La justice américaine a dévoilé jeudi une enquête criminelle au cœur de groupes criminels et de rébellions asiatiques avec l’arrestation à New York d’un chef yakuza japonais et de trois complices thaïlandais. L’acte d’accusation pointe des trafics de drogues et d’armes entre les États-Unis, l’Europe et l’Asie. Cette traque a duré plus de trois ans et a engagé des services de police de nombreux pays : États-Unis, Thaïlande, Japon, Danemark, etc. .

Selon la justice américaine, le 3 février 2021, le Japonais, yakusa de son état, Takeshi Ebisawa et un de ses complices, Somphop Singhasiri, se sont rendus à Copenhague au Danemark pour y acquérir auprès d’agents de la DEA et de policiers danois – infiltrés et sous couverture – des armes américaines. Ils se sont fait montrer des photos et vidéos des armements qui théoriquement avaient été volées dans deux dépôts en Afghanistan. À cette occasion, Ebisawa s’est fait photographier avec un lance-roquette anti-chars.

Les complices d’Ebisawa sont les Thaïlandais Somphop Singhasiri, 58 ans, Sompak Rukrasaranee, 55 ans, officier à la retraite et le général de l’armée de l’air Suksan « Bobby » Jullanan (qui possède aussi la nationalité américaine), 53 ans. Les quatre hommes sont poursuivis pour trafic d’héroïne, de méthamphétamines et d’armes de guerre, ainsi que pour blanchiment d’argent.
Les trois Thaïlandais étaient, depuis 2019, dans le viseur d’une enquête menée par la DEA en Thaïlande. D’après les premiers éléments révélés par la justice américaine, ils vendaient de grosses quantités de drogues acquises auprès de la rébellion birmane (Myanmar) « Armée unie de l’État Wa (UWSA) » forte de 30.000 hommes.

Avec cet argent, Takeshi Ebisawa cherchait à acheter des armes automatiques, des lance-roquettes (comme le M-72 sur la photo), des mitrailleuses M-60 calibre 7,62x51mm OTAN, des fusils d’assaut de type AR-15 en 5;56 mm et des AK-47 en 7,62X39 mm et même des missiles sol-air FIM-92 « Stinger » au profit de groupes insurrectionnels ou/et séparatistes dont l’UWSA, l’Union nationale karen (KNU), les Armées de l’État Shan (Nord et Sud) au Myanmar et, plus surprenant, pour les rebelles tamouls du Sri Lanka (Tigres de libération de l’Eelam tamoul, LTTE)(1) dont il aurait connu un des leaders durant de longues années.

Même si, en dehors de l’UWSA, ces mouvements ne font plus parler d’eux qu’épisodiquement car ils ont perdu beaucoup de leur influence voire ont été vaincus comme le LTTE, ces demandes d’acquisitions d’armes demeurent inquiétantes dans la mesure où elles signifient que des troubles armés pourraient subvenir dans les temps à venir. Il est vrai que la situation politico-économique est actuellement très tendue au Sri Lanka et au Myanmar (après le coup d’État de février 2021).

Plus généralement, il sera bon d’enquêter sur le rôle actuel des organisations criminelles transnationales dans la recomposition que connaît aujourd’hui le monde suite à l’invasion de l’Ukraine. Elles ont toujours su s’adapter aux situations de crise pour en tirer de juteux bénéfices.

1. Vaincu en 2009 ses principaux leaders ayant été tués et le nord du pays récupéré par les autorités de Colombo.

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Texte

Alain Rodier

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