Renforcer la coopération militaire avec ses voisins du Bénin et du Niger est devenu une priorité pour le Nigeria afin de faire face aux groupes jihadistes venus du Sahel, qui gagnent toujours plus de terrain dans le nord-ouest du pays.
La sécurité s’est largement dégradée ces derniers mois dans cette zone entre Niger, Bénin et Nigeria, d’où l’appel lancé par les autorités d’Abuja, qui se sont donné pour objectif de renforcer la coopération militaire avec ses deux voisins. Cela permettrait ainsi d’intervenir de l’autre côté des frontières, si besoin. Un plan allant dans ce sens est en cours d’élaboration, a affirmé le ministère nigérian de la Défense, qui prône également un échange renouvelé avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette coopération militaire est déjà bien enclenchée avec le Bénin, semble-t-il, puisque des troupes béninoises ont mené des opérations sur le territoire nigérian, avec l’aval d’Abuja. Depuis 2009, le nord-est du Nigeria est en proie à une insurrection jihadiste, d’abord menée par Boko Haram, puis par sa branche dissidente et rivale, l’État islamique en Afrique de l’Ouest. La recrudescence des attaques meurtrières et des enlèvements ces derniers mois a conduit le président nigérian, Bola Tinubu, à décréter un état d’urgence sécuritaire à l’échelle nationale. De son côté, Donald Trump a évoqué la possibilité d’une intervention militaire après avoir affirmé que les chrétiens du Nigeria étaient « persécutés » et victimes d’un « génocide » perpétré par des « terroristes » ; accusations qu’Abuja et la majorité des experts rejettent fermement, les violences touchant en général indifféremment chrétiens et musulmans. Tout récemment, Washington a retiré une partie de ses militaires, qui avaient été déployés au Nigeria au mois de mai dernier pour combattre les jihadistes de l’État islamique, mais maintient le partage des renseignements avec Abuja. Le général Dagvin Anderson, commandant de l’AFRICOM, le Commandement américain pour l’Afrique, l’a confirmé le 2 juillet dernier en marge d’une conférence réunissant à Luanda, en Angola, les CEMA de plusieurs pays africains. Pour mémoire, l’opération de mai avait permis l’élimination d’Abou-Bilal al-Minouki, considéré comme le numéro deux du groupe État islamique dans la région. Le général Anderson décrit cette opération comme un « modèle » susceptible d’inspirer l’avenir de la présence militaire américaine sur le continent. « L’opération menée dans le bassin du lac Tchad, au Nigeria, a profité aux pays de la région, mais aussi au monde entier, car elle a perturbé les réseaux de l’État islamique, a-t-il déclaré. Par conséquent, nous avons retiré une grande partie de nos forces déployées pour cette opération, mais nous poursuivons le partenariat sollicité par le Nigeria afin de maintenir le partage de renseignements ».
