Le dernier essai nucléaire américain en grandeur nature baptisé « Julin Divider » (d’une puissance 5 kt) a eu lieu en 1992.
Puis fin novembre, il a déclaré dans une interview accordée à CBS News : « ils [la Chine et la Russie] ne vous le disent pas […] Vous savez, aussi puissants soient-ils, le monde est vaste. On ne sait pas forcément où ils font leurs essais. Ils testent très profondément, sous terre, là où personne ne sait exactement ce qui se passe […] On ressent une légère vibration. Ils font des essais, et nous, non […] Mais la Russie fait des essais, la Chine aussi […] et nous allons en faire aussi. »
Pour appuyer cette assertion, Thomas DiNanno, le sous-secrétaire d’État américain au contrôle des armements et à la sécurité internationale, a déclaré lors d’une intervention à la Conférence du désarmement à Genève le 6 février 2026 : « je peux révéler aujourd’hui que le gouvernement américain sait que la Chine a procédé à des essais d’explosions nucléaires, notamment en se préparant à des essais d’une puissance de plusieurs centaines de tonnes […] L’Armée populaire de libération chinoise a cherché à dissimuler ces essais en masquant les explosions nucléaires, car elle savait qu’ils violaient les engagements pris dans le cadre du traité d’interdiction des essais nucléaires. »
Toutefois, si la Chine a bien signé du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), elle ne l’a jamais ratifié ; il en est d’ailleurs de même pour les États-Unis.
De plus, le traité TICE n’interdit pas les essais « rendement zéro » : des essais nucléaires sans réaction en chaîne explosive.
Toutes les puissances nucléaires – dont les États-Unis en premier – sont en effet obligées de vérifier leurs armes – qui comme toute marchandise ont une date de péremption – et d’en installer d’autres modernisées.
Pour cela, elles procèdent à des essais – dont des simulations – ne provoquant pas d’explosion nucléaire.
DiNanno a précisé : « La Chine a eu recours au découplage – une méthode visant à réduire l’efficacité de la surveillance sismique – pour dissimuler ses activités au reste du monde […] Elle a procédé à un essai nucléaire concluant le 22 juin 2020. »
Mais il est alors étonnant que le Département d’État américain n’ait jamais fait état de cet essai par la Chine dans son dernier rapport annuel concernant le respect des accords internationaux de contrôle des armements publié en avril 2025 (ni dans les précédents.)
Le rapport (militaire) annuel du Pentagone au Congrès sur les développements militaires chinois publié en décembre 2025, ne fait lui aussi aucune mention d’un essai nucléaire chinois…
Cela a permis à l’ambassadeur de Chine, Shen Jian, représentant permanent adjoint de la République populaire de Chine auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de répondre : « la Chine constate que les États-Unis persistent, dans leurs déclarations, à exagérer la prétendue menace nucléaire chinoise. La Chine s’oppose fermement à ces récits mensongers […] Ce sont les États-Unis qui sont responsables de l’escalade de la course aux armements. »
Il fait vraisemblablement au projet « dôme d’or » qui devrait protéger le territoire américain dans un avenir lointain. L’idée est comparée à l’Initiative de défense stratégique dite « guerre des étoiles » proposée par le président Ronald Reagan 1983. Cela avait fini par l’effondrement de l’URSS fin 1991 qui n’avait pu suivre le rythme de la course aux armements faute de moyens financiers suffisants.
Dans un rapport de 2020, le Département d’État avait exprimé des inquiétudes concernant seulement des travaux menés par la Chine sur son site d’essais nucléaires de Lop Nur.
Ce rapport précisait : « la possible préparation de la Chine à exploiter son site d’essais de Lop Nur toute l’année, son utilisation de chambres de confinement d’explosifs, les importants travaux d’excavation menés et le manque de transparence concernant ses activités d’essais nucléaires – notamment le blocage fréquent de la transmission des données de ses stations du Système de surveillance international (SSI) […] – soulèvent des inquiétudes quant à son respect de la norme de « rendement zéro » à laquelle se conforment les États-Unis, le Royaume-Uni et la France dans leurs moratoires respectifs sur les essais d’armes nucléaires. »
Les administrations américaines successives ont œuvré pour réaliser un nouveau régime de contrôle des armements nucléaires incluant la Chine mais Pékin a toujours refusé d’y participer.
Il est certain que depuis des années, comme tous les pays dotés de l’arme nucléaire, la Chine poursuit un développement massif de son arsenal tant en termes d’ogives que de vecteurs.
Ce développement comprend notamment la construction de vastes champs de silos(1) pour missiles balistiques intercontinentaux et le développement d’un système permettant de lancer en orbite un planeur hypersonique à capacité nucléaire : le projet chinois « Nantianmen » digne d’un film de science fiction.
Le gouvernement américain estime que la Chine possède actuellement environ 600 ogives nucléaires dans son arsenal, mais prévoit que ce nombre atteindra 1.000 d’ici 2030 et 1.500 d’ici 2035.
Pour leur part, les États-Unis et la Russie posséderaient respectivement 3.700 ogives et 4.309.
Même si ces deux puissances n’utilisent qu’une partie de leur arsenal nucléaire stratégique, elles sont capables de détruire toute vie sur terre.
Toutes les évocations de survie ne valent que si les frappes sont très « limitées » comme des tirs tactiques sur le champ de bataille.
Pour la Russie, le rapport du département d’État US réitère les accusations précédentes selon lesquelles Moscou aurait procédé à des essais nucléaires supercritiques en violation de ses engagements pris dans le cadre de plusieurs traités d’interdiction des essais nucléaires, un point que M. DiNanno a d’ailleurs rappelé dans son discours de février 2026.
Mais si la Russie est bien signataire de l’accord TICE et l’avait ensuite ratifié, le président russe Vladimir Poutine l’a révoqué en 2023.
Le plus récent de ces accords, le traité New START, a expiré comme prévu début février 2026 après une prolongation unique de cinq ans.
Pour DiNanno : « le traité New START a été signé en 2010 et ses limitations concernant les ogives et les lanceurs ne sont plus pertinentes en 2026, date à laquelle une puissance nucléaire développe son arsenal à une échelle et à un rythme inédits depuis plus d’un demi-siècle, tandis qu’une autre continue de maintenir et de développer un vaste éventail de systèmes nucléaires non soumis aux dispositions du traité […] Le renforcement [de l’arsenal] chinois est opaque et ne fait l’objet d’aucune limitation en matière de contrôle des armements. »
Sur le fond, Trump a exprimé l’« intention politique » de reprendre des essais nucléaires, mais des obstacles techniques, budgétaires, juridiques, politiques et diplomatiques rendent peu probable une reprise des expériences grandeur nature. Ce qui est probable est le renforcement des simulations et une surveillance accrue des adversaires avec, si besoin est, de nouvelles pressions diplomatiques suivies de rétorsions.
Quelques réflexions générales sur l’avenir
Dans ce monde qui évolue en permanence, souvent en surprenant les observateurs pourtant avertis, il y a quelques constantes, au moins pour les dizaines d’années à venir.
– Aucun État ne renoncera à son armement nucléaire car il reste la dernière garantie de la survie de son régime, surtout dans ces temps incertains. Les adeptes du désarmement général devront attendre. La Chine va, pour sa part, augmenter progressivement son potentiel dissuasif sans que personne ne puisse s’y opposer.
– L’Iran qui a lancé un programme militaire nucléaire ne reviendra pas en arrière car l’expérience de Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi a servi : s’ils avaient eu la bombe, ils seraient encore vivants. Leur successeur naturel le dirigeant nord-coréen Kim Jung Un en est la preuve vivante.
L’Iran, de par l’immensité de son territoire, du nationalisme de sa population et de l’importance des pasdarans qui dominent toute la vie politique, militaire et économique du pays ne pourrait être vaincu que par une guerre générale au sol que personne (même les Américains) n’a les moyens d’engager – il reste l’option de la révolte intérieure qui risque plus d’être une implosion du pays(2) -. Quant au Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, « mourir en martyr » semble être son souhait le plus cher et sa succession semble déjà prévue.
. Comme le répétait le général de Gaulle, un pays n’a pas d’amis, que des intérêts.
. Le président Trump l’a confirmé ouvertement et vertement ; ses prédécesseurs faisaient de même mais un habillage diplomatique permettait à de nombreux responsables politiques européens de faire comme si…
. Jamais les USA ne s’engageront nucléairement en Europe sauf si leur territoire est directement menacé. L’arme nucléaire de l’OTAN (dont la clef est à Washington) a toujours été un leurre – peut-être à l’exception du temps où l’armée américaine était présente en nombre en Europe (et encore) -.
. La Russie protégée par son statut de première puissance nucléaire mondiale, va poursuivre sa guerre de conquête en Ukraine.
. Le terme de la préparation à une « guerre de haute intensité » qui est avancée par les responsables militaires occidentaux occulte le fait qu’il s’agit d’une « guerre totale » qui frappera directement les civils ; les Ukrainiens sont en train de le subir : plus d’électricité, plus d’eau, plus de chauffage dans les grandes villes… C’est abominable. Si les pouvoirs européens tiennent vraiment à préparer leurs administrés, autant commencer par leur dire la vérité…
. Et pour la France sur le plan nucléaire, il est bon de citer les mémoires d’Alain Peyrefitte questionnant le général de Gaulle :
Enfin, un aparté à propos de l’affaire « Jeffrey Epstein » qui passionne les medias : tous les services de renseignement sont intéressés par ce genre d’individu, pas tant pour les affaires qui peuvent permettre des compromissions (les services ont déjà ce qu’il faut à disposition et ils préfèrent contrôler leurs propres cheptels) mais par les réseaux de connaissances qu’il a à disposition.
Les professionnels ne le considèrent pas comme un « agent de renseignement » (il n’a pas accès à des informations particulièrement sensibles) mais comme un « agent d’infrastructure » qui « ouvre des portes. » Il est donc normal que TOUS aient été intéressés par son carnet d’adresses qui constituait un véritable « trésor» à exploiter.
(1) Voir : « Chine – Russie. Coopération dans le domaine nucléaire » du 28 mars 2023.
(2) Voir : « Ce que pensent les dirigeants iraniens » du 2 février 2026.