Tout a commencé le 14 octobre avec l’échange de deux ressortissants américains, Sandra Loli et Mikael Gidada, détenus par les rebelles yéménites houthis, et de la dépouille de Bilal Fateen, un troisième Américain, contre environ 240 membres de la rébellion retenus à Oman.
La détention de ces Américains n’avait pas été rendue publique officiellement. La femme, Sandra Loli, s’était rendue au Yémen pour travailler dans l’humanitaire avant d’être retenue en otage pendant seize mois. Un homme d’affaire US, Mikael Gidada, y était détenu depuis environ un an. Aucune information n’a encore circulé du Bilal Fateen et les conditions de son décès.
Les 240 Houthis étaient bloqués à Oman depuis deux ans. Ces personnes s’y étaient rendues pour s’y faire soigner mais elles avaient été retenues sur place dans le cadre des négociations organisées par l’ONU en 2018 en Suède. Elles ont été rapatriées sur Sanaa à bord de deux avions omanais.
La Maison-Blanche a remercié les monarques d’Oman et d’Arabie saoudite « pour leurs efforts afin de permettre la libération de ces Américains ».

Le jeudi 15 octobre, le plus vaste échange de prisonniers (1.081 personnes) depuis le début du conflit au Yémen (en 2014) a débuté. Les opérations devraient durer au moins deux jours. Il a été négocié discrètement par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Martin Griffiths, l’émissaire de l’ONU (organisation qui a parrainé les accords de Suède puis de Suisse) au Yémen a déclaré à cette occasion : »Je me félicite du début de la libération des prisonniers convenue par les parties en septembre en Suisse conformément aux engagements pris à Stockholm […] J’espère que les parties se réuniront bientôt sous les auspices de l’ONU pour discuter de la libération de tous les prisonniers et détenus liés au conflit… ».
Cet accord de septembre est un progrès dans le processus politique en vue d’un règlement du conflit au Yémen où s’affrontent le gouvernement légal du président Abd Rabbo Mansour Hadi appuyé par une coalition militaire emmenée par l’Arabie saoudite, les Houthis soutenus par l’Iran, les rebelles sudistes épaulés par les Émirats Arabes Unis (EAU), Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) et Daech. Cette guerre aux multiples facettes a fait des dizaines de milliers de morts et entraîné ce que l’ONU a qualifié de « pire crise humanitaire dans le monde ».
Lors de négociations de paix en Suède en 2018, le gouvernement et les rebelles étaient tombés d’accord pour échanger 15.000 prisonniers. Depuis, des échanges en petits nombres avaient lieu de manière sporadique.
L’accord négocié en Suisse porte sur la libération de 681 rebelles et de 400 membres des forces gouvernementales (et alliées).
Jeudi, le responsable des opérations houthi, Abdel Kader al-Mortadha, a déclaré que plusieurs vols étaient partis de la capitale yéménite contrôlée par les Houthis (Sanaa), de la ville de Seyoun (sud-est) contrôlée par le gouvernement légal et de la ville saoudienne d’Abha. Le processus doit se poursuivre aujourd’hui.

À quelques jours de l’élection présidentielle aux USA, la Maison-Blanche a mis en avant le bilan de Donald Trump, le président en exercice, concernant le rapatriement de nombreux « otages » américains. Donald Trump avait fait de ce point une de ses priorités lorsqu’il avait brigué un premier mandat. Il a effectivement remporté plusieurs succès notamment avec le retour d’Américains depuis la Corée du Nord et d’Iran. Son conseiller Robert O’Brien a affirmé : « Le président Trump a ramené à la maison plus de 50 otages et détenus depuis 22 pays depuis sa prise de fonctions ». Mais nul ne sait si ce dernier succès va lui apporter de nouveaux votes.
Quant au conflit yéménite, les intérêts des uns et des autres sont si imbriqués et souvent opposés, qu’il est difficile d’imaginer que des solutions pérennes puissent être trouvées dans un avenir proche.

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Alain RODIER

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