Selon le haut commandement, l’armée israélienne ne frôle plus la limite, en termes d’effectifs, puisqu’elle l’a franchie. Alors que le pays fait face à des fronts multiples, le spectre d’un épuisement structurel de Tsahal n’est plus une hypothèse, mais une urgence vitale. Entre crise de recrutement des ultraorthodoxes et fatigue extrême des réservistes, les chefs militaires israéliens ont lancé un cri d’alarme. Avec l’intensification des engagements de forces sur de multiples fronts et l’absence de prolongation du service militaire, les effectifs fondent littéralement. Il manquerait environ 15 000 soldats dans les troupes, estime le ministère de la Défense, dont 7 000 à 8 000 combattants. Qui plus est, le refus du gouvernement de légiférer sur la conscription des ultraorthodoxes passe de moins en moins bien auprès des réservistes, épuisés par des mois de mobilisation sur le terrain des opérations. La population israélienne, qui ne supporte plus l’exemption dont bénéficient les haredim (« les craignant Dieu », en hébreu), souhaite que les ultraorthodoxes se joignent à la mobilisation. Tributaire de ses alliés des partis ultraorthodoxes pour se maintenir au pouvoir, Benyamin Netanyahou a jusqu’ici usé de tous les moyens pour repousser l’adoption d’un tel texte. L’opposition, par la voix de son leader Yaïr Lapid, a dénoncé une « armée abandonnée sur le champ de bataille ». Sans renforts immédiats, l’état-major de Tsahal considère que l’armée pourrait bientôt être incapable d’assurer ses missions. Pourtant, selon un sondage publié fin avril dernier par la chaîne N12, pas moins de 60 % des Israéliens soutiendraient la poursuite de la guerre contre l’Iran et 67 % celle contre le Hezbollah au Liban.
