Les Groupes armés terroristes (GAT) comme sont appelés pudiquement les mouvements salafistes-jihadistes redoublent d’ardeur au Sahel après le départ contraint des forces françaises et celui en cours des Américains. Ce sont les putschistes du Mali, du Burkina Faso, du Niger qui ont dénoncé les accords militaires conclus par leurs prédécesseurs.

Ainsi, en mai 2024, la coalition formée le 1er mars 2017 entre Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) au Sahel, la katiba Macina et de la katiba Al-Mourabitoune, « Jama’at Nusrat al Islam wa al Muslimeen – JNIM – » (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans  – GSIM -) a augmenté le nombre de ses attaques dans l’est du Burkina Faso et le long de la frontière burkinabé-nigérienne permettant à ces GAT d’augmenter ses zones d’influence.

En mai, le JNIM a effectué au moins trois opérations engageant une centaine d’activistes dans l’est du Burkina Faso et le long de la frontière nigérienne. Cela équivaut au nombre total d’attaques du même type effectuées par ce mouvement au cours des quatre premiers mois de l’année 2024.

Les deux attaques les plus importantes ont pris pour cible un poste de gendarmerie et d’auxiliaires civils au Burkina Faso le 5 mai puis une base de l’armée nigérienne le 29 mai. Chacune a fait une cinquantaine de victimes. Un matériel important a été capturé par les rebelles.

Cette insécurité pousse des populations civiles à fuir les villages et les forces militaires à abandonner les bases ciblées permettant au JNIM de combler les vides.

Le groupe avait lancé une autre action d’importance le 31 mars qui a submergé une base burkinabé à Tawori dans l’est du pays tuant 73 soldats, « volontaire pour la défense de la Patrie »  (des auxiliaires) et des civils désarmés.

En réaction, les forces burkinabées sont suspectées avoir massacré des centaines de civils qu’elle soupçonnent de « collaboration » avec les salafistes-jihadistes.

Dans l’avenir, le JNIM va vraisemblablement mener d’autres opérations d’envergure contre les forces de sécurité burkinabées et nigériennes isolées qui entraveront les communications entre les centres urbains dont certains seront déjà assiégés.

De plus, les zones conquises par le JNIM de part et d’autre de la frontière burkinabée-nigérienne vont permettre au GTA de s’implanter de manière durable dans le sud-ouest Niger.

Le mouvement concurrent, l’État islamique au Grand Sahara – EIGS – qui a été adoubé en 2015 par Daech et qui est devenu officiellement la « province État islamique au Sahel » en 2020 (Islamic State – Sahil Province – ISSP -) en fusionnant avec l’État Islamique pour l’Afrique de l’Ouest est lui principalement actif au sud-ouest du Niger dans la région de Tillabéri, au sud-est du Mali, dans la région de Ménaka et au nord du Burkina Faso, dans les régions de Soum et d’Oudalan.

Au Niger l’ISSP a considérablement augmenté ses activités depuis juillet 2023 profitant de l’absence de forces de sécurité. La puissance croissante du groupe au Niger et au-delà de la frontière au Mali lui a permis de s’imposer comme un mouvement pivot y compris pour les combattants étrangers et la propagande.

Depuis le retrait de la France en 2022 du Mali, les GAT ont considérablement accru leur liberté de mouvement leur permettant de recruter de nouveaux adeptes et d’accroître leurs opérations contre les forces de sécurité locales. Couvrant plus de populations, ils prélèvent plus d’« impôts » (Zakat) augmentant d’autant leurs recettes financières.

Les nouveaux dirigeants dans ces pays d’Afrique comptent beaucoup sur la Russie pour remplacer les Occidentaux. Elle est effectivement présente en particulier via l’« Africa Corps », société militaire privée héritière du Groupe Wagner (qui curieusement n’a pas visiblement disparu du terrain, particulièrement au Mali)  mais placée sous la direction du ministère de la défense.

Les délégations officielles russes se succèdent sur le continent africain toujours avec des accents antioccidentaux en général et anti-français en particulier. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a terminé le 5 mai une tournée expresse qui l’a conduit en Guinée, au Congo, au Burkina Faso puis au Tchad.

Selon les déclarations de la presse moscovite « ces pays ont déclaré vouloir renforcer leur « coopération » avec la Russie, sur les plans économique et commercial mais aussi militaire, pour y « détruire les poches de terrorisme. »

Mais les moyens russes n’ont pas l’importance numérique et matérielle nécessaire pour répondre aux besoins de la guerre antiterroriste. En réalité, les « conseillers » russes (et employés par Moscou) ne font que protéger les nouveaux régimes (le Tchad fait exception) dont la préoccupation première est leur survie.

La problématique jihadiste réside dans le fait que bénéficiant de zones refuge importantes au Sahel, des groupes ne puissent contaminer de plus en plus des pays voisins et pousser vers le Golfe de Guinée.

Ainsi le 4 juin,  des combattants du JNIM ont massacré sept militaires béninois près de Tanguiéta dans le parc de la Pendjari et ont emporté leurs motos, armes et équipements. Cet incident représente la plus lourde perte subie par l’armée béninoise depuis qu’elle s’est engagée dans la lutte anti-terroriste en 2019. Cette zone est devenue un sanctuaire pour des groupes armés en raison de son isolement et de sa couverture forestière et montagneuse.

 

Publié le

Texte

ALaIN RODIER