L’article 8 de la Loi de programmation militaire (LPM) prévoyait une mise à jour nécessaire en 2026, compte tenu de l’évolution rapide de la scène internationale. Présentée en conseil des ministres le 8 avril, elle doit ensuite être étudiée et adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat. Elle consacre, sans surprise, une augmentation de ressources continue, avec des surmarches, mais aussi des renoncements temporaires, et même des abandons de programmes. C’était attendu, la fin du programme du système de drone tactique (SDT) de l’armée de Terre restera finalement à un système à deux drones (les autres finiront en Grèce). L’Eurodrone conçu en coopération européenne pour succéder au Reaper est finalement lui aussi abandonné, avec la vision d’un programme qui a mal vieilli. Ou plutôt, qui est emporté par les déficits dans la coopération franco-allemande (MGCS, SCAF, MAWS).

Reste évidemment à trouver rapidement des capacités plus rentables : pour le 61e régiment d’artillerie (RA), une solution comme le DT-61 de Delair ou le Capa-X d’Airbus Helicopters, par exemple. Le régiment n’a plus de drone tactique digne de ce nom depuis le retrait accéléré du système de drone tactique intérimaire (SDTI) par le CEMAT, en 2019 ; le général Thierry Burkhard ayant estimé que les SDTI n’étaient plus suffisamment sûrs.

Ainsi, ce sont 36 milliards d’euros (dont 10 en 2027) qui sont gagnés en plus de la trajectoire d’origine de 400 milliards d’euros. À cela devraient s’ajouter 13 milliards d’euros de ressources extrabudgétaires (REB). En 2030, le budget de la Défense sera ainsi vraisemblablement à 2,5 % du PIB. Les crédits de paiement seront donc passés de 47,2 milliards en 2024 à 50,5 en 2025, 57,1 (+ 3,5) en 2026, 63,3 (+ 6,5) en 2027 et 68,3 (+ 8) en 2028.

Cette accélération ne consacre pas vraiment plus de plateformes, trop longues à produire. Donc pas davantage de bateaux, ou vraiment plus de chasseurs. Par contre, l’actualisation promeut les munitions dans un effort inédit, quoique sans doute encore insuffisant (+ 8,5 milliards d’euros), d’autant plus qu’une centaine de missiles air-air MICA-IR ont été tirés contre les drones Shahed iraniens depuis les Rafale français basés aux Émirats arabes unis.

Toutefois, le ministère des Armées (Minarm) estime que cette actualisation garantit une capacité de réponse immédiate à un conflit majeur, tout en permettant de mener des combats d’hier (contre-rébellion et basse à moyenne intensité) ainsi que les conflits de demain (haute intensité et multithéâtres). Le texte prévoit aussi une préservation de la cohérence du modèle, sans trop de réductions temporaires de capacités. Néanmoins, la question du format devra être résolue par le prochain chef de l’État élu en 2027.

Le Minarm est convaincu que cette actualisation entraînera les armées et l’industrie dans la deuxième phase de l’économie de guerre, combinant à la fois des munitions sophistiquées et en grande quantité. L’actualisation va également permettre de lancer rapidement plusieurs programmes de missiles. Un missile balistique sol-sol d’une portée de 2 500 km permet de maximiser les frappes tout en épargnant les avions de chasse, dont le nombre reste limité. Ce système garantit une capacité de frappe tout-temps et une réactivité accrue par rapport à la chasse. C’est vraisemblablement un planeur hypersonique, technologie sur laquelle la France a déjà investi, qui sera retenu. Cette capacité doit répondre notamment au risque de contournement de la dissuasion par le bas.

L’actualisation investit aussi dans le transport tactique avec de nouvelles commandes d’A400M (avec un format désormais fixé à 41 appareils, sur un besoin initial à 50 machines au lancement du programme), mais seulement parce qu’Airbus va fermer la chaîne, faute d’autres commandes. L’armée de l’Air misait aussi sur cinq autres ravitailleurs polyvalents Phénix, il faudra donc attendre sans doute 2027.

Le Minarm veut aussi faire un effort sur la RH et la formation pour atteindre un format à 270 000 personnels. La réserve opérationnelle doit atteindre le format à 80 000 militaires. Un effort est attendu dans les réservistes issus de l’industrie, notamment d’armement, pour le maintien en condition opérationnelle (MCO) en zone à risques. Le Minarm va enfin plus commander : hors dissuasion en 2026, le niveau de commandes va atteindre les 31 milliards d’euros, contre 20 en 2025 et 14 en 2024. Soit un doublement en deux ans !

On observe des augmentations dans plusieurs domaines. Les dotations prévues dans la LPM originale sont dépassées pour les missiles antichars (hausse de 45 %) et le Scalp Mk2 (hausse de 87 %), ainsi que pour la production du missile de croisière naval (MdCN). Les augmentations sont de 230 % pour les torpilles (légères Mu-90 et lourdes F21) et de 210 % pour les missiles antinavires. La lutte anti-drone bénéficie d’importants moyens avec des commandes d’intercepteurs, des brouilleurs, des lanceurs de roquettes à guidage laser montés sur Rafale (une arme qui peut également être utilisée pour des missions air-sol, qui était la vocation initiale de l’avion). La qualification du Tigre l’autorise à faire de l’anti-drone. Deux Tigre ont d’ailleurs été déployés dans le golfe Persique, et leur nombre devrait être augmenté. L’avantage du Tigre est que sa commande de tir est très précise pour neutraliser au 30 mm (avec une portée néanmoins réduite…). Pour le Rafale, le Minarm travaille à améliorer la parallaxe du canon de 30 mm et l’adaptation de la conduite de tir.

Le Minarm lance également à marche forcée un nouveau missile air-air à longue portée, Comète, pour succéder au Meteor, qui est pourtant relativement récent. Il s’agit de repousser les effecteurs adverses au plus loin, de donner aux chasseurs de la dissuasion plus de punch pour qu’ils puissent s’ouvrir des corridors, et d’aller taper encore plus loin les avions à haute valeur (HVAA) des compétiteurs.