Un juge fédéral de New York a suivi la demande du gouvernement américain d’abandonner les charges qui pesaient sur le général de division Salvador Cienfuegos Zepeda (72 ans), l’ancien ministre de la Défense mexicaine de 2012 à 2018 durant le mandat du Président Enrique Peña Nieto. Le général avait été arrêté le 15 octobre à son arrivée à l’aéroport international de Los Angeles alors qu’il devait passer des vacances en famille (voir l’article du 19/10/2020 : Le général en retraite arrêté … ).
Il avait été transféré à New York pour y être jugé. Il était accusé d’avoir entretenu des liens avec l’ »extrêmement violent cartel H-2″, héritier de l’organisation mafieuse des frères Beltran Leyva elle-même fraction dissidente du cartel de Sinaloa pour les régions de Nayarit et de Jalisco. Ses propres activités de trafic de drogue et de blanchiment d’argent lui auraient valu d’être surnommé le « parrain » dans des messages échangés entre différents criminels. Lors de sa comparution devant le tribunal de New York, il avait plaidé « non coupable ».

Mais le président Andrés Manuel López Obrador qui n’avait pas été informé par Washington de l’enquête de la Drug Enforcement Administration (DEA) concernant Cienfuegos déclenchée en 2019, est intervenu énergiquement auprès de Donald Trump menaçant de revoir la coopération de ses services avec la DEA dans le domaine de la lutte contre la drogue.
Le Département de la justice américain est donc intervenu auprès du juge fédéral lui demandant à ce que l’enquête soit désormais menée par la justice mexicaine. Tous les éléments du dossier devraient lui être communiqués. Le bureau du procureur a reconnu que la coopération judiciaire avec les autorités mexicaines était plus importante que la poursuite de son ancien ministre de la défense. C’est un fait exceptionnel, car la justice est vraiment indépendante aux USA et que les raisons de politiques étrangères n’interfèrent généralement pas dans ses procédures. De nombreux pays l’ont appris à leurs dépens, dont la France, à plusieurs reprises.

Le général Cienfuegos est rentré au Mexique le 18 novembre par jet privé, mais a été laissé libre, car aucune procédure judiciaire n’a encore été déclenchée par la justice mexicaine à son encontre. Pour cette raison, aucun de ses biens n’ont été saisis, s’il le souhaite il peut même réintégrer le ministère de la Défense ou retourner aux États-Unis pour faire du tourisme.
Les raisons qui ont poussé le président actuel du Mexique à intervenir sont le fait de ne pas avoir été prévenu en amont – ce qu’il a considéré comme une insulte personnelle – mais surtout sur le poids des forces armées qui sont considérées comme le maillon central de la guerre contre les cartels de la drogue (1) étant considérées comme la moins corrompue des administrations… Le ministre des Affaires étrangères mexicain, Marcelo Luis Ebrard Casaubón, a déclaré que le retour du général au Mexique était une question de souveraineté nationale et de respect à l’égard du Mexique et de ses forces armées. Cela démontre que lorsqu’un pays a des arguments à faire valoir, il peut faire plier les États-Unis. Encore faut-il que ces derniers soient suffisamment intéressants pour Washington…

1. qui utilise la crise de la Covid-19 (100.000 morts officiellement annoncés le 20 novembre) pour faire de nouveaux profits dans le domaine médical (et de la contrefaçon) et qui renforcent leur popularité en se livrant à de l’aide sociale auprès des masses miséreuses.

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Alain Rodier

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