Le 12 mars 2026, à peine deux semaines après le début de l'opération « Epic Fury » en Iran, deux drones ont ciblé le camp d'entraînement militaire de Mala Qara au Kurdistan irakien. L'un d'eux a tué l'adjudant-chef français Arnaud Frion du 7ème BCA et blessé six militaires. Ces drones Shahed fabriqués en Iran étaient mis en œuvre par des milices irakiennes proches de Téhéran.

Avant l’attaque, le mouvement Ashab al-Kahf avait averti qu’il viserait « tous les intérêts français en Irak et dans la région » après le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée.

Cette milice chiite – bien qu’elle s’en défende – s’inscrit dans un vaste réseau irakien piloté depuis Téhéran connu sous le nom des Hachd al-Chaabi, ou forces de mobilisation populaires (FMP) qui ont été créées en 2014 pour s’opposer à l’offensive du groupe État Islamique sous la houlette de l’ayatollah Ali al-Sistani, la plus haute autorité chiite irakienne. En 2017, il avait demandé leur dissolution et l’intégration de ses membres dans les forces de sécurité régulières. Leur président actuel est Falih Faisal Fahad Al-Fayyadh.

Ces dernières regroupées sous le terme générique de « Résistance islamique en Irak » (RII, « al-Muqāwamah al-Islāmīyah fī al-ʻIrāq ») se sont revendiquées comme faisant partie de l’« axe de la résistance » dirigé par Téhéran qui inclue également le Hezbollah libanais et les Houthis yéménites.

Un tournant a eu lieu en janvier 2020 après la neutralisation par les Américains du major-général Qassem Souleimani, le chef de la force Al-Qods des pasdarans et grand « ordonnateur » du « croissant chiite » et de l’ « Axe de la résistance ».

L’Iran a connu progressivement des revers en Syrie après l’effondrement du régime de Bachar el-Assad, les FMP ont éclaté certaines milices intégrant les forces légalistes irakiennes, les autres se rangeant quasi-officiellement sous les ordres de Téhéran(1). Au Liban, la situation s’est aussi aggravée pour le Hezbollah(2).

L’Irak est alors devenu la dernière grande base d’influence de Téhéran au Proche-Orient, les Houthis menant plus une guerre locale même s’ils s’en sont pris au trafic maritime en mer Rouge et dans le golfe d’Aden et s’ils ont tiré quelques missiles et drones vers Israël dans le cadre de la guerre à Gaza qui a suivi les massacres du 7 octobre 2023.

L’Irak constitue un terrain propice car cet État géré par un gouvernement de transition vacillant est soumis à de grandes pressions socio-économiques et à une fragilité interne. De plus, sa population est à 65% chiite.

En théorie, le gouvernement central de Bagdad est censé contrôler et encadrer les FMP mais ses différents groupes et milices sont profondément ancrés dans les institutions politiques et sécuritaires de l’Irak et souvent mieux armées que les forces étatiques.

Les groupes de la « Résistance islamique en Irak » RII

Pendant la guerre d’Irak (2003-2011), le Kataëb Hezbollah (KH) affronte les forces de la coalition emmenée par les États-Unis et les groupes insurgés sunnites. En 2014, intégré aux Hachd al-Chaabi (FMP), il intervient dans aux côtés des forces gouvernementales pour contrer Daech.

Mais à partir de 2019, il engage une série d’attaques de missiles et de drones contre des bases américaines en Irak, en Syrie et en Jordanie. Il serait fort de 2.000/3.000 combattants.

Son chef actuel, Abou Fadak al-Muhammadawi, est le chef d’état-major des FMP.

L’Organisation Badr fondée en 1982 est considérée depuis l’invasion de l’Irak par les Américains en 2003 comme faisant partie de la force Al-Qods des pasdarans iraniens.

En 2014, elle était la force la plus puissante des Hachd al-Chaabi avec environ 20.000 activistes. Elle est dirigée par Hadi al-Amiri qui a prêté allégeance au nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei.

Le Asaib Ahl al Haq (AAH), aussi connu sous le nom de Kataib Sarkhat al-Quds est une organisation dirigée par Qays al Khazali. Elle est un élément clé des Forces de mobilisation populaire (FMP). Elle opère à la fois comme groupe paramilitaire et comme acteur politique représenté au Parlement.

Le Harakat Hezbollah al Nujaba (HHN), dirigée par Akram al Kaabi, est une autre faction intégrée au réseau régional de groupes armés iraniens. Elle a déjà mené des opérations en Syrie et coordonne ses actions avec le Hezbollah libanais.

Le Harakat Ansar Allah al Awfiya (HAAA), dirigée par Haydar Muzhir Malak al Saidi, a été désignée comme organisation terroriste étrangère (OTE) en septembre 2025.

Le Asaib Ahl al Haq (AAH) a lancé une campagne intitulée « Fidèle à la promesse », entièrement axée sur la collecte d’argent liquide (voir plus après.). On compte aussi entre 50 et 60 groupes et groupuscules répertoriés.

Les opérations des RII

Les attaques d’installations militaires occidentales en Irak par des formations labélisées « RII » n’est pas chose nouvelle. Depuis longtemps, l’Iran utilise ses affidés pour atteindre un objectif précis : contraindre les États-Unis à se retirer d’Irak.

Les attaques des proxies iraniens se concentrent particulièrement dans le nord de l’Irak, où se trouve la région autonome du Kurdistan, qui agit en grande partie indépendamment de Bagdad. Les forces kurdes iraniennes qui y sont réfugiées ont été envisagées au début de l’attaque américaine de 2026 pour participer à la chute du régime des mollahs, mais cela ne s’est pas fait d’autant que Téhéran a pris les devants en s’en prenant à leurs bases et à leurs alliés(3).

Une discrète collecte de fonds

Plus discrètement, les milices irakiennes des FMP se livrent à des collectes de fonds baptisées « Fidèle à la promesse » présentées comme un « devoir religieux et un acte de solidarité en temps de guerre » et à des « campagnes humanitaires » destinés à alimenter l’effort de guerre iranien.

Il est formellement interdit aux donateurs de fournir une aide en nature ; ils doivent remettre les fonds à des représentants désignés, dont les coordonnées sont diffusées dans 16 des 19 gouvernorats irakiens. Ce système achemine l’argent par des intermédiaires informels, court-circuitant ainsi les banques et les systèmes de transfert d’argent agréés.

Ainsi, la plupart de ces initiatives échappent aux contrôles financiers de Bagdad tout en véhiculant un discours ouvertement guerrier : « transformer l’argent en force de frappe. » ; l’argent récolté « servira à financer des missiles pour attaquer l’entité sioniste » ; les dons récoltés « deviendront des missiles iraniens destinés à cibler les États arabes du Golfe, y compris les bases américaines dans la région » etc.

Les comptes de réseaux sociaux affiliés à Asaib Ahl al Haq (AAH) mettent également en avant les activités internationales de la campagne « humanitaire. » Par exemple, des images montrent des volontaires d’AAH distribuant de l’aide aux civils à Ispahan, en Iran, dans le cadre d’une initiative plus large « de soutien à la République islamique » incluant notamment une aide alimentaire aux populations locales.

Le Harakat Hezbollah al Nujaba (HHN) a lancé une initiative parallèle avec pour slogan : « depuis l’Irak, nous n’abandonnerons pas le Liban – d’une main résiste… et d’autre part, nous apportons notre aide.» Des images en provenance du Liban montrent des cargaisons d’aide déchargées aux côtés de drapeaux du Hezbollah libanais…

En résumé, les mouvements islamiques irakiens proches de Téhéran (estampillés « RII ») harcèlent des forces occidentales installées en Irak et un peu en Syrie voire en Jordanie. De plus, ils constituent sont une source de financements du régime des mollahs et de ses affidés. Du temps du communisme international, cela s’appelait l’« impôt révolutionnaire » mais dans tous les cas, ce n’est qu’un simple racket criminel appelé par la mafia sicilienne « Pizzo ».

1. Voir : « Irak – Les milices chiites se divisent » du 5 mai 2020.

2. Voir : « IRAN ISRAËL : vers la chute du régime iranien ? » du 10 juin 2025.

3. Voir : « Les Kurdes vont-ils se lancer dans la guerre contre l’Iran ? » du 4 mars 2026.