L’attentat de Bagdad du 19 janvier 2020 confirme ce que tous les analystes savent : malgré la « victoire militaire » proclamée en Occident, Daech est toujours présent sur le front syro-irakien où il maintient la pression sur les populations de manière à qu’elles ne basculent pas du côté des autorités gouvernementales respectives. Concrètement cela empêche ces dernières de rebâtir leur pays et maintient une ambiance d’insurrection que les salafistes-jihadistes pensent favorable à leur retour sur le devant de la scène, et pourquoi pas, à la recréation d’un califat local, c’est-à-dire de nouvelles zones « libérées » qu’ils pourraient administrer comme entre 2014 et 2018.

La seule différence c’est que si les mouvements proches ou issus d’Al-Qaida « canal historique » ne sont vraiment présents que dans la province d’Idlib au Nord-ouest de la Syrie et un peu au Sud-ouest à proximité du plateau de Golan et de la frontière jordanienne, ceux se revendiquant de Daech sont massivement répartis sur le théâtre depuis l’Est d’Alep puis le long de l’Euphrate, dans la province syrienne d’Hassaké puis, en Irak, le long du Tigre jusqu’à Bagdad ainsi qu’au Kurdistan irakien. Les chiffres concernant les effectifs varient de 3.000 à 30.000 combattants pour Daech. Ce qui est certain, c’est que les recrues locales ne manquent pas. Par contre, le nombre de combattants étrangers serait moindre que par le passé étant données les mesures de sécurité adoptées par les différents pays pour en diminuer le flux.

À la différence de la région d’Idlib où l’on assiste à des affrontements militaires que l’on pourrait qualifier de « semi-classiques », partout ailleurs, les rebelles font appel à des opérations de type terroriste ou de guérilla de genre hit ans run visant majoritairement les civils et les administrations locales.

Les forces gouvernementales ne bénéficient pas d’assez de renseignements – d’origine humaine (1) et technique – pour localiser les activistes qui sont dilués sur le terrain. Elles n’ont pas assez de troupes (et d’aéronefs) pour mener une guerre de quadrillage et de commandos de chasse efficace.

L’attentat et ses suites

L’attentat visait un marché populaire de fripes Bab Charqi sur la place Tayaranà (aviation) à Bagdad a été perpétré par deux kamikazes désignés par Deach (qui a revendiqué l’opération 21 janvier) comme étant les « martyrs » Abou Yousef al Ansari (l’Irakien) et Mohammed Arif al Muhajir (Pakistanais). Selon une tactique éprouvée, une première explosion a été suivie d’une seconde quand la foule tentait de porter assistance aux blessés. Cette action coordonnée a fait au moins 32 morts et plus de cent blessés. Un attentat du même genre avait eu lieu au même endroit il y a trois ans causant la mort de 31 personnes.

Il intervient alors que les autorités préparent l’organisation d’élections législatives, une période habituellement accompagnée de violences en Irak. Le gouvernement avait promis une élection anticipée en juin mais il propose désormais de la reporter à octobre afin de donner plus de temps à la Commission électorale pour organiser ce scrutin.
En Irak, le problème se complique avec le fait que la communauté chiite est aussi divisée, même celle qui est proche de Téhéran (en particulier depuis la mort du major-général Qassem Soleimani qui était une figure unificatrice pour les Hachd al-Chaabi, les Unités de mobilisation populaires).

Le président Donald Trump avait entamé une politique de retrait des forces US allant à contre-courant de ce que préconisait le Pentagone. Les premières décisions de Joe Biden vont être à suivre avec attention pour savoir quel sera l’avenir de la région. Et il ne faut pas se faire trop d’espoirs, elle sera de toutes façons très difficiles.

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Alain Rodier

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