes s’élèvent pour dénoncer la Chine qui profite de la crise du Covid-19 pour avancer ses pions géopolitiques sous couvert de générosité et de diplomatie sanitaire dans la crise, d’autres pays comme la Russie, l’Algérie, l’Iran, le Pakistan (ces derniers bénéficient d’une aide sanitaire de la Chine) ne seraient pas mécontents de réclamer l’émergence d’un nouvel ordre mondial post-occidental à l’issue de cette crise majeure. Semblant contre-attaquer début avril, la diplomatie américaine a accusé le gouvernement chinois de tirer parti de la crise en accentuant sa domination sur la mer de Chine méridionale, dont la quasi-totalité est revendiquée par Pékin depuis maintenant des années. D’autre part, la Chine pourrait profiter de la situation pour renforcer la pression sur Taïwan – province qualifiée de « rebelle » par Pékin – et, pourquoi pas, pour l’envahir. Washington a d’ailleurs signé, fin mars, une loi renforçant les liens diplomatiques, militaires et économiques entre les États-Unis et Taïwan. Ce qui n’a pas empêché récemment l’état-major de l’armée chinoise de souligner que l’épidémie de Covid-19 « a considérablement réduit la capacité de déploiement des navires de guerre de la marine américaine dans la région Asie-Pacifique ». Effectivement, les quatre porte-avions de l’US Navy affectés à ce théâtre sont actuellement à quai…

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