Au moins 25 militaires somaliens et libyens ont été tués dimanche 4 octobre 2020 dans des affrontements survenus entre stagiaires qui suivaient une formation au sein du camp militaire Temaş (78e unité commando) qui fait partie du centre d’entraînement au combat en montagne et de l’école commando situé dans la province d’Isparta en Turquie. Ce serait la première fois qu’un incident de cette ampleur survient en Turquie qui accueille traditionnellement sur son sol des élèves étrangers. 300 à 400 stagiaires se seraient affrontés à mains nues et avec des armes de circonstance pour une raison inconnue. Les élèves suivaient une formation de combat d’infanterie en montagne et devaient rejoindre leurs pays d’origine dans les semaines à venir. De nombreux blessés ont été traités à l’hôpital d’Isparta. Le chef de corps turc, un colonel, a tenté vainement de s’interposer pour faire cesser les désordres. Les autorités turques ont complètement caché cette affaire.

Actuellement, la Turquie participe à la formation de militaires somaliens, libyens et afghans, soit chez eux, soit en Turquie même. C’est ainsi que la première brigade d’infanterie somalienne a terminé son entraînement l’année dernière (relevée par la deuxième brigade d’infanterie) et qu’au moins deux promotions de cadets sont déjà sorties du camp  Turksom installé en Somalie près de Mogadiscio depuis trois ans.

Le centre-école d’Isparta voit aussi passer les « mercenaires » syriens qui sont ensuite envoyés par Ankara sur différents fronts dont celui qui défraye la chronique actuellement est l’Azerbaïdjan. Chose curieuse mais pas étonnante, des « mercenaires » somaliens seraient acheminés en Libye pour participer aux opérations de reconquête de Syrte que devraient entreprendre les forces du Gouvernement d’accord national (GAN) de Tripoli dans les prochaines semaines.

Ankara a toujours utilisé ses capacités de formation de stagiaires étrangers dans le but d’étendre son influence. Dans les années 1990, c’était des Caucasiens pour tenter de pousser vers l’est en direction des républiques turciques. Le résultat a été plus que mitigé. Les Syriens ont servi les ambitions du président Recep Tayyip Erdogan vers le monde arabo-musulman. Là également, cela n’a pas constitué un franc succès même si la Turquie occupe une partie du Nord de la Syrie et est présente en Irak du Nord et au Qatar. Maintenant, les ambitions d’Ankara se tournent vers le continent africain…

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Alain Rodier

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