Au Liban, l’objectif fondamental d’Israël est la dislocation totale du Hezbollah en tant que force militaire — mais aussi politique. L’État hébreu considère que ce mouvement n’est qu’une pure « créature » du régime iranien. Les deux exigent depuis les années 1980 la disparition de l’État d’Israël.

La présence de ce mouvement à la frontière nord d’Israël est assimilée à une menace directe et permanente pour l’intérieur du territoire israélien, ce qui a été vérifié à maintes reprises avec des attaques terroristes et des bombardements de missiles, roquettes, armes antichars et plus récemment de drones.

La stratégie d’Israël consistait à conquérir la région sud du Liban pour en faire une zone tampon et éloigner le Hezbollah au-delà de la portée des missiles antichars et des drones qu’il utilisait depuis longtemps pour menacer des dizaines de milliers de civils vivant dans le nord du pays.

Il est d’ailleurs surprenant de constater qu’Israël n’a pas semblé prêt à répondre à l’utilisation généralisée par le Hezbollah de drones (dont ceux filoguidés insensibles au brouillage électronique) lors de cette offensive.

Ces derniers ont constamment traqué les militaires israéliens au Liban et en Israël avec les frappes létales documentées dans des vidéos que le Hezbollah a publiées sur les réseaux sociaux.

En conséquence, l’offensive lancée en mars qui devait écraser un Hezbollah affaibli par la guerre en Syrie et les bombardements précédents qui avaient tué ses principaux leaders a abouti à une sorte d’impasse dans laquelle le mouvement chiite semble tout à coup plus redoutable qu’auparavant.

Globalement, Israël considère que Téhéran est son ennemi mortel et que le Hezbollah au Nord et les mouvements palestiniens (Hamas, Jihad islamique palestinien et autres groupuscules) au Sud et en Cisjordanie en sont le bras armé sur zone.

Pour mémoire, le Hezbollah libanais — et plus particulièrement sa composante militaire — est considéré comme « terroriste » par le monde occidental en raison des nombreux attentats meurtriers qu’il a commis depuis les années 1980 pour le compte de son maître, le Guide suprême de la Révolution iranienne et de ses séides, les pasdarans.

Par exemple, la France a été durement touchée au Liban à partir des années 1981, puis à l’intérieur de son territoire dans les années 1985-1986.

Le pire est que Téhéran ne cherche en aucune manière à dissimuler sa façon de faire et apporte même — comme par défi — les preuves de ses liens avec le Hezbollah libanais.

En effet, pour confirmer les liens étroits entre le mouvement chiite libanais et Téhéran, l’agence de presse iranienne Tasnim — qui est la « voix des pasdarans » — a diffusé une photo d’archives montrant le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en compagnie des officiers supérieurs de l’armée iranienne.

Sur la photo, datant vraisemblablement de la fin des années 2010, figurent aux côtés de Nasrallah les hommes forts du régime de l’époque : le chef des forces armées iraniennes, le major-général pasdaran Mohammad Bagheri ; le commandant des Gardiens de la révolution, le major-général Hossein Salami ; et le commandant militaire des pasdarans, Mohammad Bagherpour. Ils ont tous été tués lors de frappes distinctes américaines et israéliennes à Beyrouth et à Téhéran.

Donc, pour Israël, toute avancée politique au Liban implique obligatoirement le désarmement du Hezbollah, ce que les autorités locales sont dans la totale incapacité d’effectuer. Il faut souligner que les chiites représentent environ 30 à 35 % de la population libanaise, laquelle est évaluée à quelque 5,4 millions d’habitants. Non seulement ils ont leurs propres forces qui ont été particulièrement entraînées au combat d’infanterie en Syrie depuis 2011, sous l’ère de Bachar el-Assad, mais ils sont présents partout au Liban : au Parlement, dans l’administration, dans le privé…

L’opération militaire actuelle de Tsahal a donc comme objectif théorique de permettre à l’armée libanaise de désarmer le Hezbollah.

Pour la façade, Israël propose de ne pas retirer totalement ses troupes des zones déjà occupées, se contentant de déplacer ses forces progressivement vers le sud en fonction de l’efficacité des actions de l’armée libanaise, ce qui réduirait de fait la zone sécuritaire sous contrôle israélien.

De son côté, Beyrouth exige le retrait israélien du territoire situé au sud du pays, mais un responsable israélien a déclaré que ce retrait ne se produira pas tant que la menace persistera.

C’est-à-dire qu’il n’y a pas de solution à court ou moyen terme.

Très symbolique, Tsahal a pris la forteresse de Beaufort, qui domine la vallée du Litani. Cette position a joué un rôle stratégique dans le contrôle de la région environnante depuis sa construction par les Croisés il y a quelque 900 ans. L’armée israélienne en a pris possession il y a 44 ans lors de la première guerre du Liban.

En 1982, les forces israéliennes ont occupé le château — qui se trouve à seulement 14,5 km de la frontière israélienne —, mais l’ont quitté en 2000 lorsqu’elles se sont retirées de leur zone tampon établie dans le sud du Liban.

Plus à l’est, les premières phases de l’opération terrestre au nord du fleuve Litani se sont déroulées selon les plans préétablis, les unités du génie ayant construit des ponts et ouvert des voies dans les forêts libanaises pour faciliter le passage des véhicules et des camions-citernes.

Simultanément, l’aviation israélienne a mené une opération de parachutage dans le sud du Liban engageant des avions de transport Hercules.

Des colis de nourriture, de l’eau et des palettes de jerricans de carburant ont été largués pour permettre aux combattants de ravitailler leurs véhicules.

Ces actions se sont déroulées lors des premiers jours de l’opération, avant que les camions de ravitaillement ne puissent franchir le fleuve Litani, alors que les combattants de la brigade Givati progressaient vers le nord pour prendre le contrôle opérationnel de la zone où opéraient les brigades 7 et Golani, chargées de la prise de la chaîne montagneuse de Beaufort.

Maintenant, il semble que l’objectif tactique soit de progresser jusqu’au fleuve Zahrani plus au nord.

L'ATTITUDE DES ÉTATS-UNIS

Pour les États-Unis, la guerre au Liban n’est qu’une prolongation de celle qui frappe l’Iran. Dans un étrange mélange de diplomatie parallèle et de coups de poing militaires, la Maison-Blanche alterne le chaud et le froid, se livrant à des séries de déclarations plus contradictoires les unes que les autres. C’est la « méthode Trump », vraisemblablement destinée à tromper l’adversaire, et, par ricochet, la communauté internationale.

Toutefois, Téhéran se rebiffe en annonçant aux échanges qu’aucun accord-cadre de fin de guerre n’est possible tant qu’Israël poursuit ses opérations militaires au Liban.

L’Iran exige la fin immédiate des opérations israéliennes à Gaza et au Liban et le retrait complet d’Israël du territoire libanais. Il affirme que l’Iran et le Front de la résistance sont « déterminés » à obtenir la fermeture complète du détroit d’Ormuz et à activer d’autres fronts, notamment celui de Bab el-Mandeb, si la situation actuelle perdure. Le message iranien est de plus en plus clair : pas de cessez-le-feu au Liban, pas d’accord-cadre plus large, et potentiellement plus de négociations qui ne conduisent à rien.

De son côté, le président Trump avait déclaré à la chaîne américaine CNBC qu’il « s’en fichait » si les négociations sur l’Iran échouaient : « Franchement, je les trouvais de plus en plus ennuyeuses. » En outre, il a déclaré le 1er juin à NBC News qu’il n’avait pas été informé de la suspension des négociations par l’Iran, mais qu’« à vrai dire, je pense que nous avons trop parlé […] Je pense qu’un silence serait une très bonne chose, et cela pourrait durer longtemps ».

Comme cela était prévisible, son silence n’a été que de courte durée, puisque, dans la soirée du même jour, il a déclaré qu’Israël et le Hezbollah avaient convenu d’un cessez-le-feu, ajoutant que les négociations avec l’Iran progressaient rapidement après avoir semblé piétiner suite à l’offensive israélienne au Liban… Comme d’habitude, on ne sait pas si c’est vrai ou faux.

Trump a précisé sur son réseau social Truth Social avoir parlé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et avoir eu un « très bon échange » (1) par l’intermédiaire de représentants non identifiés du Hezbollah. Netanyahu aurait accepté de ne plus cibler Beyrouth, tandis que le Hezbollah aurait promis « l’arrêt total des combats » (?!).

  1. Un article du média américain Axios prétend que Trump aurait dit au téléphone au Premier ministre israélien : « T'es complètement cinglé. Sans moi, tu serais en prison. Je te sauve la mise. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça. » Le ton de cette citation semble exagéré, même si les échanges actuels entre les deux responsables sont tendus.