Le 19 mars, Tsahal avait annoncé que son armée de l’air avait frappé la veille des dizaines de cibles iraniennes en mer Caspienne dans la région du port Bandar Anzali (1).
La question était de savoir comment des avions israéliens avaient réussi à couvrir la distance depuis l’État hébreu, puis à effectuer leur mission sur zone avant de rentrer chez eux. La première hypothèse avait été des ravitaillements en vol, mais au-dessus de quel pays : Syrie, Jordanie ou Irak ? L’hypothèse de l’utilisation de bases en Azerbaïdjan avait même été avancée. Cependant, il semble que c’est plus simple que cela.
Selon le Wall Street Journal (WSJ), des images satellites (source GeoWatch)
ont révélé l’existence d’une piste d’atterrissage israélienne clandestine de 1,9 km de long, construite sur le lit asséché d’un lac à environ 45 km au sud d’An Nukhayb dans la province d’Al-Anbar. Cette piste jouxterait un poste militaire tenu par des Israéliens. Selon des photos prises dans la durée, elle n’existait pas avant le 23 février, soit cinq jours avant l’attaque israélo-américaine contre l’Iran (2).
Cela prouverait qu’Israël a conduit des opérations offensives contre l’Iran depuis le territoire irakien à l’insu de Bagdad.
La construction d’une base et la réfection d’une piste d’atterrissage (qui avait déjà servi aux Américains dans un passé lointain) constituent une violation flagrante de la souveraineté irakienne par l’État hébreu, qui n’entretient aucune relation diplomatique avec Bagdad et qui n’a donc obtenu aucune autorisation pour y déployer des forces.
Cela dit, Israël, qui se considère comme en guerre depuis sa création, s’autorise des opérations clandestines et ouvertes chez ses voisins, comme au Liban, en Syrie et ailleurs. Quant aux sanctions internationales…
Selon des médias israéliens, qui ont repris l’information du quotidien américain, l’objectif de cette base secrète aurait été de rapprocher les forces spéciales et les équipes de secours du front iranien pour pouvoir exfiltrer, le cas échéant, des équipages d’avions abattus.
Le secret aurait manqué d’être révélé début mars, la légende parlant d’un berger local qui aurait donné l’alerte après avoir vu d’étranges ballets d’hélicoptères.
Selon l’agence de presse officielle irakienne (INA), le lieutenant-général Qais al-Muhammadawi, commandant adjoint des opérations irakiennes, a annoncé le 7 mai avoir reçu des rapports faisant état de « personnes ou de mouvements » dans le désert de Najaf, près de Karbala, une ville située à environ 100 km au sud-ouest de la capitale. Il a précisé qu’« un contingent de trois régiments du commandement des opérations de Karbala a été déployé pour enquêter. Ce contingent a essuyé d’intenses tirs aériens, entraînant la mort d’un militaire et en blessant deux autres ». Il a ajouté ensuite que, plus tard, les forces irakiennes avaient été « renforcées par deux régiments antiterroristes qui ont fouillé la zone, mais n’ont rien trouvé ». Il est vraisemblable que les forces israéliennes, se sachant découvertes, avaient évacué leurs positions.
À l’époque de l’incident, Bagdad avait dénoncé une agression américaine se basant sur le fait que les forces américaines répliquaient systématiquement aux harcèlements des milices irakiennes chiites fidèles à Téhéran. Il semble que, si Washington n’était pas responsable de cette frappe, ils étaient pourtant bien informés de la présence des Israéliens à cet endroit.
De son côté, si l’état-major israélien a refusé de faire tout commentaire, il y a deux mois, l’ancien chef d’état-major de l’armée de l’air israélienne, le général de division Tomer Bar, évoquait déjà des missions spéciales « dépassant l’imagination » sans plus de précisions.
Si cette base a été découverte, combien d’autres existent-elles ? Les pistes d’atterrissage désaffectées ou dévolues à des vols agricoles sont nombreuses. Difficile de distinguer celles qui ont retrouvé une activité opérationnelle.
Sur le plan purement tactique, bien que compliquée, cette manœuvre est un classique pour les forces spéciales.
- Voir « Frappes israéliennes sur la Caspienne » du 20 mars 2026.
- Voir « Frappes en Iran : “Fureur épique” pour les Américains, “Lion rugissant” pour les Israéliens » du 2 mars 2026.
