Le major général Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition militaire saoudienne, a déclaré le 11 octobre soir que la défense aérienne saoudienne avait intercepté un missile près de l'aéroport de Riyad, tandis que les autorités s'occupaient de l'incendie provoqué par un « projectile inconnu » qui a touché le hall des passagers no 4. Un citoyen pakistanais a été tué au cours de cette action.

Cette frappe intervient au lendemain d’un bombardement du même aéroport qui a causé la mort de 13 personnes et fait 308 blessés.

Un missile avait frappé un complexe aéroportuaire abritant les terminaux 3 et 4, réservés aux vols intérieurs.

L’autorité saoudienne de l’aviation civile a indiqué que, parmi les victimes, figuraient quatre Saoudiens, deux Bangladeshis et une personne originaire des pays suivants : États-Unis, Inde, Jordanie, Palestine, Syrie, Soudan et Égypte.

Cette attaque est la plus meurtrière survenue dans le royaume depuis plus de dix ans.

Les Houthis yéménites ont officiellement revendiqué ces actions et mis en garde les compagnies aériennes et les passagers contre l’utilisation des aéroports (à l’exception de ceux des villes saintes de La Mecque et de Médine) et de l’espace aérien saoudiens qu’ils considèrent comme « zone de guerre ». Ils avaient aussi reproché aux Saoudiens d’avoir bombardé l’aéroport international de Sanaa, la capitale yéménite qu’ils occupent depuis 2014.

Le brigadier général Yahya Saree, porte-parole des Houthis, a indiqué que les rebelles yéménites avaient ciblé l’aéroport le 10 octobre avec un mélange de missiles balistiques et de croisière, ainsi que des drones.

L’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a renforcé ses recommandations concernant l’espace aérien saoudien, soulignant la capacité des Houthis à frapper des cibles plus profondément dans le royaume, y compris Riyad, de même que leur « intérêt accru pour les infrastructures aéronautiques ». Les attaques par missiles et drones, ainsi que les opérations d’interception « augmentent le risque d’erreur d’identification des aéronefs civils », a-t-elle précisé.

À noter que la distance séparant la frontière yéménite de Riyad est de plus de 1 000 kilomètres, ce qui interpelle sur les capacités balistiques des « guerriers en sandales », sachant que l’Iran n’est plus en mesure pour l’instant d’apporter une aide directe aux rebelles yéménites.

LES « GUERRIERS EN SANDALES » ONT BEAUCOUP ÉVOLUÉ EN DOUZE ANS DE GUERRE

Le président américain Donald Trump a qualifié l’attaque de « terrible » et a déclaré qu’il « s’entretiendrait » prochainement avec le dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed ben Salmane. Il a également indiqué qu’il évaluait la possibilité pour les États-Unis de se joindre à la guerre contre les Houthis : « C’est possible. Nous allons examiner la question. Nous venons tout juste d’apprendre l’existence de cette attaque récente ; nous prendrons donc une décision. Nous agirons très rapidement. »

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a publié un communiqué sur X, se disant « profondément choqué » et condamnant fermement « l’attaque meurtrière menée samedi par les Houthis contre l’aéroport international du roi Khaled à Riyad ». Il a affirmé que les attaques visant des civils et des infrastructures civiles violaient le droit international et qu’elles devaient cesser immédiatement.

Hans Grundberg, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, a déclaré que les frappes meurtrières contre des aéroports civils en Arabie saoudite constituaient « une grave escalade […] De telles actions représentent une menace sérieuse pour la sécurité régionale, perpétuent les cycles de violence et compliquent davantage les efforts de paix au Yémen ».

Les attaques de ce week-end sont les dernières d’une série visant l’aéroport international du roi Khaled au cours de la semaine écoulée et ayant fait quatre morts.

Les aéroports de Jizan et Najran dans le sud-ouest du royaume avaient été ciblés le 5-6 octobre, causant des dégâts matériels et faisant trois blessés.

Le 6-7 octobre, l’aéroport d’Abha avait été touché, faisant deux morts (une Marocaine et une Algérienne) et 28 blessés.

Le 7-8 octobre, une première attaque de l’aéroport Roi Khalid à Riyad a eu lieu, tuant un Soudanais et faisant huit blessés. Un Airbus A-320 avait été détruit au sol.

Cette recrudescence des bombardements visant également des installations militaires et des infrastructures pétrolières survient alors que la guerre au Yémen s’intensifie, les Houthis affrontant les forces loyales au gouvernement internationalement reconnu pour le contrôle du pays (1). Pour mémoire, les Houthis contrôlent un quart nord-ouest du pays, mais représentant 80 % de la population.

L’Arabie saoudite, qui est en guerre contre les Houthis depuis 2015, soutient cette offensive avec son aviation. À noter qu’elle n’a presque pas de troupes à mettre au sol, d’où ses demandes réitérées d’aides extérieures.

De plus, confrontée à une pénurie d’intercepteurs de missiles, elle a demandé à la France, au Royaume-Uni, au Pakistan et à l’Égypte de déployer des moyens de défense aérienne dans la région.

Les États-Unis avaient eux-mêmes vu leurs stocks diminuer dans le contexte des tensions avec l’Iran. Selon ces responsables, l’aide américaine a notamment porté sur le partage de renseignements, l’identification de cibles et la planification de la récente offensive contre les Houthis.

Le 10 octobre, l’Arabie saoudite a annoncé que son ministre des Affaires étrangères s’était entretenu par téléphone avec son homologue omanais de l’importance de « soutenir des solutions diplomatiques pour apaiser les tensions » dans la région.

Oman, situé face à l’Iran de l’autre côté du détroit d’Ormuz, a parfois joué un rôle de médiateur dans la région.

Il n’empêche que le cours du Brent est actuellement au-dessus des 105 dollars le baril alors qu’il était de 66,6 dollars avant les frappes américaines sur l’Iran — grand allié des Houthis qui, il faut le rappeler, ont pour devise « Dieu est le plus grand, mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction sur les Juifs, victoire à l’Islam ».