Au milieu du Proche-Orient, la Jordanie semblait être presque le seul pays arabe stable malgré les immenses problèmes auxquels ce petit royaume de dix millions d’habitants est confronté : les masses de réfugiés palestiniens puis depuis 2012 syriens, la proximité de zones de guerre, la crise due à la Covid-19, etc.

Or, l’annonce de l’arrestation d’une quinzaine de personnalités le 3 avril et de l’assignation à résidence du demi-frère du roi pour préserver la « sécurité et la stabilité » du pays a résonné comme un coup de tonnerre.

Le prince Hamzah bin Hussein, benjamin du feu roi Hussein et de sa dernière épouse d’origine américaine, la reine Noor(1), connu pour son opposition au pouvoir en place à Amman a été prié de rester dans son palace d’al-Salaam dans la banlieue d’Amman le temps du déroulement d’une enquête sur un complot visant à destituer le roi Abdallah II.

Ce dernier est monté sur le trône à la mort de son père en 1999. Le prince Hamzah est diplômé de l’Université britannique d’Harrow, de l’Académie militaire royale de Sandhurst et de l’université américaine de Harvard. Il était « prince héritier » de Jordanie devant remplacer Abdallah II si ce dernier venait à disparaître. Il avait été destitué de ce titre en 2004 au profit de Hussein, le fils aîné du roi (qui n’a obtenu ce titre qu’en 2009 à l’âge de 15 ans). Depuis, Hamza en voulait terriblement à son demi-frère l’accusant à demi-mots de corruption, népotisme et d’incompétence.

Parmi les personnalités arrêtées se trouvent Sharif Hassan bin Zaid qui est un cousin du roi et qui fut diplomate en Arabie saoudite et surtout Bassem Awadullah, ancien ministre des Finances et du Plan. Il est controversé en Jordanie car, après avoir été chef du cabinet et de la cour royale, il a démissionné de son poste en 2008 accusé par certains politiciens et journalistes de s’ingérer dans les plans de privatisation du pays. Selon le vice-Premier ministre jordanien, Bassem Adwallah était en lien avec « des parties extérieures […] pour mettre en oeuvre des plans maléfiques visant à ébranler la stabilité de la Jordanie ». Il a ensuite représenté le Royaume en Arabie saoudite (ces deux personnalité possèdent la double nationalité jordano-saoudienne). Il avait été rappelé en 2018 car, pour Abdallah II, il était devenu trop proche de Mohammed Ben Salmane (MBS).

Une exfiltration par avion du Prince Hamza, de son épouse Basmah Bani Ahmad (la seconde) et de leurs enfants aurait été préparée par Roy Shaposhnik qui serait, selon la rumeur, un ancien du Mossad. L’intéressé dément totalement cette allégation mais il ne nie pas son implication dans l’organisation d’un vol d’exfiltration qu’il aurait proposé à l’épouse du prince. Après avoir quitté Tsahal avec le grade de capitaine, il a fondé depuis Londres plusieurs compagnies de logistique dont la plus connue est la RS Logistical Solutions qui était active en Jordanie… Depuis 2017, il avait rejoint en tant que « conseiller stratégique » le Groupe Constellis, une Société militaire privée (SMP) américaine qui a des liens avec Academi d’Erik Prince.

Il est possible que le « complot » et l’exfiltration proposée par Shaposhnik ne soient pas directement liés. Il n’empêche que c’est son appel à l’épouse du prince Hamza qui a confirmé la suspicion de trahison d’Hamzah par son demi-frère qui l’avait fait placer sous surveillance depuis longtemps.
Est-ce une bévue ou une savante manœuvre pour protéger le régime d’Abdallah II qui est de plus en plus contesté au sein de la population ?

Les réactions internationales
La communauté internationale dans son ensemble soutient le roi Abdallah II (2): les États-Unis, Israël, le Maroc, l’Irak, l’Égypte, le Bahreïn, le Koweït, Oman, les Émirats Arabes Unis (EAU), l’Arabie saoudite. Même l’Autorité palestinienne a soutenu le régime jordanien…

Riyad va même loin dans sa déclaration apportant « son appui total au royaume hachémite de Jordanie […] et aux décisions et mesures prises par le roi Abdallah II et le prince héritier Hussein pour sauvegarder la sécurité et la stabilité ». En effet, certains ont tourné leurs soupçons vers MBS qui n’a pas hésité jusque là à interférer dans la politique intérieure des pays de la région (Yémen, Qatar, Liban, etc.).

L’État hébreu qui a signé un accord de paix avec la Jordanie en 1994 considère que la stabilité dans le royaume est vitale pour lui.

Point d’appui pour les Américains dans la région et fidèle allié dans la lutte contre le terrorisme d’origine salafiste-jihadiste, les relations entre Amman et Washington avaient connu un rafraîchissement après les initiatives prises par l’administration Trump concernant le sort réservé aux Palestiniens dans le cadre des accords de paix (dits « accord d’Abraham ») conclus en 2020 entre Israël et les EAU et le Bahreïn. Mais la brouille ne pouvait durer longtemps car la Jordanie dépend totalement de l’aide financière internationale en général mais surtout de celle des Américains.

L’Iran a condamné toute tentative de déstabilisation du régime hachémite et désignant sans surprise le pays qui serait derrière ce complot, Israël !

1. Le roi Hussein a eu quatre épouses.
2. Certains pays se taisent en attendant de voir la suite des événements.

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Alain Rodier

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