Le président nouvellement élu Joe Biden était attendu sur sa politique internationale tant il voulait représenter une « rupture » avec son prédécesseur Donald Trump. Les premiers signes laissent à penser que tout change pour ne rien changer. Les lobbies militaro-industriels et du renseignement américains sont toujours aux commandes. Il leur faut absolument des « ennemis redoutables » pour justifier leurs dépenses faramineuses. Cette façon de voir ne surprend aucun observateur averti sachant que les néoconservateurs sous l’influences des lobbies cités ci-avant sont présents dans les partis républicain et démocrate, et peut-être même plus encore dans ce dernier.

Dans un premier temps, entre de multiples décisions internes à usage purement américano-américain, Biden s’est « fâché » contre la Turquie jugée « incontrôlable » (ce qui n’est pas faux), la Russie (l’ »ennemi conventionnel » depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale) et les Émirats arabes unis (estimés trop entreprenants) en Libye exigeant le retrait immédiat de toutes les forces « étrangères » de Libye. Bien sûr, cela n’aura aucune conséquence sur le terrain mais cela aura permis à Joe Biden d’affirmer sa « détermination » surtout au moment où l’ONU devrait décider d’une nouvelle « gouvernance » à Tripoli.

Dans un deuxième temps, une grande publicité a été donnée au périple d’au moins deux B-52 Stratofortress à capacités nucléaires au dessus du Golfe persique. Ces appareils ont décollé de leur base de Barksdale située en Louisiane mercredi 27 janvier à peine une semaine après l’investiture officielle du nouveau président des États-Unis. Ils ont été successivement escortés par des appareils de l’US Air Force, des US Marines et saoudiens(1).

En dehors des côtés techniques et tactiques particulièrement remarquables, cette mission qualifiée de « défensive » (à des dizaines milliers de kilomètres des États-Unis mais il est vrai que la défense commence bien au-delà des frontières) médiatisée était destinée à “renforcer les relations alliées” et à démontrer la capacité américaine de “déployer une puissance aérienne partout dans le monde pour contrôler une agression potentielle”. Personne n’en doutait vraiment d’autant que l’armée américaine bénéficie d’une multitude de bases et de facilités sur le globe (le nombre qui reste secret tournerait autour du millier).

Même si l’Iran n’a pas été expressément mentionné, il est évident que cette manœuvre était destinée à montrer la continuité de la politique américaine vis-à-vis du régime des mollahs même si les présidents ont changé et que le ton adopté à la Maison-Blanche est plus mesuré.
Joe Biden a repris la devise de son prédécesseur Donald Trump « America first » à son compte mais avec une autre vision, les États-Unis sont pour lui « les leaders du monde libre ».

1. Bien qu’ayant jugé très sévèrement le conduite du Prince Mohamed Ben Salman durant sa campagne électorale, pour l’instant rien n’est venu contrecarrer les excellentes relations entretenues entre Washington et Riyad. en dehors de la suspension de livraison de « certaines armes » (ainsi qu’aux EAU) le temps d’ « examiner la situation ».

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Alain Rodier

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