Le 26 mars 2021, trois sous-marins russes ont fait simultanément surface à travers la banquise du pôle Nord en brisant une épaisseur d’1,5 mètre de glace lors de l’exercice arctique "Umka-2021" qui a débuté le 20 mars.

Les spécialistes ont identifié deux submersibles 667BDRM Delfin. Il est possible que le troisième soit un sous-marin de classe 955 Borei II dont le seul exemplaire actuellement en service à la mer est le Knyaz Vladimir (Prince Vladimir). Six autres exemplaires de même facture devraient être lancés d’ici 2027 remplaçant peu à peu les Delfin.
Ces derniers qui sont aptes à plonger jusqu’à 320 mètres peuvent être armés de 16 missiles R-29RMU Sineva armés de quatre ogives nucléaires.
Le Borei II qui peut plonger à une profondeur de 450 mètres emporte aussi 16 missiles RSM-56 Bulava qui sont équipés de 6 à 10 têtes nucléaires.
Ces deux types de sous-marins peuvent tirer en plongée leurs missiles depuis une profondeur maximum d’une cinquantaine de mètres, mais bien sûr pas sous la glace.
Il est vraisemblable que les trois bateaux n’étaient pas dotés d’armes nucléaire pour cet exercice qui relève de la guerre psychologique menée contre l’OTAN et plus particulièrement contre les Américains.

Deux intercepteurs MiG-31 Foxhound accompagnés d’un ravitailleur IL-78 ont survolé l’Arctique au même moment alors que des troupes au sol menaient des manoeuvres d’aguerrissement au combat par grand froid, la température atteignant les -25°/ -40° avec des vents dépassant les 100 kilomètres/heure. Le tout était filmé et tournait en boucle sur les différentes chaînes de télévision russes: une belle opération de propagande autant destinée à l’intérieur qu’à l’extérieur.
L’amiral Nikolai Yevmenov, le commandant de la Marine russe (voir photo) a rendu compte le jour même au président Vladimir Poutine du bon déroulement de ces manoeuvres qui avait un but militaire mais aussi scientifique engageant en particulier la Société géographique nationale russe.

Tous les sous-marins nucléaires lance engins naviguent sous la protection des glaces polaires car cela rend très difficile leur repérage. Sur un plan strictement tactique, ces bateaux sont destinés à délivrer une frappe de riposte après que leur pays d’origine ait été rayé de la carte – ou gravement atteint – par une agression adverse. Ils ont donc le temps qu’ils veulent (qui peut se compter en semaines ou même en mois) pour quitter leur position discrète sous la banquise pour se rendre sur un site de lancement favorable afin de délivrer l’apocalypse pour « venger » leur patrie de l’agression subie. C’est cela la dissuasion qui doit empêcher tout excès dans l’utilisation de la force militaire.

Si le fait de faire surface en brisant la glace est rare pour les sous-marins russes, les Américains le font au moins une fois par an lors des « Exercices glace » (ICEX).

Il est évident que l’Arctique est devenu une zone stratégique où s’opposent les Occidentaux, les Russes et, pour le moment dans une bien moindre mesure, les Chinois. Le réchauffement climatique et le recul des glaces a bouleversé la donne offrant de nouvelles opportunités économiques, particulièrement dans le domaine des prospections minières offshore mais aussi en ouvrant une nouvelle route maritime nordique. L’incident du canal de Suez neutralisé durant plus d’une semaine par l’incident du porte-containers Ever Given fait réfléchir de nombreux armateurs. Or, Rosatom met en oeuvre une flotte de brise-glaces à propulsion nucléaire qui sont pour le moment uniques.

Il est répété à satiété que le budget de la défense russe et dix fois inférieur à celui des Américains. Deux éléments sont toutefois à prendre en compte :
. les Américains veulent couvrir la planète entière alors que les Russes ne se soucient que de leurs zones d’intérêts ;
. les militaires et les matériels russes coûtent beaucoup moins cher que leurs homologues occidentaux.
Il n’empêche que le Kremlin a été obligé de faire des choix, par exemple en laissant pour le moment les porte-aéronefs de côté pour privilégier le développement de sa flotte sous-marine essentiellement chargée de la dissuasion nucléaire et de la défense des approches maritimes russes.

1. Voir article sur raids.fr du 15 juin 2020 : « La modernisation de la flotte sous-marine russe se poursuit ».

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Texte

Alain Rodier

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