Comme le disait le célèbre dialoguiste Jean-Marie Gourio, disparu en 1985, dans Brèves de comptoir : « L'actualité va tellement vite de nos jours, si tu vas chercher une bière au frigo, tu rates une guerre ! » Eh bien, c'est encore plus juste aujourd'hui…
En Éthiopie, plusieurs groupes rebelles qui luttent contre les autorités depuis des années ont annoncé la formation de l’« Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie » ou l’« Alliance pour la survie », une coalition visant à renverser le gouvernement d’Addis-Abeba.
Cette alliance est composée des milices nationalistes amharas Fano dirigées par Zemene Kassie (qui préside également cette nouvelle alliance), de l’Armée de libération oromo (OLF-OLA), du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), du Front national de libération de l’Ogaden (FNLO), du Front uni démocratique révolutionnaire de l’Afar (Ugugumo), du Mouvement de libération du peuple de Benishangul et du Mouvement démocratique du peuple Gumuz.
Ces sept formations accusent le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed d’être responsable de « guerre, génocide, destructions massives et misère extrême », affirmant que l’Éthiopie risque de se désintégrer.
L’Éthiopie est en proie à des conflits armés depuis des années en Oromia et dans l’Amhara, les États les plus peuplés du pays.
Des tensions ont également ressurgi dans la région du Tigré (nord), théâtre d’une guerre civile de deux ans qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés (1).
Un accord de paix sous l’égide de l’Union africaine a mis fin à ce conflit en 2022, mais l’on craint désormais une reprise des hostilités à grande échelle, les deux camps s’accusant mutuellement de violer cet accord.
Cette nouvelle alliance inclut des groupes basés dans trois autres régions — Somali (en orange sur la carte), Afar (en vert) et Benishangul-Gumuz (en rose) — représentant ainsi la moitié des douze États régionaux éthiopiens.
Ces États sont structurés en grande partie selon les groupes ethniques qui y sont majoritaires ; ce système de fédéralisme ethnique confère une certaine autonomie aux régions, mais il peut engendrer des défis sociaux et politiques pour un pays qui compte plus de 80 groupes ethniques différents.
Certains groupes rebelles membres de cette nouvelle alliance se sont affrontés dans le passé, mais ils affirment désormais vouloir collaborer contre leur ennemi commun : le gouvernement fédéral.
Abdikadir Addaani Hirmooge, porte-parole du FNLO — membre de l’alliance —, a déclaré à la BBC que le gouvernement n’avait pas respecté l’accord de paix signé en 2018 pour mettre fin au conflit dans la région Somali.
Il a notamment accusé le Parti de la prospérité au pouvoir d’être « un obstacle pour le peuple » et d’avoir « déclenché » des guerres ayant entrainé de nombreuses pertes humaines : « Les conflits ethniques, l’insécurité, ainsi que l’oppression et l’exclusion mutuelles n’ont pas été éradiqués, créant une situation qui affecte tous les groupes ethniques. »
Il a enfin précisé que les groupes formant la nouvelle coalition s’efforçaient de rassembler des communautés qui avaient été dressées les unes contre les autres : « Notre objectif est que les communautés accèdent à la démocratie et exercent leur droit à l’autodétermination, afin de se gouverner véritablement elles-mêmes. »
Les milices nationalistes amharas Fano ont combattu aux côtés des forces fédérales contre le TPLF durant la guerre du Tigré.
Elles se sont toutefois retournées contre le gouvernement fédéral en lançant une insurrection armée moins d’un an après la fin du conflit (en 2022) après avoir refusé d’obtempérer aux ordres de désarmement émis par les autorités.
Le gouvernement affronte l’OLA depuis 2018.
L’annonce de la coalition « Alliance pour la survie » intervient quelques mois après des informations faisant état d’une alliance présumée entre le TPLF et l’Érythrée voisine.
En réponse, le Premier ministre Abiy a affirmé avoir confiance dans les « capacités défensives » de l’Éthiopie : « Même si d’autres adversaires venaient s’ajouter, nous ne craignons absolument rien pour la souveraineté de l’Éthiopie. »
Le pays avait organisé des élections générales en juin, au cours desquelles le Parti de la prospérité d’Abiy a conservé sa majorité parlementaire écrasante, bien que le scrutin ait été assombri par le conflit, des accusations de répression et une faible participation des partis d’opposition.
Les groupes rebelles Fano et OLA ont rejeté l’élection ainsi que ses résultats et la région du Tigré et ses six millions d’habitants ont été totalement exclus du scrutin…
Selon l’agence Reuters, qui cite l’ONG International Crisis Group, cette coalition représente une menace politique sérieuse pour le pouvoir, mais son efficacité militaire sur le terrain est à prouver. En effet, les rivalités territoriales et ethniques demeurent entre ses membres, ainsi que des divergences politiques importantes.
1. Voir : « Éthiopie : la région du Tigré en détresse » du 29 août 2026.
