Depuis 2019, la région de Tigré au nord de l’Éthiopie (dite la « Région 1 » des 9 régions que compte ce pays fort de 101 millions d’âmes) était en conflit larvé avec le pouvoir central d’Addis-Abeba. La situation s’est aggravée le 9 septembre 2020 avec la tenue d’une élection dans cette province malgré l’interdiction promulguée par Addis-Abeba en raison de la Covid-19 (le vote avait été annulé dans toutes les autres régions). Le 3 novembre, des forces locales se seraient emparées de la base militaire – une des plus importante du pays – située dans la capitale du Tigré, Mekele. À cette occasion, des militaires seraient passés du côté des insurgés. L’immeuble du commandement régional militaire à Mekele aurait aussi été investi.

Le 4 novembre, le Premier ministre Abiy Ahmed (prix Nobel de la paix 2019 pour avoir résolu le conflit de 50 ans entre l’Éthiopie et l’Érythrée) a proclamé l’état d’urgence pour une durée de six mois et ordonné à l’armée à se préparer à lancer une contre-offensive vers le nord pour rétablir la souveraineté du gouvernement sur cette région jugée sécessionniste.

Il faut dire que l’ethnie tigréenne avait obtenu une place prépondérante dans le parti au pouvoir depuis le début des années 1990 (le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, FDRPE) via sa branche du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) or, le 21 novembre 2019, le FDRPE s’était profondément réorganisé en Parti de la prospérité (PP), réforme qui avait été catégoriquement rejetée par le FLPT de Debretsion Gebremichael qui préside la région du Tigré. Il y voyait, à juste titre, la perte d’influence de la cause tigréenne.

La communauté internationale appelle au retour au calme mais l’affaire peut dégénérer en guerre civile, la région du Tigré entretenant des forces paramilitaires bien entraînées et des milices locales dont les effectifs pourraient atteindre les 250.000 hommes (pour une population de 5,3 millions d’habitants). L’armée régulière qui compterait quelques 180.000 membres, est aussi aguerrie par des années d’affrontements contre des milices oromos puis par sa participation depuis 2006 à la lutte contre les Shebabs en Somalie voisine.

Les communications sont actuellement coupées avec le Tigré et les organisations humanitaires qui gèrent de nombreux camps de réfugiés situés à la frontière avec l’Érythrée sont dans l’incapacité de poursuivre leurs activités humanitaires.

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Alain Rodier

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