La situation à l’est de l’Euphrate est très volatile depuis que le président Trump a annoncé le 19 décembre 2018 son souhait d’évacuer militairement la Syrie. Tout d’abord cela a été considéré par Ankara comme l’autorisation de Washington de déclencher une troisième offensive en Syrie pour compléter la constitution d’une zone de sécurité le long de sa frontière. Cela a été fait en octobre 2019 et depuis, une zone tampon d’une trentaine de kilomètres de profondeur est en place entre Tal Abyad à l’ouest et Ras al-Aïn à l’est.

Poussé par le Pentagone, Trump a ensuite infléchi sa décision en maintenant des troupes dans le nord-est de la Syrie pour protéger les sites pétroliers situés au sud de Qamechli (ville qui a toujours été tenue – au moins en partie – par des forces légalistes syriennes) au nord jusqu’à la région de Deir ez-Zor le long de l’Euphrate au sud. Son objectif est surtout d’empêcher les forces gouvernementales syriennes (appuyées par Moscou) qui ont franchi l’Euphrate de récupérer ces ressources naturelles qui pourraient aider économiquement Damas à reconstruire le pays.

Sur le terrain, des unités de police militaire russe (du moins, elles en portent les couleurs mais il pourrait s’agir de membres des forces spéciales « déguisés » en policiers militaires) ont commencé à patrouiller au nord le long de la frontière turque (dans la zone tampon tenue par Ankara, elles sont mixtes turco-russes). Dans la région de Qamechli située plus à l’est, ces patrouilles se heurtent parfois à leurs homologues US en particulier dans la région de Qamechli. Si le ton monte parfois, aucun incident notable n’a été officiellement répertorié à ce jour.

C’est dans ce cadre qu’un accrochage a amené cette surprenante photo en tête de cet article (on y voit des militaires syriens, américains et russes rassemblés au même endroit.) Un convoi américain a été arrêté le 12 février à hauteur d’un poste de contrôle de l’armée régulière syrienne dans le village de Khirbet Ammo à proximité de Qamechli. De nombreux civils se sont regroupés tentant de stopper l’avancée des militaires US. Un échange de tirs nourris a alors éclaté sans que l’on sache qui avait ouvert le feu le premier. Un milicien progouvernemental aurait été tué et un civil blessé. Une patrouille de la police  militaire russe est rapidement intervenue pour rétablir le calme et le convoi américain a pu poursuivre sa route.

En résumé, dans toute la région située à l’est de l’Euphrate, il devient difficile d’évaluer qui contrôle quoi. Les Forces démocratiques syriennes (FDS) sont écartelées entre les Américains auxquelles elles ne croient plus et les Russes qui leur servent d’intermédiaire pour discuter avec Damas (ce qui intéresse les FDS, c’est d’obtenir une certaine « autonomie » de la région par rapport au pouvoir central.) Les Turcs campent sur leurs positions en rêvant d’étendre la zone tampon à l’est et à l’ouest. Ils ne veulent pas entendre parler des FDS considérées comme « terroristes.» Quant aux Américains, ils s’interrogent sur la position de leur chef militaire, le président Trump qui est surtout préoccupé de sa future réélection.

ATTENTION : CETTE CARTE EST ANCIENNE. LES « BASES ET POSITIONS DES FORCES AMERICAINES » DE L’OUEST ONT ETE EVACUEES. SEULES RESTENT CELLES DE L’EST LE LONG DE LA FRONTIERE IRAKIENNE.

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Alain RODIER

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