Daech profite du vide laissé par la disparition du major général Qassem Soleimani, chef de la force Al-Qods des pasdarans et d’Abou Mahdi al-Muhandis, le responsable opérationnel des milices chiites irakiennes « Unités de Mobilisations Populaires » (UMP) tués le 3 janvier 2020 par un drone américain pour revenir sur le devant de la scène. En effet, les UMP sont désorganisées par des querelles de chefs de guerre locaux qui ne reconnaissent plus d’autorité centrale précédemment assurée par Muhandis « conseillé » par son ami Soleimani.

Les forces de sécurité légalistes, qu’elles soient irakiennes ou kurdes sont dans l’expectative de ce que va faire la nouvelle administration américaine, l’ex-président Donald Trump ayant clairement ordonné un début de retrait des troupes à la fin de son mandat. La menace du transfert de l’ambassade US de Bagdad à Erbil plane toujours. Pour en mesurer l’importance, les installations de l’ambassade américaine s’étendent sur 42 hectares (presque autant que la cité du Vatican).

Elles ont accueilli jusqu’à 12.000 employés en 2012. On peut se douter que tous n’ont pas eu des activités qui relèvent uniquement de la diplomatie… Toutefois, la base aérienne et les installations US d’Erbil ont fait l’objet d’un tir de plusieurs roquettes dans la nuit du 15 au 16 février tuant un contactor étranger et blessant cinq personnes dont un militaire américain. La milice chiite les « gardiens du sang » a revendiqué ce harcèlement.

Depuis la défaite militaire que ce mouvement salafiste-jihadiste a connu en 2017, les activistes s’étaient majoritairement repliés sur un triangle situé entre les governorats de Salahuddin, Diyala and Kirkuk et en particulier dans les monts Hamrin (c/f carte) difficiles à pénétrer et situés à la jonction des juridictions des forces fédérales irakiennes et du Gouvernement Régional du Kurdistan (GRK), les Peshmergas.

Mais depuis quelques mois, les jihadistes ont relancés des opérations offensives et terroristes dont le double attentat d’un marché populaire à Bagdad qui a causé la mort de 32 personnes le 21 janvier 2021. Bien sûr, Daech n’a pas regagné sa puissance de 2014 quand son « califat » contrôlait une partie de l’Irak et de la Syrie mais il est en train de recruter de nouveaux adeptes dont nombre de femmes. Ces dernières ont prouvé par le passé leur importance étant la colonne vertébrale du mouvement assurant une grande partie de l’intendance qui assurait la vie du proto-État islamique. Elles avaient parfois des missions opérationnelles de renseignement, de police et pouvaient même être transformées en kamikazes passant plus aisément les contrôles des forces de sécurité. Aujourd’hui des réseaux seraient en reconstitution à base de femmes assurant des caches, transportant des messages, de l’argent et des vivres entre différentes cellules clandestines.

Pour l’instant, personne ne semble plus contrôler grand chose en Irak. Au nord, les Turcs ont lancé une offensive contre le PKK qui, dans la panique, aurait assassiné treize prisonniers dont des officiers de renseignement du MIT détenus depuis août 2017. Le GRK qui s’était engagé à chasser le PKK du Kurdistan Irakien n’a rien fait car il n’en n’a pas les moyens. Les Iraniens aussi semblent désemparés car les milices chiites irakiennes qu’ils ont contribué à créer échappent à leur contrôle. Le pouvoir en place à Bagdad est partagé entre les revendications des populations chiites qui n’ont jamais vu d’amélioration dans leurs conditions de vie et le retour de Daech. La province d’Al-Anbar, creuset historique de la contestation sunnite, est au bord de l’insurrection…

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Alain Rodier

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