Sans trop revenir sur les changements apportés par les élections à mi-mandat qui viennent de se dérouler aux États-Unis, force est de constater que cette défaite dans les urnes pour le Parti républicain en général, et pour Donald Trump en particulier, va compliquer la tâche de l'exécutif américain.
Celui-ci va pouvoir rester aux manettes, mais ne pourra pas faire passer des lois n’ayant plus la majorité au Congrès. Il va donc devoir gouverner par décrets présidentiels et en s’appuyant sur le droit de veto présidentiel.
Par ailleurs, il est vraisemblable que l’exécutif va être soumis à un flot d’enquêtes sur ses actions passées – et à venir -, ce qui va être mangeur de temps pour les décideurs en poste. Certains d’ailleurs risquent même d’être sacrifiés dans les semaines à venir pour leurs excès verbaux et leur comportement passé, sans compter la corruption qui semble avoir été l’un des moteurs de l’administration Trump.
Des luttes pour des nominations futures à des postes de responsabilité auront aussi vraisemblablement lieu…
Des programmes militaires très coûteux, mais ambitieux, lancés par l’administration Trump pourraient faire l’objet d’un réexamen sévère. On pense notamment au « Dôme d’or », un projet de bouclier antimissile multicouche visant à intercepter en vol les menaces balistiques, hypersoniques, de croisière ou les drones avant qu’ils ne touchent le territoire américain ; et au projet de navire de la classe Trump (BBG[X]), un programme de l’US Navy annoncé en décembre 2025 par Donald Trump qui marque le retour des cuirassés de très grande taille à propulsion nucléaire.
MAIS IL NE FAUT PAS SE FAIRE D'ILLUSIONS
Jusqu’à la fin effective de son mandat (qui, dans la pratique, se situe dans environ un an quand la campagne électorale pour la présidentielle aura débuté, bridant sa marge de manœuvre), le président Trump peut toujours déclencher les opérations militaires telles qu’il les souhaite — sauf dans la durée. L’Iran peut donc subir ses foudres dans les semaines ou les mois à venir, bien que les observateurs avertis ne croient pas à leur efficacité géostratégique, car aucun des objectifs assignés — dont celui du changement de régime à Téhéran et la neutralisation complète du programme nucléaire militaire iranien — n’a été atteint. Certes, les figures politiques et militaires ont été éliminées, mais pour être remplacées (1) par des encore plus durs à l’image de Mohsen Rezaï (âgé de 72 ans) que l’on a sorti d’un poste de semi-retraite pour le nommer secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Cet ancien combattant de la guerre contre l’Irak, fondateur du Corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran (CGRI), est de nouveau sur la première ligne (2) malgré une notice rouge d’Interpol qui pèse sur sa tête pour l’attentat terroriste de 2007 contre le centre communautaire juif (AMIA) à Buenos Aires, qui a fait 85 morts en 1994. Quant aux 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % suffisants pour fabriquer une dizaine de bombes nucléaires… Toutes les solutions — même les pires — sont sur la table (3).
Israël peut reprendre à son compte nombre d’opérations contre Téhéran et ses alliés yéménites houthis, en parallèle de sa stratégie offensive ayant lieu au Liban, à Gaza et en Cisjordanie, d’autant que l’annonce de l’arrêt de son financement militaire américain faite par Trump est un stratagème savant qui ne change rien pour les dix ans à venir. Le général (2S) Olivier Kempf cite Yoav Berenson, un internaute très actif sur les réseaux sociaux, notamment sur son compte X « YBCisrael », qui écrit : « Au lieu d’une aide de sécurité en argent planifiée, [il s’agit d’] un passage immédiat à des projets et des fonds de R&D conjoints pour l’Amérique et Israël, à des volumes colossaux d’environ 20 milliards de dollars par an et plus. Israël cesse d’être un pays “aidé par charité” comme l’Égypte ou la Jordanie, qui reçoivent des aumônes de l’Amérique dans des conditions dures et humiliantes, et devient un partenaire qui développe et produit ensemble avec les Américains la génération future de l’armement au bénéfice d’Israël et de l’Amérique… »
En matière de politique étrangère, les démocrates sont dans l’ensemble d’accord avec celle de Trump, sauf qu’ils la présentent de manière moins abrupte et plus diplomatique…
En particulier, l’Europe n’est pas leur souci principal. Il faut juste qu’elle soit une cliente solvable pour le pétrole, les gaz et les armes « made in USA »…
Leur souci est plus tourné vers la zone Indo-Pacifique et de plus en plus vers l’Arctique (d’où la grande défiance vis-à-vis de la Chine et de la Russie…).
Le lâchage de l’Ukraine face à l’invasion russe devrait se poursuivre dans les deux ans à venir.
À court terme, le 5 novembre 2026, Donald Trump a prédit depuis le bureau ovale la signature prochaine d’un « très grand » accord de paix avec la Russie concernant la guerre en Ukraine, affirmant que cette entente imminente « pourrait englober toute l’Europe ». Il n’a pas voulu préciser davantage, mais a insisté : « Ce sera un grand et magnifique accord et tout le monde sera ravi. » À noter que cette annonce a été faite après qu’il a reçu Kirill Dmitriev, l’envoyé spécial du président russe Vladimir Poutine. Il n’a pas rencontré la délégation ukrainienne qui se trouvait aussi à Washington dans le cadre de la trêve humanitaire décrétée à Olechky (dans la région de Kherson), trêve supervisée par la Première dame américaine, Melania Trump.
Démocrates et de plus en plus de républicains souhaitent que le conflit en Ukraine prenne fin pour se tourner vers d’autres préoccupations…
Il est difficile d’imaginer ce qui se passera ensuite si un démocrate réussit à prendre la présidence, ce qui n’est pas encore gagné, les élections de mi-mandat étant totalement différentes de la présidentielle. Dans le premier cas, les composantes du Parti démocrate, qui sont très variées — et parfois opposées, car elles vont des woke en passant par les LBGTQIA+ jusqu’aux néoconservateurs qui ont soutenu la révolution de Maïdan (2013-14) — devront avoir au final un candidat unique face aux républicains (pour ce camp, il se dit que le vice-président J.D Vance est désormais hors course, laissant la place de challenger à Marco Rubio, mais rien n’est certain dans ce parti qui connaît aussi une crise intérieure sérieuse).
En ce qui concerne la France, sur le plan historique, il convient de se rappeler que si les Américains ont bien débarqué en Normandie pour vaincre les nazis, une de leurs solutions pour l’après-guerre était de soumettre le pays à l’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories), un gouvernement militaire d’occupation composé d’officiers américains et britanniques chargés d’administrer les territoires libérés au même titre que l’Italie, puis l’Allemagne.
Comme le disait le général de Gaulle : en politique étrangère, il n’y a pas d’amis, juste des intérêts… Les démocrates, comme les républicains, ont toujours appliqué cette maxime et le côté un peu « frondeur » de Paris les a toujours irrités.
Le vainqueur de la prochaine élection présidentielle américaine sera d’abord celui qui proposera des solutions aux problèmes internes des États-Unis, le plus important étant le coût de la vie. L’international n’intéresse pas outre mesure l’électeur américain. Il faut seulement que la politique extérieure américaine ne lui coûte pas trop cher en dollars et en vies humaines. Le traumatisme du Vietnam est toujours là et les guerres du Golfe n’ont rien arrangé dans le ressenti de la population.
Heureusement, tout cela n’empêchera pas le président Trump de se livrer à sa passion : continuer à jouer au golf…
