Depuis une vingtaine d'années, l'association à but non lucratif ACLED (Armed Conflict Location and Event Data) recueille et analyse des données sur les conflits armés à travers le monde, cartographiant avec précision les affrontements, leurs modes opératoires et leurs bilans humains. Celui de la guerre civile birmane déclenchée par le coup d'État militaire de février 2021 est accablant.

Selon l’ACLED, entre le 1er février 2021 et fin juin 2026, plus de 100 000 Birmans ont perdu la vie lors d’affrontements armés, de bombardements aériens ou d’explosions de mines antipersonnel, soit une moyenne d’une cinquantaine de morts par jour. La majorité de ces décès résulte de l’usage indiscriminé de la force par l’appareil sécuritaire de la junte au pouvoir. Si le Myanmar est aujourd’hui le pays confronté au conflit interne le plus meurtrier au monde, c’est aussi l’un des plus fragmentés, avec au moins un millier de groupes armés actifs. Au rythme observé au premier semestre de cette année, le bilan de 2026 s’annonce aussi sombre que les précédents. Ni la période électorale ni les cent premiers jours du mandat du général Min Aung Hlaing n’ont marqué de ralentissement de la violence. Selon les données de l’ACLED, plus de 3 500 personnes ont perdu la vie pendant la campagne électorale et les scrutins de décembre 2025 à janvier 2026. Depuis l’entrée en fonction du président général, le 11 avril 2026, le nombre de décès s’est malheureusement encore accru, atteignant maintenant un total de 2 300 victimes supplémentaires. Si le Myanmar est aujourd’hui un peu moins meurtri qu’en 2022-2023 (plus de 23 200 morts) ou en 2023-2024 (plus de 18 800 morts), le niveau de violence demeure extrêmement élevé : au cours du seul dernier mois, plus de 1 100 personnes ont été tuées. Parmi celles-ci, pour la deuxième année consécutive, plus d’un millier seront tuées par des frappes aériennes quasi quotidiennes depuis 2012, faisant chaque année davantage de victimes, notamment parmi les enfants (22 % des morts). Plus de 500 personnes ont déjà trouvé la mort par des frappes aériennes au cours des six premiers mois de cette année. À ce bilan s’ajoutent les victimes des drones, devenus omniprésents sur les champs de bataille depuis 2022. En moyenne, ces plateformes armées provoquent désormais près de 600 morts par an. Cela étant, malgré cette montée en puissance des frappes aériennes à distance, les affrontements terrestres restent les plus meurtriers et concentrent près de 65 % des décès. La Tatmadaw, l’armée gouvernementale, bénéficie d’un appui-feu croissant, qu’il provienne des airs (avions d’attaque, hélicoptères ou drones) ou du sol, où les tirs d’artillerie provoquent en moyenne plus de 700 morts par an. Le recours aux mines antipersonnel et aux engins explosifs improvisés serait encore plus meurtrier. En cinq ans, ces armes ont causé plus de 11 000 morts et un nombre bien supérieur de blessés. Autre aspect évoqué par l’ACLED : les incorporations. Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur le service militaire populaire, le 10 février 2024, vingt-six contingents de 5 000 hommes et femmes ont été appelés à servir dans la Tatmadaw. Au total, près de 13 millions de Birmans et Birmanes sont désormais légalement susceptibles d’être mobilisés pour deux années de service. Ceci dit, cette dynamique ne concerne pas uniquement la junte militaire : l’ensemble des groupes armés rebelles recrute aujourd’hui, souvent sous la contrainte, pour alimenter les combats actuels et futurs.