Selon des sources de presse locale, trois officiers de haut rang seraient à la base du putsch militaire déclenché le 18 août à partir de Kati, une localité située à une quinzaine de kilomètres de Bamako. Dans la matinée du 18, les militaires se sont successivement emparés du camp Soundjata à Kati, du camp de la garde nationale de N’Tomikorobougou, de l’état-major et ont procédé aux arrestations du président de l’assemblée nationale et certains ministres. En milieu d’après-midi, ils ont appréhendé le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, son Premier ministre, Boubou Cissé, et les autres membres du gouvernement ainsi que de nombreux dignitaires du régime.
Ces trois officiers putschistes seraient (de gauche à droite sur la photo) : le colonel Malick Diaw, chef d’état-major de la 3e région militaire de Kati, le général Cheick Fanta Mady Dembélé, ancien patron de l’École de Maintien de la Paix et le colonel Sadio Camara ancien directeur du prytanée militaire de Kati rentré au début août d’un stage de six mois suivi en Russie.
Un « Comité national pour le salut du peuple » (CNSP) a été créé. Son porte-parole, le colonel-major Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air a déclaré sur la télévision publique ORTM: « Nous, forces patriotiques regroupées au sein du CNSP, avons décidé de prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l’histoire […] Notre pays le Mali sombre de jour en jour dans le chaos, l’anarchie et l’insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée ». Il a également assuré que les militaires étaient décidés à assurer « une transition politique civile » qui devrait conduire à des élections générales dans un « délai raisonnable »…
Le président Keïta en état d’arrestation avait auparavant annoncé sur la même chaîne sa démission, la dissolution du gouvernement et celle de l’Assemblée nationale.

Les réactions internationales
La CEDEAO (Organisation régionale de l’Afrique de l’Ouest) a condamné le 18 août au soir l’action de « militaires putschistes » et décidé d’isoler le Mali. Ce coup d’État a aussi entraîné les protestations de l’ONU, de l’Union européenne et de la France.
Une visioconférence des chefs d’États de la CEDEAO sur la situation au Mali doit se tenir jeudi 20 sous la houlette du président nigérien Mahamadou Issoufou (le Niger préside actuellement cette organisation).
Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit en urgence aujourd’hui à la demande de la France et du Niger. Le président Emmanuel Macron a exprimé « son plein soutien aux efforts de médiation en cours des États d’Afrique de l’Ouest ».

Les suites?
Le Mali traverse depuis des mois une crise socio-politique majeure. Une coalition hétéroclite formée autour du « Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali » (M5-RFP) et de la « Coordination des mouvements, associations et sympathisants » (CMAS), une formation politico-religieuse salafiste (dite « quiétiste ») de l’imam Mahmoud Dicko, demandait le départ du président Keita depuis des semaines. L’imam Dicko, originaire de la région de Tombouctou qui a présidé le Haut Conseil Islamique Malien (HCIM) de janvier 2008 à avril 2019, est à la tête de milliers de fidèles, ce qui lui confère une grande influence politique. Il va être crucial de voir quelles seront les relations entretenues entre le CNSP putschiste et ces mouvements d’opposition où l’islam radical est désormais la colonne vertébrale.

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Alain RODIER

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