Nemesio Oseguera Cervantes alias « El Mencho » est mort des suites de ses blessures le 22 février 2026 à Tapalpa dans l'État de Jalisco.

Il est décédé suite à une opération militaire appuyée par la Garde nationale et des hommes du bureau du Procureur général. Elle a été déclenchée après qu’« El Mencho » ait été logé avec l’aide des services de renseignement nord-américains via la « Joint Interagency Task Force-Counter Cartel », une cellule inter-agences créée en 2025 pour lutter contre les cartels le long de la frontière américano-mexicaine.

Au total, sept membres du cartel sont décédés et trois soldats ont été blessés. Deux membres du CJNG ont été arrêtés et diverses armes ont été saisies, notamment des véhicules blindés.

« El Mencho » était le fondateur et le dirigeant du Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), l’organisation criminelle la plus puissante du Mexique et désignée par la Drug Enforcement Administration (DEA) nord-américaine comme l’une des cinq premières organisations criminelles transnationales (OCT) de la planète avec la ‘Ndrangheta (avec laquelle le CJNG entretient des relations privilégiées)(1), la Camorra, les yakusas japonais de Yamaguchi Gumi et la mafia moscovite Solnseskaya Bratva (2).

Selon la même source, le CJNG est présent dans moins de 21 des 32 États du Mexique et ses activités s’étendent à l’étranger dans une quarantaine de pays sur tous les continents.

À noter que comme cinq de ses homologues mexicains, le CJNG est désigné comme « mouvement terroriste » par les États-Unis depuis le début 2025(3).

Cette opération qui a décapité le CJNG constitue un succès très important pour les forces de sécurité mexicaines et pour sa présidente Claudia Sheinbaum qui est sous pression du gouvernement américain qui exige des « résultats »(4). Il faut dire que, malgré sa notoriété, ce criminel était particulièrement fluide et avait déjà échappé à une vingtaine de tentatives d’arrestation.

Mais c’est loin d’être le premier succès remporté par les autorités mexicaines. Elles sont déjà parvenues à arrêter définitivement Joaquín « El Chapo » Guzmán, leader du cartel de Sinaloa et à l’extrader aux États-Unis en 2017 où il purge une condamnation à vie dans le pénitencier d’ASX Florence, surnommée l’« Alcatraz des Rocheuses ».

Représailles

À la suite de cette opération, des membres présumés de groupes criminels ont incendié des bus, bloqué des routes et affronté les autorités.

D’après le Cabinet de sécurité, le jour de l’opération, 252 barrages routiers ont été recensés dans 20 États mexicains. Ils ont été progressivement dégagés force restant à la loi…

L’État de Jalisco a enregistré le nombre le plus élevé de barrages : 65. À Guadalajara, capitale de cet État et ville hôte de quatre matchs de la Coupe du monde de football de juin/juillet 2026, des tirs ont été entendus et l’agglomération s’est retrouvée paralysée après un appel au confinement lancé par les autorités. À Puerto Vallarta, station balnéaire du Pacifique, des panaches de fumée ont été observés au-dessus d’hôtels en bord de mer et des scènes de panique ont été rapportées de l’aéroport international de Guadalajara. Des compagnies aériennes nord-américaines ont annulé des dizaines de vols vers plusieurs villes mexicaines.

Selon les autorités, au cours des affrontements qui ont suivi l’opération militaire, 25 membres de la garde nationale, ainsi qu’un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet ont été tués ainsi que 46 membres du cartel.

Le secrétaire à la Défense, Ricardo Trevilla, a indiqué que 2.500 militaires supplémentaires avaient été envoyés dans l’ouest du Mexique lundi, le gouvernement affirmant qu’environ 9.500 soldats avaient été déployés depuis dimanche.

Qui était Nemesio Oseguera Cervantes alias « El Mencho » ?

Nemesio Oseguera Cervantes alias « El Mencho » né le 17 juillet 1966 à Aguilila dans l’État de Michoacán, a émigré en Californie aux États-Unis en 1986 où il s’est marié. Il s’est initié au trafic de drogues dans le gang de son beau frère Abigael González Valencia alias « El Cuini ». Arrêté, il a purgé une peine de prion de trois ans puis, après son extradition définitive en 1992, il est revenu dans l’ouest du Mexique où il a rejoint le cartel du millénaire (Cártel del Milenio) où il avait servi comme gardien de plantations de pavot et de coca avant son départ pour les USA. Hasard, le gang d’« El Cuini » était en relations d’affaires avec ce cartel.

Avec son éclatement et son intégration d’éléments résiduels dans le cartel de Sinaloa, « El Mencho » a développé son propre groupe armé, le « Mata Zetas » qu’il a créé en 2009 qui a rapidement pris le nom de Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) absorbant au passage le Cartel de Tijuana des frère Arellano Felix.

Dès ses premières années, le CJNG a privilégié une expansion par la violence, une forte propagande et un contrôle territorial serré.

Entre 2011 et 2014, il est passé d’une simple scission régionale pour conquérir les principales routes d’accès au Pacifique et du Bajío (États de Guanajuato, Querétaro, d’Aguascalientes et de Jalisco.)

Sa méthode était la militarisation de ses troupes avec des véhicules blindés artisanalement, des drones, des cellules très mobiles et l’utilisation intensive d’armes de guerre.

L’organisation a également développé une structure financière et logistique qui lui a permis de diversifier les entreprises illicites.

Mais la véritable nouveauté apportée par « El Mencho » a été de délaisser en partie le traditionnel trafic de cocaïne pour développer les drogues synthétiques : méthamphétamine et fentanyl.

Le CJNG a renforcé les importations de précurseurs d’Asie en utilisant les ports du Pacifique mexicain comme points d’entrée dont celui de Manzanillo qui est devenu un véritable hub stratégique.

De là, l’organisation a emmené ces substances vers des laboratoires implantés dans les zones montagneuses. Le produit fini était ensuite acheminé vers la frontière nord pour passer aux États-Unis.

Au fil du temps, les petits laboratoires dispersés ont été remplacés par des complexes souterrains capables de produire des tonnes de drogue synthétique.

Cela lui a permis de devenir progressivement le principal fournisseur du marché américain.

Il a été pour beaucoup dans le succès du fentanyl qui offrait des marges bénéficiaires bien plus importantes parce que de petites quantités généraient d’énormes profits et facilitaient sa contrebande puis sa distribution.

La pression des criminels sur les autorités municipales a aussi été un facteur déterminant du succès de ce cartel. Des enquêtes fédérales ont indiqué que le CJNG avait pénétré des mairies et des polices locales dans plusieurs régions de Jalisco et des États voisins.

Pour ce faire, les sicarios utilisaient des moyens classiques et archi-connus : les menaces et la corruption (« plata o plomo », de l’argent ou du plomb.)

La puissance du jeune cartel a été démontrée le 1er mai 2015 lors d’une opération fédérale ayant lieu à Villa Purificación dans l’État de Jalisco pour capturer « El Mencho. » Les hommes de main du CJNG ont isolé plusieurs municipalités et même abattu un hélicoptère de l’armée de l’air mexicaine. « El Mencho » a réussi à s’échapper, ce qui a consolidé sa réputation à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Rien ne lui faisait peur. Le 26 juin 2020, une embuscade a ciblé sur son ordre le chef de la police de Mexico, Omar García Harfuch, (devenu secrétaire fédéral à la Sécurité publique.) Une trentaine de sicarios avait ouvert le feu sur son convoi dans le quartier de Lomas de Chapultepec en plein cœur de Mexico. Omar García Harfuch a été atteint à trois reprises mais a survécu. Trois personnes ont été tuées dont deux membres de son escorte et une passante.

Contrairement à d’autres leaders criminels mexicains, « El Mencho » a maintenu un profil bas pendant des années, laissant les porte-paroles communiquer pour lui. D’ailleurs, il n’existe que très peu de photos de lui.

Cette discrétion lui a permis de rester en liberté pendant plus d’une décennie bien qu’il fût l’un des hommes les plus recherchés par le Mexique et les États-Unis avec, pour finir, quinze millions de dollars sur sa tête.

La guerre des cartels au Mexique

C’est une véritable guerre asymétrique qui se déroule au Mexique. Selon les chiffres officiels, les violences liées aux cartels ont déjà fait depuis 2006 plus de 450.000 morts et plus de 100.000 disparus.

Avec le Brésil, le Mexique est un des seuls pays au monde où le crime organisé s’attaque directement aux autorités étatiques. Ailleurs, les OCT préfèrent vivre aux crochets de l’État – un peu comme des sangsues – sans agresser directement la « vache à lait. » Elle ne veulent pas le pouvoir mais la liberté de mener leurs affaires tranquillement et, si possible, la possibilité d’investir la société civile.

L’avenir immédiat du CJNG dépendra de sa capacité de recomposition en interne.

« El Mencho » qui contrôlait tout directement n’a pas de successeur désigné, les membres les plus proches de sa famille (dont son fils, « El Menchito ») étant incarcérés aux États-Unis. Avec sa disparition, il est possible que les guerres internes s’accentuent. Le principal ennemi du CJNG, le Cartel de Sinaloa et d’autres OCT(5), pourrait tenter de reprendre le terrain perdu au Mexique et à l’étranger.

Voir : « Liens entre la ‘Ndrangheta et le Cartel de Jalisco Nouvelle génération » du 28 avril 2023.

Voir : « Le crime organisé est présent partout. » du 22 janvier 2024.

Voir : « Donald Trump signe un décret classant les cartes de la drogue comme organisations terroristes » du 24 janvier 2024.

Voir : « Mexique : élections et cartels de la drogue » du 19 avril 2024

Voir : « Le point sur les cartels mexicains » du 19 juillet 2021.